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mercredi, 7 juin 2017
               
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7 jours après le chavirement de la pirogue qui a tué 21 femmes # Bettenty, le village «martyr» essuie toujours ses larmes

7 jours après le chavirement de la pirogue qui a tué 21 femmes # Bettenty, le village «martyr» essuie toujours ses larmes

 

 

iGFM – (Dakar) Il y a eu des drames maritimes comme celui du bateau le «Joola», qui a fait près de 2 000 morts, l’incendie du Daaka de Médina Gounass avec son lot de malheurs, sans oublier les nombreux accidents de la route… Cependant, le drame de Bettenty avec 21 pertes en vies humaines est très particulier.

La particularité réside dans le fait que seules des femmes et des filles ont péri dans le drame. En sus, à Bettenty, comme c’est le cas dans le milieu mandingue, fortement imbibé dans les valeurs de l’islam, les liens sacrés du mariage sont noués entre parents. Et si un malheur frappe une famille, c’est le village tout entier qui est sous le choc. C’est en ce sens, que les décès de 21 femmes, toutes proches parentes, a complètement secoué le village jusque dans ses entrailles. Igfm.sn s’est rendu sur place, une semaine après la tragédie. Reportage…

Bettenty, village martyr, essuie toujours ses larmes

Bettenty. Le plus gros village du Sénégal, après que le faubourg de Thionck Essyl est érigé en commune. Bettenty est devenu tristement célèbre, depuis le chavirement de la pirogue. Niché dans les îles du Saloum, dans le Niombato, composé de 205 villages dans l’arrondissement de Toubacouta, dans la région de Fatick, Bettenty, où vivent 10 000 âmes, est la dernière pointe du Sénégal vers les Etats-Unis. D’où sa richesse inestimable en produits halieutiques.

Ce qui pousse la gente féminine, à aller en mer. Non pas pour pêcher, mais pour cueillir dans les mangroves, des fruits de mer, revendus pour subvenir aux besoins de leurs familles dans la zone insulaire.

C’est dans ce cadre précis, qu’intervient le chavirement de la pirogue le 27 avril 2017, faisant 21 décès.

Sur place, le lundi 1er mai 2017, les stigmates de l’horreur sont visibles partout. Des prières sont formulées dans presque toutes les familles et les mosquées.  Les  condoléances sont présentées par les populations venues des autres localités insulaires, de la région et même de Dakar.

L’endroit où la pirogue a chaviré 

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C’est ici, derrière ses mangroves que la pirogue qui avait à son bord pas moins de 69 femmes a chaviré. Le malheur ne venant jamais seul, aucune des femmes n’a porté de gilet. Ce qui du reste a accru le nombre de pertes en vies humaines. Selon les témoignages recueillis sur place, l’endroit où le drame s’est produit n’est pas aussi profond comme le prétendent certains.

 

5 femmes de la famille Marone emportées par le drame 

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La grande famille Marone est décimée. Le moment était pesant, l’émotion forte. Nous avons trouvé une grande famille toujours dans le choc. La décence ne permettait pas d’immortaliser le souvenir que notre présence a réveillé. A peine le nom de sa maman périe dans le chavirement prononcé, une jeune fille, n’a pu retenir ses larmes. En sanglot, elle a plongé toute la famille dans une vive émotion.  Elle a perdu sa maman, sa grande et sa petite sœur dans le chavirement. Dans cette famille, 5 personnes sont tombées en mer, les armes à la main : la dame du nom de Djenéba, Khady Diouf, deux de ses filles et une autre femme mariée, dans l’autre compartiment de la grande concession sont parties à jamais.

Lamine Sarr, instituteur a perdu sa femme laissant 5 bouts de bois de Dieu (Image)

Dans le domicile de Lamine Sarr, instituteur, le décor est le même. Chapelet à la main, Lamine Sarr qui ne cesse de verser des larmes aux moindres souvenirs, dit tout remettre entre les mains de Dieu.

«Ma femme Fatou Sarr née en 1977, était une dame brave connue de tous. J’étais dans mon poste à Missirah, lorsque le drame s’est produit. Mais, je n’avais jamais imaginé un instant, que ma femme en faisait partie. Comme Dieu l’a voulu ainsi, je ne peux que me résigner et me soumettre à la volonté divine. Ce qui me fait pleurer, ce sont les cinq enfants que ma femme m’a laissés. Le plus âgé à 17 ans, le plus jeune à deux ans. Parce que si je rejoins mon poste, ils resteront seuls à la maison. Pour rester avec les enfants, je suis obligé de faire venir immédiatement ma deuxième femme qui n’a pas encore rejoint la maison conjugale.

En sus, le petit frère consanguin de Lamine Sarr a également perdu sa femme dans le drame. En ce qui conserve la décision prise par le chef de l’Etat pour faire des orphelins pupilles de la Nation, l’instituteur parle d’une véritable aubaine.

Aramata Sarr, aide-infermière (Vidéo)

Aramata Sarr. Elle est en service au dispensaire de Bettenty comme aide-infirmière. Le jour de l’incident, elle était aux côtés de Moussa Bâ, l’infirmier d’Etat, chef de poste de Bettenty pour assister les rescapées et prendre en charge celles qui ont péri. Sur cette vidéo, elle raconte le travail abattu, ce jour.

Fatou Sambou, rescapée (vidéo)

Elle fait partie de la cinquantaine de femmes rescapées du chavirement. A l’en croire, certaines ont péri en voulant sauver leurs proches.

«Aussitôt après le chavirement de la pirogue, c’était le sauve-qui-peut. Nous étions toutes affolées au point qu’on ne pouvait même pas réfléchir à une solution. On criait au secours, certaines hurlaient et d’autres pleuraient. Chacune essayait de sauver sa peau à tout prix. Je me suis agrippée sur le bord de la pirogue jusqu’à l’arrivée des secours», a expliqué Fatou Sambou qui dit toujours avoir mal partout.

 

Le chef de village, Tidiane Diouf meurtri par le drame (Vidéo plus photo)

Blessé par le drame qui a entraîné le décès de 21 femmes, le chef du village de Bettenty, Tidiane Diouf que nous avons rencontré chez lui, crie son ras-le-bol. Il est d’avis que son village doit être, depuis des années érigé en commune, pour prendre son destin en mains, mais en vain. Nous dépendons toujours de Toubacouta et si les gilets arrivent nous n’en bénéficions pas.

Cependant, il dit fonder son espoir, après la décision prise par le chef de l’Etat, de faire de Bettenty une commune.  Parce que c’est la croix et la bannière pour se faire établir un papier d’état civil. Il faut débourser plus de 5 000 F Cfa pour se rendre à Toubacouta. Cette doléance a été portée à l’attention du chef de l’Etat qui dit avoir pris bonne note.

Le Port de gilet

Toujours dans son discours, le chef de village a laissé entendre que tous les jours, il ne cesse de sensibiliser les populations, hommes et femmes sur le port du gilet.

A mentionner qu’en dehors de 10 millions F Cfa déboursés pour les funérailles des 21 femmes, le chef de l’Etat, qui s’est rendu à Bettenty, a offert deux millions à chaque famille de victimes et 500 000 F Cfa à chaque rescapée. Il a fait des 58 orphelins, pupilles de la Nation. Geste hautement apprécié par tout le village.

Sekou Dianko DIATTA (Envoyé Spécial à Bettenty)

 

 

 

3 commentaires

  1. Paix à leur ame
    lii dafaa metti deug deugg

  2. Mbaye Jacques Dieng

    toujours des drames au Sénégal depuis des mois
    ce n’est pas normal

  3. elles doivent etre dédommagée à hauteur de la perte c’est à dire des millions

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