Accusé de terrorisme puis blanchi : Moustapha Diatta à cœur ouvert

Société

IGFM – Cette après-midi de jeudi 04 juillet, Moustapha Diatta est encore assailli par les amis, parents et voisins qui viennent lui rendre visite. L’homme, arrêté depuis février 2016 pour deux affaires de terrorisme a été acquitté puis blanchi des faits pour lesquels il était poursuivi. Une aubaine pour le natif de Sicap Baobab, qui a vu le jour en 1979.  Membre d’une fratrie de six (6) enfants, cet agent immobilier de métier, infographe de formation et spécialiste des aquariums, encouragé par sa femme, sa petite sœur et de son garçon de quatre (4) ans, qui s’essaie à l’appeler «papa», a ouvert son cœur à L’Obs.  De son arrestation, ses conditions de détention à sa libération, Moustapha Diatta retrace le film d’horreur de sa vie de prisonnier.

Est-ce que vous vous rappelez encore des conditions de votre arrestation ? 

Ce jour-là (février 2016 : Ndlr), vers 19 heures, je revenais d’un encaissement journalier des immeubles que je gère à Médina-Gueule Tapée. Après avoir gardé l’argent dans ma caisse, j’ai pris mon scooter pour effectuer ma prière du soir à la mosquée «Masjid Iman» à la Gueule Tapée. Après la prière, je suis assis sur le scooter à discuter avec l’imam et un ami. Au moment de démarrer, une main a bloqué la mienne et l’a tordue. Avant de comprendre ce qui se passait, une autre m’a tordu le cou. J’ai remarqué que ceux avec qui je discutais étaient tenus à l’écart et la rue encerclée. Je suis jeté dans une voiture 4X4. C’étaient les éléments de la Division d’investigations criminelles (Dic). Je ne reviens toujours pas de cette arrestation musclée. J’étais sous une forte escorte. De la mosquée, j’ai été conduit chez moi, à Sicap Baobab pour une perquisition. Toutes les issues du quartier étaient bloquées. Personne ne sort, personne ne rentre. Mais, durant toute cette scène, je suis restée zen, j’ai gardé mon sang-froid. Et je n’avais pas peur car je savais que je n’avais rien à me reprocher. Chez moi, ma femme et ma petite sœur nous ont accueillis. Paniquée, ma femme m’a demandé ce qui se passait. Je lui demandé de se calmer. Menottes aux poignets, j’ai assisté, impuissant, à la scène, la maison est mise sens dessus dessous. Un sacré bordel, même jusqu’à la terrasse ! Durant la perquisition, ils n’ont rien trouvé, mais un des agents a sorti sous mon lit une feuille avec des écritures en langue arabe et m’a demandé ce que c’est. Je lui ai dit que je ne pouvais pas lire l’arabe, les agents m’ont dit qu’ils allaient me faire la traduction… Ce qui prouve qu’ils étaient malintentionnés, c’est qu’ils ont voulu faire des couteaux et machettes que j’utilise à chaque fête de Tabaski, des armes. Je les avais rangés sous mon lit. Et dans toutes les maisons, vous en trouverez.

Qu’aviez-vous ressenti à ce moment ?

J’avais mal parce qu’on m’a présenté devant ma famille comme un malfrat avec des menottes. Impuissant, je voyais la peur dans les yeux des membres de ma famille. Ma mère, qui est une d’une grande sensibilité, a failli y passer. Je savais que si on met en prison, ma mère allait tomber malade. Le choc a été tellement brutal pour elle qu’elle est atteinte de la maladie de Parkinson. Au début, elle pouvait venir me rendre visite, mais, depuis 8 mois, elle n’y arrive plus à cause de la maladie. Elle ne peut plus marcher et ne peux rien faire sans aide.

Et votre épouse ?

Mon épouse, Rokhaya Diatta, une grande dame. Je ne sais pas comment la remercier. Au début, elle était vraiment dépassée par les faits, mais elle est restée digne et calme. Je lui ai parlé. Elle me connait comme sa poche. Et quand je lui ai parlé, elle a su que je n’avais rien fait. Même si c’état très difficile pour elle, elle a été là pour moi.

Vous étiez cité dans l’affaire «Imam Ndao», dans celle du grand  «Grand Bassam» aussi…

Déjà, dans la première accusation, ils se sont lourdement trompés. Je ne connais pas Zaid Bâ. Ils ont fait une confusion car Zaid Bâ, c’est du côté de ceux arrêtés aux Parcelles assainies. Ils ont pris sa photo pour parler le présenter sous le nom d’Abdallah Bâ. Je n’ai jamais vu Zaid Bâ.  Quant à Abdallah Bâ, il est mon ami, on priait dans la même mosquée de Gueule Tapée, il a été déclaré mort en Lybie, même si on n’a toujours pas vu son corps. Il a fait des études en Mauritanie et m’a appris beaucoup de choses dans la religion. Il est courtier et moi agent immobilier. On s’entraidait financièrement car le travail de courtier est instable. Un jour, il m’a confié qu’il se lançait dans  l’émigration clandestine dans les pays arabes afin mieux gagner sa vie. Il a laissé sa femme et ses enfants au Sénégal. Son plus jeune enfant avait trois (3) mois. Il m’a jamais dit qu’il allait faire quelque chose de mal. Chaque jour, quand je rentrais, je passais chez lui pour m’assurer que sa famille ne manquait de rien.

Quelle est votre part de responsabilité dans le dossier de «Grand Bassam» ? 

Pour moi, c’est un complot contre ma personne parce que les accusations portées contre ma personne par les enquêteurs étaient fausses.

Donc, vous n’avez aucun lien avec une quelconque organisation terroriste…

Non. Toutes les personnes impliquées dans cette affaire de «Grand Bassam» ont tous déclaré ne pas me connaître. Là, je devais être libéré, mais ils ont persisté en disant qu’il y avait un numéro qui appelait Sina et qui m’appartiendrait. En janvier passé, le doyen des juges a appelé A. Ngom pour lui demander s’il peut me reconnaître, il dit que oui.  Et lors de l’identification, on m’a mélangé avec d’autres personnes avec des numéros comme on fait avec les criminels dans les films et Ngom a dit que personne des hommes n’était Diatta. Depuis lors, je devais rentrer. Mais, ils m’ont laissé en prison. J’ai commencé à péter un câble en entamant une grève de la faim et j’ai cogné mon pied contre un  mur. Ce qui m’a causé d’ailleurs une vilaine fracture.

Mais pourquoi avoir cogné votre pied au mur ?

J’avais une grande sœur qui avait divorcé et je devais la prendre en charge. A cette période, j’étais en prison, mais elle est rentrée à la maison. Elle est tombée malade durant 5 jours, on l’a transférée à l’hôpital Fann, elle a fini par mourir. Lorsque l’on m’a annoncé son décès, ça était un choc pour moi. Ce jour-là, je me suis rebellé. On m’a demandé d’entrer en cellule, j’ai refusé. Je leur ai dit d’aller voir le juge lui dire que je ne vais pas rester éternellement en prison. J’ai frappé le mur avec mon pied, car j’ai fait pas mal d’arts martiaux et si j’avais frappé le garde, ça allait se retourner contre moi. Je n’en pouvais plus.

Qui soutenait votre famille quand vous étiez en prison ?

Financièrement, je n’avais pas de problème. Mon patron me versait mon salaire comme si j’étais en service. A la Tabaski, il achetait le mouton à ma famille. Il n’a rien changé de ses habitudes parce qu’il me connait et sait que je n’ai rien fait de ce dont on m’accuse.  Il m’a donc beaucoup soutenu. Il y avait aussi de bonnes volontés qui, malgré les accusations, ont toujours été là. Certains disaient que c’est parce que je venais en aide à la femme d’un ami que j’ai été emprisonné donc, ils se devaient de ne pas abandonner ma famille… A la Korité, un ami à moi, avec qui je n’avais pourtant pas des relations poussées, c’est lui qui a acheté des habits à mes enfants à ma mère et leur a offert des poulets.

Le mot terrorisme fait peur. Y a-t-il des proches ou des amis qui vous ont tourné le dos ?

C’est ce qui fait le plus mal. Cette histoire a sali mon image. Je ne parle même pas de proches, mais des parents avec qui j’ai tout partagé m’ont tourné le dos. Mais, il y a toujours les vrais qui restent malgré l’épreuve. Mais, je n’en veux à personne. Certains confient à ma femme avoir cherché en vain un permis de visite. Mais d’autres t’évitent. Mais, je le répète, mon quartier, zéro faute.

Parlez-nous de votre premier jour en prison…

Je vais commencer par mon premier jour à la police du Port. Une personne qui n’a jamais vécu une arrestation, on te met dans une cellule où il n’y a ni matelas ni drap. Il faisait froid et j’étais recroquevillé sur moi-même. J’étais couché sur les carreaux. Je pensais à ma famille, à ma mère. Mais, pour moi, on allait me libérer. Au petit matin, on vient me prendre comme si j’étais un criminel. Des agents armés de Kalachnikov m’ont entouré, casques  blindés. Ils m’ont transféré à la Dic sous haute sécurité. J’ai même été source de divergences entre la Dic  et la police du Port qui, croyant avoir affaire à un grand terroriste, se plaignait de ne pas assurer la sécurité après leur avoir déposé un terroriste. Ils ont passé des appels au chef de la Dic et ils ont fini par passer la nuit avec moi. Au fur et à mesure que les jours passaient, le nombre de garde diminuait et ils se rendaient comptent qu’il n’y avait rien du tout. Par la suite, il n’y avait qu’un seul garde. A la fin, avec toute cette sécurité, ce sont eux qui m’ont terrorisé, terrorisé ma famille. Aujourd’hui, si ma mère est comme ça, c’est de leur faute. Après 12 jours, le Doyen des juges m’a reçu et m’a envoyé en prison en attendant de régler le dossier. Là, tout s’est emballé. Je pensais à mon enfant de trois mois. Quand ma famille a appris qu’on m’avait placé sous mandat de dépôt, c’était comme l’annonce d’un décès. Les pleurs et cris résonnent encore dans mes oreilles… Mais je n’ai pas pleuré car je ne pouvais pas me permettre de craquer face à leur détresse.

Qu’avez-vous ressenti en posant votre premier pas à Rebeuss ? Avez-vous pleuré ?

Pleurer non. A Rebeuss, on pense à autre chose que pleurer. Mais c’est le plus dur. J’étais à la chambre 4, l’une des plus terribles et des plus surpeuplées  de la prison. Dès que j’ai mis pied devant la chambre, la chaleur qui se dégageait de la fenêtre faisait penser à un four. Je me suis arrêté. J’ai formulé mes prières. Pour moi, je n’allais pas sortir vivant de cette chambre parce que j’ai des difficultés respiratoires. Les gens étaient superposés, c’était inimaginable. Tu ne pouvais avoir où poser le pied. Il fallait marcher sur les gens pour avancer. C’est pire que de l’esclavage. Mon problème était de trouver un endroit où me coucher. On m’a dit d’aller sur le «Diobolong». J’ai traversé les gens, évité de marcher sur eux. Là, tu vois des gens assis 24 h sur 24. Pour manger, pour dormir, pour prier, la position est assise. Nous sommes entassés comme des sardines. Tu t’assois, écartes les jambes, un autre se met entre tes jambes…C’est comme ça que l’on est entassé à la chambre 4. Quand il faut manger, c’est dans cette position que tu te précipites pour atteindre le bol. Pour aller aux toilettes, tu marches sur les gens. Et tu peux attendre 3 heures de temps pour aller aux toilettes. C’est du vrai esclavage. J’ai fait un mois à la chambre 4. Et s’il m’arrivait de suffoquer, comme je suis asthmatique, je m’accrochais à la barre de la fenêtre pour avoir de l’air. En vain. Et quand on t’emmène à l’infirmerie, c’est du paracétamol que l’on te donne. Quand je n’en pouvais plus, j’ai écrit au chef de cour en lui parlant de mes problèmes de santé, ils m’ont emmené à la chambre 20, plus aérée. Là -bas, ma chance est que j’ai fait juste deux jours, l’imam a été libéré et on m’a donné sa place qui disposait d’un matelas. Je n’en revenais pas. J’étais tellement content que je n’ai pas dormi cette nuit-là. C’était le paradis pour moi. J’y ai fait un mois. Ensuite, ils ont dit qu’il fallait regrouper toutes les personnes poursuivies de terrorisme, dans des chambres de 7 personnes à Rebeuss. J’y ai fait un mois avant d’être transféré au Cap Manuel, en pleine nuit. Mes autres co-détenus ont été ventilés vers d’autres prisons à l’intérieur du pays.

Combien de temps êtes-vous resté au Cap Manuel ?

Un an et neuf mois. C’est de très petites chambres avec des toilettes intérieures, sans fenêtres. L’odeur des toilettes était nauséabonde. A chaque fin de mois, je demandais à ma femme de m’amener des parfums de chambre. Nous ne sortions que trente minutes par jour. C’était infernal. Il y a eu une grève de la faim au sein de la prison, notre jeune co-détenu Saer Kébé avait retrouvé une aiguille dans la nourriture, d’autres du béton. J’ai demandé à voir la directrice pour lui faire part de nos doléances. Elle m’a dit qu’il n’y avait aucun problème avec la nourriture et que rien n’allait changer. Je lui fais savoir que nous allons donc entamer une grève. Elle m’a dit : «c’est votre affaire.» J’ai été transféré avec un autre détenu du nom de Ibrahima Ndiaye en cellule d’isolement. Nous avons poursuivi notre grève. Nous avions même refusé de boire. Finalement, ils ont cédé et nous ont sorti de la cellule d’isolement. Pour nous humilier davantage, ils nous ont demandé de sortir avec nos caleçons pour rejoindre les autres cellules, nous avons refusé. C’est le lendemain que j’ai été transféré au Camp pénal, parce que le Directeur de l’administration pénitentiaire devait venir au Cap Manuel et ils étaient sûr que j’allais lui dire tout ce qui se passait dans la prison.

Vous avez fait combien de temps au Camp pénal ?

Quand j’y suis entré pour la première fois, j’étais content parce que la cour est très grande. Je me suis dit qu’il y a au moins un espace où nous pourrons nous promener et profiter de l’air. J’ai rendu grâce à Dieu. Quand je suis entré dans la cellule, j’ai vu que c’était propre, bien carrelée avec des lits superposés. Je me suis dit que je venais d’arriver au Paradis. Rien à dire côté hygiène et côté nourriture, mais la surveillance était trop rude. On nous interdisait même de nous saluer entre nous. Il fallait toujours regarder devant soi. Des gardes sont toujours avec des armes. Cela n’existe même pas à Guantanamo. Tu n’as même pas le droit de scruter le ciel. Les règles étaient trop strictes. C’est difficile. C’est là-bas que j’ai trouvé Mactar Diokhané, Ibrahima Diallo, Mouhamed Ndiaye. C’est après que Abou Dieundeul nous a trouvé là-bas. Il était à Reubeuss. J’ai trouvé là-bas Baye Modou alias Boy Djinné.

Comment avez-vous fait pour tenir dans ces moments ?

Je me disais toujours que Dieu est juste, que j’avais la bénédiction de ma mère et que je m’en sortirais tôt ou tard. J’ai très tôt pris en charge ma famille. A l’époque, j’avais un salaire de 35 000 F Cfa. J’ai toujours été un «businessman». Je me suis dit que ma vie ne pouvait pas s’arrêter en prison.

A quel moment avez-vous craqué ?

Quand ma mère est tombée malade. Elle est venue un jour me voir, mais elle tenait à peine debout. Elle n’arrivait même pas à tenir le téléphone pour communiquer avec moi. J’ai pleuré à chaudes larmes. Ma mère m’a dit : «Moustapha, je ne veux pas te voir en larmes…» Elle n’a pu terminer sa phrase, tellement elle pleurait. Cela m’a beaucoup marqué et j’ai toujours un pincement au cœur, quand j’y repense. (Pleurs). Un jour aussi mon épouse est venue me dire que quand nos enfants vont à l’école, on leur dit que leur père est un terroriste. Cela m’a fait très mal. Mais je savais que j’allais m’en sortir, parce que je suis un croyant. Je ne comprenais pas cet acharnement sur ma personne. Ils m’ont causé beaucoup de tort. Il faut qu’ils arrêtent les longues détentions provisoires. Et je suis sûr que Dieu nous jugera. Serigne Bassirou Guèye et le doyen des juges répondront de leurs actes devant Dieu. 

Quelle est votre définition du Djihad, est-ce que cela rime avec violence ?

Pour moi, le djihad, c’est la prédication. Il faut parler avec les gens, les réorienter, partager, prodiguer des conseils.

Il se dit que vous vous opposiez à l’organisation de soirées dansantes dans votre quartier ?

Ce n’est pas vrai. C’était lors des fêtes de décembre, j’étais dans le quartier avec mon groupe d’amis pour faire des sermons. Nous avions investi la rue pour parler aux jeunes filles, aux garçons pour leur rappeler les recommandations de Dieu. Il y a eu deux jeunes qui étaient ivres et qui se battaient. Un de mes amis du nom de Youssou a tenté de les séparer, mais il n’y arrivait pas. Nous lui avons conseillé de les laisser se battre, mais il a fait la sourde oreille. Nous sommes intervenus pour les séparer et éviter qu’ils se blessent. A ma grande surprise, on me dit que c’est parce que je voulais m’opposer à la tenue d’une soirée qu’il y a eu bagarre. C’est archi-faux.

Quelles sont vos relations avec Mactar Diokhané ?

Je ne l’avais jamais vu. Nous n’avions aucune relation. Je l’ai connu en prison. C’est un homme bien, qui ne parle presque pas. Il ne s’occupe pas de ce que font les autres. Il est très sérieux, un bon musulman. C’est un homme respectueux et respecté. Même les gardes le respectent. Il n’est pas violent. C’est un homme posé. Il est devenu un ami et ce sera pour l’éternité.

Lors du procès, on vous voyait souvent sourire. Mais parfois, on croyait que vous étiez en colère surtout à l’égard de la presse ?

J’ai vécu une très grosse déception vis-à-vis de la presse. J’avais senti un acharnement sur ma personne. On tuait à petit feu ma mère. Ce qui est encore plus grave, c’est lorsqu’un journal avait écrit que les enquêteurs avaient trouvé 42 milliards FCfa sous mon lit. Vous pensez qu’avec tout cet argent, j’allais dormir dans cette maison. Le journal a même dit qu’ils ont trouvé entre mes mains des balles à plomb. J’ai une arme que j’ai acquise légalement. Je l’ai achetée au Centre culturel français à 210 000 FCfa. Un fusil pour pigeons avec des jumelles qui n’est même pas capable de tuer une personne. Même un ado de 17 ans peut aller l’acheter sans papier. Un journal a dit que je suis membre de Aqmi, de l’État Islamique, du Boko Haram et de Daesh, alors que je ne suis jamais sorti du Sénégal. Je suis allé une fois à Tambacounda, à Mbour en vacances. J’ai fait Saint-Louis lorsque j’allais à Bango. Je suis allé à Kaolack lorsque je suis allé rendre visite à Imam Alioune Badara Ndao. C’était la première fois que je voyais Imam Ndao.

Votre état de santé a-t-il empiré en prison ?

Oui. J’avais des problèmes pour dormir la nuit. Je tournais dans tous les sens. J’étais obligé d’aller vers la fenêtre pour avoir un peu d’air. Je leur avais dit que je vais parler quand je sortirais de prison. Je suis le seul à avoir deux mandats de dépôt basés sur le mensonge.

Lorsqu’on vous a acquitté sur le premier dossier de l’affaire Imam Ndao avec d’autres co-accusés qui vous ont laissé en prison. Comment l’avez-vous vécu?

Je pensais que j’allais partir avec eux ; parce que j’avais déjà rangé mon sac. On m’a interpellé au niveau de la porte de sortie et ils m’ont dit que je ne pouvais pas partir, parce qu’ils disent que j’avais un autre dossier (affaire des attentas de Grand Bassam). Imam Ndao est revenu me voir pour me dire de retourner dans ma cellule. Il m’a dit que je vais rentrer bientôt chez moi, parce que les accusations ne tiennent pas. Je n’ai pas pleuré, mais c’était difficile.

Aujourd’hui, vous êtes libre, mais on dirait vous ressentez toujours de la colère.

Je suis en colère contre notre Justice.

Quelle est votre relation avec Imam Ndao. Vous avez été à Kaolack pour lui rendre visite ?

Lorsque nous sommes allés lui rendre visite, on a beaucoup parlé de la religion. On ne le connaissait pas avant. A part Kaolack, je ne l’ai jamais revu jusqu’à la prison.

Aujourd’hui, vous avez obtenu votre liberté. Etes-vous prêt à pardonner ?

Je pardonne tous ceux qui ne savaient rien de cette affaire. Mais il y a certains que je ne peux pas pardonner. Ce serait trop facile. On va aller jusqu’au bout. Le procureur et le doyen des juges aussi par rapport aux lenteurs sur le dossier, je ne peux pas les pardonner. Ils doivent me présenter des excuses.

Lorsque vous êtes rentré chez vous, est-ce que votre fils vous a reconnu ?

Non. Parce que lorsqu’on m’arrêtait, Mohamed (son fils) n’avait que 3 mois. Il dit que c’est notre voisin Henri qui est son père. Un jour, j’ai un jour versé des larmes lorsqu’il m’a dit que c’est Henri qui est son père et pas moi.

Quels sont vos projets aujourd’hui ?

Je vais recommencer mon travail comme agent immobilier. J’ai reçu la clé de mon bureau. Mon patron m’a appelé, je lui dois une reconnaissance éternelle. Je vais recommencer lundi mon travail.

TENING MARIE LOUISE NDIAYE

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