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jeudi, 16 novembre 2017
               
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Affaire de la mairie de Dakar : Le maire de Dakar et Cie, un pied à Rebeuss

Affaire de la mairie de Dakar : Le maire de Dakar et Cie, un pied à Rebeuss

 

L’OBS – Si les choses ne changent pas, Khalifa Sall et Cie dormiront aujourd’hui à Rebeuss. Devant faire face au Doyen des juges d’instruction, pour l’audience de première comparution, elle a été reportée à aujourd’hui. Sauf cautionnement ou contestations sérieuses, ils seront placés sous mandat de dépôt.

 

Les choses se précisent pour Khalifa Sall, maire de la Ville de Dakar et ses proches collaborateurs. Les prévisions sont formelles que le socialiste sera bientôt un pensionnaire de la Maison d’arrêt de Rebeuss (Mar). Peut-être même qu’il passera sa première nuit en prison aujourd’hui. Hier, seul le renvoi décidé par le Doyen des juges, à la suite de la demande de report évoqué par les conseils des mis en cause, les a sauvés de prison. Les avocats ont formulé cette demande de renvoi pour, disent-ils, accorder leur violon, en vue de mieux défendre leurs clients. Ce qui a motivé cette demande à laquelle le magistrat instructeur a accédée. Seulement, les observateurs avertis voient déjà le maire Dakar et ses collaborateurs faire leur prochaine réunion de Conseil municipal à la prison centrale de Dakar. Les infractions visées par le procureur de la République ne laissent au magistrat-instructeur le choix, ce qui n’arrange en rien les choses pour Khalifa Sall, Mbaye Touré, Amadou Moctar Diop, Ibrahima Yatma Diao, Yaya Bodian, Fatou Taoré et Ibrahima Touré.

Serigne Bassirou Guèye vise des infractions de détournement de deniers publics et faux et usage de faux. Ce qui obligera le Doyen des juges à placer les personnes poursuivies sous mandat de dépôt. Comme d’ailleurs, le stipule l’article 140 du Code de procédure pénale : «A l’encontre des personnes poursuivies, par application des articles 152 à 155 du Code pénal, le juge d’instruction délivre obligatoirement un mandat d’arrêt, si l’inculpé est en fuite et un mandat de dépôt, lorsque le montant du manquant initial est égal ou supérieur à 1 000 000 FCfa et ne fait pas l’objet d’un remboursement ou du cautionnement de son intégralité ou d’une contestation sérieuse.» Le même article précise : «Dans les cas ci-dessus où les mandats d’arrêt ou de dépôt sont obligatoires, il ne peut en être donné mainlevée que si, au cours de l’information, surviennent des contestations sérieuses ou le remboursement ou le cautionnement de l’intégralité du manquant. Il n’y a d’exception aux dispositions des deux premiers alinéas que si, selon le rapport d’un médecin commis en qualité d’expert, l’état de santé du détenu est incompatible avec le maintien en détention, même dans un centre hospitalier.»

C’est aujourd’hui que le maire de Dakar et ses collaborateurs feront face à Samba Sall pour l’audience de première comparution dans cette affaire dite de la Ville de Dakar. Et sauf contestations sérieuses ou cautionnement de l’intégralité de 1,8 milliard FCfa reproché aux mis en cause, ils seront inculpés des faits à eux reprochés et placés sous mandat de dépôt. Ce qui les enverra direct à la Maison d’arrêt. Les chances pour sauver Khalifa et ses talibés sont minimes.

Makhaly Ndiack NDOYE

 

Khalifa Sall et ses «talibés» risquent jusqu’à 10 ans

 

Khalifa Sall et ses amis entament un engrenage dont l’issue est plus qu’incertaine. En plus d’un placement sous mandat de dépôt quasi certain, la suite risque d’être très salée. L’article 152 du Code pénal qui réprimande le détournement le fait de la manière la plus dure qui soit. Et s’il est appliqué à Khalifa Sall, le maire de Dakar restera longtemps au gnouf. Cet article stipule : «Toute personne qui aura détourné ou soustrait ou tenté de détourner ou de soustraire des deniers (…) sera punie, s’il s’agit d’un simple particulier, d’un emprisonnement d’un à cinq ans de prison ferme.» A l’aliéna 2 de cet article, il est mentionné : «S’il s’agit d’un agent civil ou militaire de l’Etat ou d’une collectivité publique, qu’il soit ou non comptable public, d’une personne revêtue d’un mandat public, d’un dépositaire public ou d’un officier public ou ministériel, d’un dirigeant ou d’un agent de toute nature des établissements publics, des sociétés nationales, des sociétés d’économie mixte soumises de plein droit au contrôle de l’Etat, des personnes morales de droit privé bénéficiant du concours financier de la puissance publique, des ordres professionnels, des organismes privés chargés de l’exécution d’un service public, des associations ou fondations reconnues d’utilité publique, d’un emprisonnement de cinq à dix ans.» C’est dire que Khalifa Sall peut écoper d’une peine allant jusqu’à 10 ans de prison, si les faits à lui reprochés sont avérés.

  1. Nd. NDOYE

 

L’édile de Dakar demande à ses militants de sortir de la rue

 

Le maire de Dakar opte pour un changement de stratégie. Il a décidé de passer à l’offensive dans le combat qui l’oppose à la Justice. Devant des militants surchauffés, il a appelé hier, à une réponse politique. C’était au sortir de son face-à-face avec le juge d’instruction.

 

Le maire Khalifa Sall, d’habitude très calme, a durci le ton hier, devant des militants déchaînés. Convaincu que «le Parquet est le bras armé de l’Exécutif», il invite ses militants à en découdre. Dans un langage à peine voilé, il tonne : «Le Procureur veut nous empêcher de poursuivre nos ambitions politiques. Ce n’est plus du droit. C’est de la politique. Mbédioum kanam nak, borom mokoy fadial bopam. (Œil pour œil, dent pour dent)». Comme s’ils n’attendaient que ces mots, les militants rompent le silence dans lequel ils étaient plongés. Ils crient à hue et à dia. L’atmosphère devient électrique dans l’enceinte de la commune. Galvanisé par ses inconditionnels, l’édile de la capitale, debout sur les marches de l’Hôtel de Ville, accélère la cadence. «Ils ont déjà ourdi leur plan. Si on ne se bat pas, ils arriveront à leurs fins. Personne ne peut comprendre que le Procureur ait fait sa conférence le vendredi, le lendemain, on reçoit notre convocation et le lundi, on a voulu nous mettre sous mandat de dépôt», fustige-t-il, courroucé. Aussi estime-t-il que désormais, il faut arrêter les discours, descendre sur le terrain et en découdre avec le régime. C’est le seul moyen de faire face à la puissance publique déterminée, selon lui, à entraver les libertés. En langue wolof, il se répète, le ton haut perché : «wakh dji dafa doy, nanou dieuf (Il faut arrêter les discours et agir). C’est moi qui prônais la paix, maintenant je vous libère. Que chacun prenne ses responsabilités. Que les gens sortent, qu’ils occupent les rues, les médias, qu’on se batte.»

 

Pour les militants, la messe est dite. Il faut agir sans tarder. C’est du moins la conviction de Daouda Thiam. Le militant trouve courageux son leader. Dans son tee-shirt blanc, il dénonce : «C’est ce qu’on attendait de lui. Il ne prône pas la violence. Mais, puisque les gens font de la politique, il faut apporter une réponse politique. Car, trop c’est trop. Ce procès est injuste et tous les Sénégalais doivent se battre pour faire face à cette volonté de l’Etat.» Pour Mansour Seck, le message de leur leader est clair, net et précis. «Il n’y a rien à décortiquer. Le message est très clair. Nous sommes prêts à tout pour la liberté de notre maire.» Djibril Diouf, la soixantaine, venant de Grand-Yoff, est prêt à mener le combat auprès de son maire. Appuyé sur sa béquille, il déclare : «Nous avons un leader responsable. Khalifa est un homme politique avisé. Si les gens se comportent en hommes d’Etat, il répond en homme d’Etat, s’ils se comportent comme des citoyens, il répond comme tel. Mais, puisqu’ils font de la politique, nous aussi, nous allons en faire. Nous allons retourner à la base, mobiliser les militants. Ils verront ce qu’ils vont voir.» Quelques instants plus tôt, tous les militants s’étaient donné rendez-vous au tribunal. Arrivé sur les lieux à 15 heures passées de quelques minutes, Khalifa Sall a été bloqué à la porte pendant quelques minutes. Ses sympathisants qui tenaient coûte que coûte à l’accompagner jusque dans la cour du tribunal, finissent par obtenir gain de cause. Ils l’ont escorté jusqu’à la porte, scandant : «Khalifa Président.» Contrairement aux autres jours, hier, le face-à-face a été très bref. En moins d’une heure, les avocats du maire de Dakar ont réussi à obtenir le renvoi de l’audition pour 24 heures. Tout de suite après, le cortège s’est ébranlé vers l’Hôtel de Ville où le responsable socialiste devait s’adresser à ses militants.

MOR AMAR (STAGIAIRE)

 

CIRÉ CLÉDOR LY, AVOCAT DE KHALIFA SALL

 

Le croc-en-jambe de la défense pour différer l’inculpation

 

«Nous vous remercions d’être venus massivement pour dire non à l’injustice. Vous l’avez fait en tant que citoyens. Vous vous battez pour votre pays, pour la démocratie et pour l’Etat de droit. Tout le monde a suivi le procureur de la République. Dans sa sortie très singulière, il parlait aux initiés. Il leur faisait comprendre que quoi qu’il en soit, Khalifa Sall et ses proches iront en prison. Son objectif n’était pas d’informer la population, mais de montrer qu’il s’agit d’une décision d’Etat. Malgré ses menaces, tout le monde sait sur quel pied danser dans cette République. Nous sommes dans un pays où la Justice n’est pas indépendante. Nous sommes dans un pays où le Procureur répond aux ordres. C’est le bras armé du pouvoir exécutif. Tout ce qu’il fait, c’est au nom de l’Etat. C’est une conspiration qui était déjà ficelée. Leur plan ne s’est pas déroulé comme ils le souhaitaient. Nous sommes des techniciens du droit et sommes déterminés à combattre l’arbitraire. Conformément aux dispositions légales, nous avons demandé et obtenu que les inculpations et autres soient renvoyées jusqu’à demain. C’est donc un premier échec pour eux, car ils avaient prévu de les mettre en prison aujourd’hui. Nous avons demandé ce délai, non pour retarder l’échéance, mais pour prendre connaissance du dossier. C’est la loi qui nous offre ce droit. Nous savons que le complot d’Etat ira jusqu’au bout, c’est au peuple aussi de prendre ses droits.»

 

  1. AMAR (STAGIAIRE)

 

 

KHALIFA SALL, MAIRE DE DAKAR

«Je vous libère, le combat vient de commencer»

«Nous avons été répondre à la convocation du juge d’instruction. Sur demande de nos avocats, notre audition a été reportée. Auparavant, ils ont eu connaissance du réquisitoire du procureur de la République. Ce qu’il faut retenir est qu’aujourd’hui, la politique a pris la place de la justice dans notre pays. Le Procureur est censé défendre la société, et nous sommes membres de cette société. En plus, même si nous sommes présumés coupables, nous sommes aussi présumés innocents. Il aurait dû, dans une procédure normale, instruire à charge et à décharge. Mais, dans une célérité exceptionnelle, aujourd’hui l’affaire était pliée. C’est la raison pour laquelle, la politique doit reprendre sa place dans notre stratégie. C’est moi qui demandais aux gens de ne pas répondre aux coups politiques. C’est moi qui vous retenais. Désormais, je libère tout le monde. C’est un procès politique, on va se battre politiquement. Il n’y a que cela qui vaille. Il faut qu’ils comprennent que les coups donnés seront rendus. Nous ne recevrons aucun coup sans le rendre. Désormais, kou nekk, fo nekk, silo nekk, yèwi nala, khèkh bi door na. Mbédioum kanam, borom mokoy fadial bopam. (Que chacun, où qu’il soit, quoi qu’il fasse… Je vous libère. Le combat vient de commencer.)»

  1. AMAR (STAGIAIRE)

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