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mercredi, 21 février 2018
               
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Bonnes feuilles – Mamoudou Ibra Kane : Le Sénégal : chroniques d’une alternance de braises

Bonnes feuilles – Mamoudou Ibra Kane : Le Sénégal : chroniques d’une alternance de braises
Mamoudou Ibra KANE, Directeur Général

L’OBS – Editions Feu de brousse

« Enfin un livre qui s’ajoute à un visage que la télévision a rendu célèbre.

Le livre restera. Le visage du journaliste s’estompera. L’écrivain et le livre qui ont habité ici un temps incandescent du Sénégal, constitueront désormais une mémoire de notre vie politique, que nous aurons plaisir à aller visiter pendant très longtemps, dans les lointains temps à venir. Nous tenons ici entre nos mains et pour le bonheur de l’analyse critique, des chroniques fortes, profondes, engagées et scrutant avant les acteurs arrivés au sommet de l’Etat, l’horizon d’un pays que les intrigues, les trames, les faits, les coalitions, les trahisons, les machiavélismes politiques, ont sous nos yeux, coloré pour nous.

Mamoudou Ibra Kane a eu de l’avance sur les hommes politiques. C’est ce que l’on demande à la création. Il voyait venir. Il dessinait le chemin sous le brouillard. Sa vision est étonnante. Elle reflète un solide homme de métier, journaliste d’éthique, libre, presque rebelle, inspiré et puissamment exigeant.

Ouvrez donc ce livre sans tarder. Tout y est leçon politique et leçon de vie en République. Une plume agréable et sûre. Une maîtrise du raccourci. Un ton qui en dit long sur la distanciation avec le jeu de cache-cache de nos hommes politiques. En résumé, un livre qui n’est pas aphone !»

L’EDITEUR AMADOU LAMINE SALL

 

14 novembre 2008

Le chemin du pouvoir

Le chemin du pouvoir n’est pas une ligne droite. Il reste tout de même un chemin à emprunter. Un tunnel sous Soumbédioune, comme sous la Manche, à traverser avec au bout : le Palais !!! Une personnalité politique sénégalaise des plus expérimentées de l’Etat et de la rivalité politique, l’a dit un jour. Ce personage peut être considéré comme un Maître es Accession à la Magistrature suprême. «On ne peut pas accéder au pouvoir en dehors de sa famille politique.» Cette leçon ne s’est peut-être pas toujours vérifiée, mais elle l’a été plus souvent. Ceux qui en ont fait fi ont eu à l’apprendre à leurs dépens.

Macky Sall, le dernier à démissionner parmi les leaders politiques ayant une ambition présidentielle tue ou déclarée, doit méditer cette leçon politique. Sa famille politique naturelle, hormis son flirt supposé ou avéré avec le communisme, est et demeure libérale. A lui d’avoir le génie politique, qui ne s’invente pas au passage, pour emprunter le bon chemin. Pas forcément le plus court, mais le plus sûr pour atteindre le Sommet. Si on lui concède d’avoir intronisé «Wade II», en sa qualité de directeur de campagne victorieux en 2007, on peut alors dire qu’il connaît le chemin. Seulement, en termes de hauts faits d’armes, il n’est pas le seul à pouvoir accrocher ce galon politique à l’épaule. Dans sa famille politique et bien avant lui, d’autres, un autre plus précisément, ont déjà réussi telle prouesse. Idrissa Seck peut, en sus, sur la base des résultats officiels de la dernière Présidentielle, se prévaloir d’être le «dauphin» électoral de Wade. A l’heure de la pesée, chacun, c’est sûr, mettra des arguments sur la balance, en espérant qu’elle va basculer de son côté. Et si le Pds et son chef, pris d’un subit accès de lucidité politique et démocratique, organisaient des triangulaires entre les prétendants en vue de la succession, d’abord interne, au père de famille, ensuite pour choisir un candidat et un seul à la succession au niveau étatique? Pourquoi pas des primaires entre les trois mousquetaires libéraux que sont Idrissa Seck, Macky Sall et Karim Wade. Le jeu de la transparence et du sauvetage d’un PDS, déjà très morcelé, en vaut la chandelle ! Sinon, demain la défaite? Ce jeu des primaires est valable pour les autres familles politiques, où une bataille sourde ou ouverte fait rage. Suivez mon regard… vers la famille socialiste. Moustapha Niasse, Ousmane Tanor Dieng et Djibo Kâ, pour ne citer que ces trois autres mousquetaires socialistes, seraient bien inspirés d’accepter de se prêter au jeu. Les primaires, c’est une bouffée d’oxygène pour la démocratie. Nous n’avons toujours pas compris pourquoi nos hommes politiques en ont une peur bleue. Pourquoi avoir peur de la présélection si on est sûr d’être le meilleur ? Le duel Obama-Hillary Clinton dans le camp démocrate, avant que le premier ne soit définitivement élu Président des Etats-Unis, est un exemple à méditer.

Quant au chemin du pouvoir, même si l’ouverture à différentes sensibilités politiques semble de plus en plus de mise dans les grandes démocraties, il importe de retenir qu’Obama ne serait jamais élu s’il n’était pas le candidat d’une famille démocrate unie. Idem pour Sarkozy et la droite en France. Itou, toujours en France, pour feu Mitterrand avec la gauche.

Après « Mister W », à quand un « Mister O » au Sénégal ? On se contenterait d’un « Mister M ». M comme Meilleur.

 

23 mars 2009

AUJOURDHUI LA COHABITATION

Demain l’alternance?

Le peuple sénégalais, en toute intelligence et en toute souveraineté, vient de décider. Son verdict est sans appel : le pouvoir a perdu, l’opposition a gagné et l’alternance est localement… alternée. Un verdict, plusieurs lectures.

Le Président Abdoulaye Wade, à force de prendre des libertés avec les institutions et les lois de la République, se voit contraint à une «cohabitation» avec son opposition. Il ne peut plus se prévaloir ni de sa propre légitimité, acquise en février 2007 en tant que chef de l’Exécutif, ni d’une quelconque légitimité parlementaire pour son parti, auteur d’une victoire à la Pyrrhus en juin de la même année lors d’élections législatives boycottées par l’opposition dite significative.

Ce 22 mars 2009 les Sénégalais leur ont adressé (lui Wade et ses allies), un message clair : «Vous êtes devenus minoritaires dans le pays». «Non seulement Dakar a été perdue, mais il faudra beaucoup de temps pour la reconquérir.» Paroles prémonitoires de Lamine Diack*, (à l’époque Président de l’Association Internationale des Fédérations d’Athlétisme : Nda), analysant avec détachement la double défaite électorale du Parti socialiste à la Présidentielle et aux Législatives de 1993. Et Lamine Diack de prévenir ses camarades socialistes de l’époque : «Si le monde rural avait la conscience politique de la capitale, le Ps serait aujourd’hui dans l’opposition.» Cette analyse faite avec une rare lucidité il y a une quinzaine d’années, à l’endroit des tenants du pouvoir d’alors, est d’une brûlante actualité. Pour le régime libéral actuel, non seulement Dakar est perdue, mais également et surtout, le pire pour lui est que le monde rural a bien la conscience politique de la capitale. Même plus d’une capitale! L’ancienne capitale, Saint-Louis, l’actuelle, Dakar, la capitale du rail Thiès, la capitale du bassin arachidier, Kaolack… Toutes dans l’escarcelle de l’opposition. C’est une grande secousse politique. Un de ces scénarios catastrophe auxquels Wade et ses soutiens ne s’attendaient sûrement pas. La bourrasque «Benno» a balayé le «Sopi» presque partout. Au nord, à l’ouest, à l’est, excepté les quelques poches de résistance du sud, notamment, qui ne traduisent en réalité que l’ampleur de la débâcle.

L’heure de la cohabitation a sonné pour un pouvoir sanctionné pour ses innombrables défauts : richesse subite, aussi bien injustifiée qu’injustifiable de certains, achats de conscience à une échelle industrielle, corruption des valeurs par des contre-valeurs, sans se soucier que le pays leur a été légué et qu’ils vont forcément le léguer un jour à d’autres. Passons sur l’arrogance et l’arrivisme de beaucoup parmi les gouvernants actuels, hissés parfois au plus haut sommet de l’Etat. Ce moment de la cohabitation a d’autant plus sonné que le pouvoir a perdu le Sénégal «essentiel», c’est-à-dire le pays «réel» : Dakar, Saint-Louis, Kaolack, Thiès, Fatick, Kaffrine, Louga, Podor, Bakel, Tambacounda… Bref, là où il ne fallait pas perdre. Et la comptabilité électorale est d’une terrible vérité : les régions et localités énumérées pèsent à elles seules beaucoup plus que la moitié de l’électorat national, qui avoisine officiellement les cinq millions d’électeurs.

Se pose maintenant pour le Président Wade la question qui lui fera certainement mal, lui qui n’a jamais envisagé la défaite. Comment gouverner dans un tel cas de figure? Comment gouverner surtout, avec le président d’une Assemblée nationale, le président d’un Sénat et même un Premier ministre ; tous battus chez eux ? Le constat est que le chef de l’Etat, par ailleurs chef du Pds (c’est le lieu de dire que les deux fonctions ne vont pas de pair dans une démocratie qui se veut moderne), se retrouve avec trois institutions : Assemblée nationale, Sénat et Gouvernement dont les trois premiers occupants des fauteuils et avec eux le président du groupe parlementaire majoritaire, ne jouissent pas, mais alors pas du tout, de légitimité populaire consacrée par les urnes.

Que faire alors ? Dissoudre le très contesté Sénat ? Ce ne serait que justice rendue aux nouveaux élus locaux, d’autant plus que ce sont ceux-là dont le mandat a définitivement expiré au soir du 22 mars, qui avaient désigné, avec les députés, trente-cinq des cent sénateurs actuels. Et dire que c’est ce Sénat-là que le président de la République a domestiqué en en nommant 65% des membres, qui a la primauté sur une Assemblée nationale élue, fut-elle l’une des plus mal élues de l’histoire politique du Sénégal ! Imaginez, en cas de vacance du pouvoir aujourd’hui, dans les conditions telles qu’elles sont prévues par notre Constitution, que ce soit le président d’un tel Sénat, plus que jamais illégitime, qui devienne le président de la République, ne serait-ce que le temps d’organiser des élections anticipées ! Cet autre scénario catastrophe (nous ne souhaitons aucunement le pire) suffit comme raison pour dissoudre l’actuelle Chambre Haute.

De même, il nous semble tout aussi logique de remettre les 150 sièges des députés en jeu. Certes, au plan institutionnel, l’Assemblée nationale pose moins problème que le Sénat. Mais au plan politique, il ne serait pas illogique que la Chambre Basse subisse la même logique de dissolution que la Haute. Y a-t-il finalement un Haut et un Bas, au regard du désastre politique institutionnel causé par les résultats des Locales? Certes aussi, pour le président de la République et son parti, le risque politique majeur est de se retrouver minoritaire à l’Assemblée nationale si le verdict des urnes du 22 mars devrait se confirmer lors d’élections législatives anticipées. Mais il en est ainsi du jeu démocratique. Il allie forcément légalité et éthique politique. Sans préjuger de ce qui adviendra en cas de Législatives anticipées, disons tout simplement qu’il est temps pour notre classe politique dans son ensemble, d’envisager sérieusement l’éventualité d’une cohabitation. Une cohabitation ? Oui, nous avons bien dit : cohabitation, car il faut bien se rendre à l’évidence. Le choix de dimanche veut bien dire que le peuple sénégalais n’écarte plus cette éventualité : que la majorité présidentielle puisse ne pas concorder avec la majorité parlementaire.

La classe politique française avait toujours redouté sous la Vème République, une cohabitation gauche/droite ou droite/gauche, c’est selon. Pourtant, c’est sous cette même Vème République que le Président François Mitterrand, le socialiste, a cohabité successivement avec Jacques Chirac et Edouard Balladur, tous deux chefs de gouvernement de droite. Devenu président de la République, Jacques Chirac, inversement des rôles, a cohabité avec Lionel Jospin, Premier ministre socialiste. Tout cela sans casse, si ce ne sont quelques moments d’énervement bien compréhensibles. Et les institutions de la Vème République française dont on craignait qu’elles ne fussent pas assez solides pour supporter le choc, n’en sont sorties que plus fortes.

Dans la grille de lecture du présent choc électoral causé par le peuple sénégalais, choc pour le pouvoir bien entendu, il y a lieu de relever à la suite d’autres, la dimension personnelle et familiale du Président Abdoulaye Wade dans la contre-performance de son parti. Défaite personnelle, parce que le chef de l’Etat s’est trop mis en avant. Qui plus est, en violant la loi sur la campagne électorale, alors que sa posture institutionnelle devait le pousser à plus de retenue. Familiale – c’est regrettable d’être obligé d’utiliser ce qualificatif dans une démocratie – parce que le président de la République et son fils Karim, leader de la «Génération du concret», ont donné à l’opinion, y compris à celle supposée la moins avisée de la chose politique – erreur fatale ! – qu’ils nourrissaient en commun (?) un projet successoral à la tête de l’Etat. Eh bien, si c’était le cas, les Sénégalais ont dit non ! Un non d’autant plus cinglant qu’il faudra remonter à bien loin dans l’histoire électorale de Maître Wade pour le voir battu dans son propre bureau de vote. Et cerise sur un gâteau amer et bien… concret celui-là : le même sort réservé au fils qu’on voulait ou qu’on veut peut-être encore, héritier politique. Option suicidaire, à notre avis, si l’intention est toujours d’actualité, malgré le «Stop, il y a une limite à ne pas franchir !» marqué et martelé par le peuple dimanche dernier.

Finalement, et c’est un autre angle de lecture du tremblement de terre politique, l’opposition peut se permettre de rêver d’une nouvelle alternance à la tête de l’Etat. C’est maintenant loin d’être une simple vue de l’esprit. En tout cas, l’élection présidentielle de 2012 se présente aujourd’hui sous de meilleurs auspices pour elle. A condition toutefois, pour «Benno Siggil Sénégal», de bien décrypter cet autre message des populations : «Unis nous vaincrons. Désunis nous perdrons.» L’énoncé de l’équation à résoudre sur le chemin du pouvoir est donc clair pour les opposants : un pour tous, tous pour un !» D’où la nécessité de régler le problème du leadership, longtemps mis sous le boisseau. Cela est d’autant plus vrai que les résultats du scrutin local du 22 mars ont révélé la naissance de nouveaux leaders, en plus de ceux déjà connus au sein du pôle oppositionnel. Une opposition qui, pour le moment, a le vent en poupe, au point que les Assises nationales qu’elle a initiées avec des pans importants de la Société civile, ne peuvent plus être ignorées par un pouvoir boycotteur desdites Assises, à moins d’être atteint de cécité politique chronique.

En conclusion, nous assistons à une redistribution totale des cartes, tant dans les futures relations entre le pouvoir et l’opposition qu’au sein de chacun des deux blocs politiques, sous la menace de forces émergentes de la Société civile. Et dans une situation où le maître du jeu n’a plus aujourd’hui toutes les cartes en main. Comment ne pas saluer la maturité du peuple sénégalais ? Il peut être fier de son entrée définitive dans le cercle de ces peuples qui votent un dimanche et vaquent le lendemain lundi à leurs occupations. La tête haute.

*Lamine DIACK cité par notre confrère Abdou Latif COULIBALY dans son ouvrage : «Le Sénégal à l’épreuve de la démocratie», publié aux éditions L’Harmattan en 1999. Le même Lamine Diack déclarait dans l’émission «Le Grand Jury» de la RFM en mars 2008 que «le Sénégal n’est pas le Togo», en réponse à une question sur la «succession du Président Wade par son fils Karim».

Un commentaire

  1. Venez découvrir le berceau du plaisir en cette fin d’année.
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