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mercredi, 11 octobre 2017
               
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Cambodge: la dérive autocratique du Premier ministre Hun Sen

Cambodge: la dérive autocratique du Premier ministre Hun Sen

La situation politique s’est fortement dégradée ces derniers mois au Cambodge. Arrestation du leader de l’opposition, fermeture de journaux et de radios, restrictions imposées aux organisations de protection des droits de l’homme : le gouvernement du Premier ministre Hun Sen durcit le ton après un piètre score aux élections communales de juin 2017. Le climat dans la capitale cambodgienne est tendu.

De notre correspondant à Bangkok, de retour de Phnom Penh,

En surface, la vie n’a pas vraiment changé mais, dès que l’on s’immisce dans les questions politiques, les questions de droits de l’homme ou, même, dans le domaine social, on se rend compte que le pays subit depuis maintenant plusieurs mois une sérieuse dérive autocratique.

Début septembre 2017, le leader du principal parti d’opposition, Kem Sokha, a été arrêté pour un discours qu’il avait prononcé en 2013. S’appuyant sur un montage vidéo de ce discours, il a été accusé de collusion avec les Etats-Unis pour renverser le gouvernement cambodgien. C’est, évidemment, tout à fait farfelu, mais les Cambodgiens ont l’habitude de ce genre d’accusations.

Depuis, une vingtaine de députés d’opposition se sont enfuis du Cambodge par peur d’être arrêtés. Du côté des médias, le Cambodia Daily, un quotidien indépendant en anglais créé il y a 24 ans, a dû fermer ses portes après s’être vu réclamer six millions d’euros d’arriérés d’impôts par le gouvernement.

Par ailleurs, les organisations de la société civile sont sous pression, notamment celles qui s’occupent des droits de l’homme. Une loi exige qu’elles soient « politiquement neutres », ce qui ouvre la porte à toutes sortes de manœuvres délétères de la part du gouvernement, notamment si ces organisations reçoivent des fonds de l’étranger.

Domination totale du pays par le Parti du peuple cambodgien

En 1991, il y avait eu les accords de paix de Paris qui avaient mis un terme à la guerre civile au Cambodge. Le pays avait ensuite adopté une Constitution démocratique. D’une certaine manière, Hun Sen et ses alliés avaient été obligés à l’époque, à cause du contexte international, d’accepter la mise en place sur le papier de ce système démocratique.

Mais depuis, petit à petit, la situation est presque redevenue ce qu’elle était avant les accords de paix -c’est-à-dire une domination totale du pays par le parti de Hun Sen, le Parti du peuple cambodgien.

Alors, il y a tout de même des élections, mais c’est là qu’est justement le problème : le Parti du peuple cambodgien au pouvoir a l’impression qu’il risque de perdre les élections parlementaires de l’an prochain, d’où la série de mesures de répression contre les médias, contre les ONG, contre l’opposition, mais aussi les manœuvres d’intimidation. Avant les élections communales, par exemple, Hun Sen n’a pas hésité à dire à ses adversaires politiques de « préparer leurs cercueils ».

Fin de l’allégeance aux puissances occidentales

Il y a un grand changement depuis une dizaine d’années: c’est la présence économique massive de la Chine au Cambodge. Pékin est devenu le partenaire privilégié de Phnom Penh, tant au niveau économique que politique. Par exemple, le gouvernement cambodgien n’hésite pas à soutenir Pékin contre les Etats membres de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est, l’ASEAN, en ce qui concerne le conflit territorial en mer de Chine méridionale.

A Phnom Penh, on ne voit que des immeubles très élevés construits par des firmes chinoises. Et, donc, la donne a changé par rapport à la période entre les accords de paix et le début des années 2000.

A l’époque, le Cambodge avait besoin de l’argent des pays donateurs – l’Europe, les Etats-Unis, le Japon – et des organisations onusiennes. Mais, maintenant, il a l’impression de pouvoir s’en passer. Et, donc, de ne pas avoir à satisfaire les demandes des pays occidentaux en matière de libertés fondamentales et de droits de l’homme.

rfi.fr

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