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lundi, 19 février 2018
               
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Carnet de reportage : au Cameroun, les mineurs d’or artisanaux face aux entreprises chinoises

Carnet de reportage : au Cameroun, les mineurs d’or artisanaux face aux entreprises chinoises

iGFM – Dans l’est du Cameroun, les habitants exploitent l’or dont regorgent leurs terres depuis des années, en utilisant des pelles, des seaux et en travaillant dur. Mais des sociétés chinoises ont récemment fait leur apparition, exploitant le sol avec des excavatrices et des pompes motorisées, sans verser de compensation aux habitants, comme le dénoncent ces derniers. Derek Thomson les a rencontrés lors d’un reportage pour « Ligne Directe ».

 

La mine de Rafa se trouve dans les forêts de l’est du Cameroun, à 12 heures de route de la capitale Yaoundé – 9 heures sur une route asphaltée, 3 heures sur une route de terre tortueuse.

Le reportage de « Ligne Directe » sur les mineurs au Cameroun.

Les habitants l’appellent « mine de Rafa » en référence à Raphaël Hamada, un habitant qui a hérité du site avec sa sœur Calice, à la mort de leur père, selon le droit coutumier. Durant plus de 20 ans, leur famille a ainsi exploité l’or se trouvant sur place, mêlé à de l’argile rouge. Ils ont toutefois vendu la licence d’exploitation du site à d’autres habitants, cédant leur terrain petit à petit, faute de moyens pour l’exploiter intégralement eux-mêmes.

Mais en novembre, des travailleurs chinois sont arrivés. Ils ont construit un camp sur les terres de la famille et ont commencé à exploiter le site avec des excavatrices pour retourner la terre et des rampes de lavage fonctionnant au diesel, pour séparer l’or du sable.

« Personne n’est venu me voir »

« Personne n’est venu me voir pour me dire ce qu’il se passait. Quand je me suis rendue dans la mine, j’ai eu l’impression que ce n’était même plus mon terrain », raconte Calice Hamada.

Les patrons des travailleurs chinois avaient en fait acheté une concession à un Camerounais, qui avait obtenu les droits d’exploration de la région toute entière. Problème : Calice et Raphaël Hamada ne détenaient aucun titre de propriété formel et aucun papier prouvant les accords qu’ils avaient passés avec les mineurs locaux.

Selon la loi camerounaise, les minerais dans le sol appartiennent à l’État. Celui-ci accorde ensuite des concessions aux compagnies minières, en échange de 15 % de l’or qu’elles extraient. Les compagnies sont censées verser une compensation financière aux locaux qui possédaient les terres ou vivaient grâce à elles, tandis que l’État est supposé verser une partie du revenu qu’il touche aux communautés locales. Mais les chefs de villages dans la zone assurent qu’ils n’ont reçu aucune compensation financière de la part des compagnies et que l’État ne leur a rien versé non plus depuis cinq ans.

Calice Hamada, au centre, explique qu’elle et son frère ont hérité d’un site minier à la mort de leur père. Elle raconte que des travailleurs chinois exploitent désormais le site sans leur verser de compensation.

Des mines chinoises gardées par des militaires

Dans les mines de la région, des interprètes – des Camerounais qui ont appris le chinois – servent d’intermédiaires entre les locaux et les compagnies chinoises. Des militaires camerounais sont également présents, pour protéger les mines chinoises des vols et s’assurer qu’il n’y a pas de problèmes avec les habitants.

Le 15 novembre 2017, des habitants et des Chinois se sont en effet disputés près du village de Longa Mali, situé un peu plus au nord. Un travailleur chinois a tué un Camerounais avec une arme à feu. Les habitants ont alors tué ce dernier en lui lançant des pierres. Lorsque nous avons visité le village, des gens nous ont montré des photos des deux corps sur leurs téléphones.

Les deux Chinois que nous avons vus à la mine de Rafa n’ont pas voulu nous parler. Leur interprète nous a dit qu’il fallait que nous nous adressions au siège de la compagnie à Yaoundé, mais nous n’avons pas réussi à les joindre. Sur les autres sites situés dans la zone, les officiels ont dit aux habitants de ne pas nous parler.

Des mineurs locaux qui travaillent manuellement, en creusant, écrasant et lavant l’or pour le séparer du sable.

Malgré les menaces, nous avons rencontré de nombreux mineurs locaux déterminés à faire entendre leurs revendications. L’un d’eux, un jeune, nous a demandé de l’emmener pour aller voir le représentant local du ministère des Mines.

À l’issue d’une semaine pleine de frustrations – des témoins se sont désistés au dernier moment après avoir reçu des menaces, des soldats ont menacé de confisquer notre caméra, des compagnies et des officiels n’ont pas répondu à nos appels, la police nous a retenus durant 45 minutes sans fournir d’explications – nous étions impatients de parler au ministère des Mines, afin d’évoquer les inquiétudes des mineurs locaux. Nous souhaitions aussi lui demander s’il existait des programmes pour soutenir et développer l’industrie minière locale.

Lorsque le service de presse du ministère nous a annoncé que le ministre en personne allait nous accorder une interview dans la matinée, nous avons donc été contents. Mais lorsque nous sommes arrivés sur place, on nous a dit qu’il n’était finalement pas disponible. Ce sont donc la personne chargée des relations presse, le directeur des mines et cinq autres officiels du ministère qui ont écouté nos questions et promis de nous fournir des réponses. Mais deux semaines plus tard, ils n’avaient toujours pas répondu. S’ils répondent, nous publierons leur réponse sur cette page. Nous l’enverrons également aux mineurs de la mine de Rafa qui continuent de regarder les excavatrices chinoises en action.

 

france24

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