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mercredi, 28 septembre 2016
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Enquête du Lundi # A la découverte de Cherif Makhtar Cissé, locataire de la «maison de Bamba »

Enquête du Lundi # A la découverte de  Cherif Makhtar Cissé, locataire de la «maison de Bamba »

iGFM – (Dakar) La maison de Bamba fait dos au mur du célèbre Terrou Bi. Elle fait face à la mer. Une dizaine de mètres la sépare de l’océan Atlantique. Implantée sur des pierres, la présence de cette maison à cet endroit n’est pas un hasard. Ce projet de construction a été murement réfléchi par le promoteur. Elle a été implantée sur la plage, dans le seul but d’attirer l’attention des curieux qui, une fois au bord de mer, ont un regard attentif sur cette bâtisse logée entre l’hôtel et la place sise à quelques encablures de Magic Land, autre hôtel de Dakar situé au niveau de la Corniche non loin de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Sous une tente, un  homme qui donne l’image d’un vieillard y habite. Contrairement à ce que certains pensent, il n’est pas un fou. Entretien.

Pouvez-vous vous présentez à nos internautes?

Je m’appelle Cherif Makhtar Cissé. Je suis là depuis plusieurs années. Je ne suis pas fou contrairement à ce ce que disent certaines personnes. Peut-être on vous l’a même dit quand vous avez posé la question de savoir qu’est ce qui se trouve là-bas ? Si j’ai bonne mémoire, c’est en 1993, que j’ai décidé de récupérer les objets pour en faire des tableaux d’arts ou des statuts. C’est ce que vous voyez tout au tour de cette tente. Je suis un passionné de l’art. Mais j’ai œuvré pour ce qu’on appelle l’art abstrait. C’est-à-dire récupérer des objets pour ensuite faire des tableaux à travers lesquels, un message y est lancé. Je suis disciple de Béne Diogaye Béye, Joe Ouakam et Moussa Baidy pour ne citer que ceux-là. J’ai grandi à la Sicap Fann Hokk avec  Ndeye Khady Niang ».

Est-ce que votre objectif au départ était de construire cette maison d’art ?

Non je n’avais pas ça comme objectif au départ. Quand j’étais venu, quelque temps après je me suis dit qu’il serait important de faire quelque chose ici. Et comme je suis un artiste, j’ai décidé de transposer mon art au bord de la plage. Pour cela, j’ai décidé de ne pas faire ce que tout le monde fait. D’où l’idée de récupérer les objets et les reproduire en tableaux d’art.

Ici c’est une plage, y a-t-il un rapport entre cet endroit et l’art ?

Bien sûr monsieur. La plage c’est au bord de la mer. Quand on parle de mer on sous entend la brise de mer. Vous entendez souvent dire je vais au bord de la mer pour m’inspirer. Pour faire un tableau d’art, il faut de la réflexion et qui dit réflexion parle forcément de concentration. On ne peut pas se concentrer mieux qu’au bord de la mer. Voilà le rapport qui existe entre l’art et la plage ou la mer. D’ailleurs moi, pour faire mes tableaux d’art, je commence le travail à partir de minuit. En ce moment, il y a que le bruit de la mer que j’entends ; ainsi j’arrive à reproduire sur un tableau mon imagination ou ma pensée.

Par exemple, regardez ce tableau. A votre gauche vous voyez Thione Ballago Seck à droite c’est Assane Ndiaye, son frère et au milieu, il y a Cheikh Ahmadou Bamba. Le message qu’il faut comprendre ici c’est qu’il n’y a pas de problème entre Thione et son frère Assane, c’est Satan qui est passé par là. Pendant ce temps, des gens en ont fait un grand bruit et cela a pris de l’ampleur. Ce qui n’est pas normal. Dans ce monde, les gens doivent vivre en paix et dans la tranquillité. En tout cas, moi je suis né dans un monde où tous les jours sont fériés. Il y a de la paix et de la tranquillité. Donc, j’ai l’esprit tranquille. Je vis en paix. Et je souhaite qu’il ai de la paix partout au Sénégal et dans le monde.

On voit aussi des statuts fait par des morceaux de pagnes ou de cornes de bœufs entre autres objets !

Comme vous avez pu le constater, je reproduits en plus des tableaux des images. A travers lesquelles, je mets en exergue les images de mes grands pères et grandes mères mais et surtout toutes les personnes qui, quand elles étaient vivantes, œuvraient pour la paix et la cohésion sociale. Je rappelle que nous sommes dans un pays que l’on appelle pays de la Teranga. Terranga veut dire l’hospitalité et qui parle d’hospitalité, il faut qu’il y a d’abord de la paix. S’il n’y a pas de la paix, les gens n’y viendront pas. Après nos arrières grands parents et éminents guides religieux dont Cheikh Ahmadou Bamba, El Maodo Malick Sy, Cheikh Oumar Foutiyou Tall, Boukounta de Ndiassane, Mame Limamoulaye entre autres, il est de notre devoir aussi de poursuivre ce combat afin que le Sénégal garde ce nom de pays de la Teranga. Et cela, il faut que tout un chacun s’y mette dans le domaine qu’il maitrise le plus. En plus, il y a ici aussi du cinéma et du théâtre sur les tableaux. Je peux vous citer des tableaux sur lesquels vous verrez entre autres Ousmane Sembéne, Béne Diogaye Béye, Djibril Diop Mambéty, Mamane Thiam et Johnson Traoré.

Est-ce qu’au moins des personnes viennent pour visiter?

Les visiteurs sont nombreux, les visiteurs que je reçois ici. Parmi eux, il y a des Sénégalais mais surtout des européens qui passent pour visiter l’exposition. Je reçois surtout beaucoup d’espagnols qui ne cessent de m’encourager. Des fois, ils sont tristes parce que quand ils me demandent de leur expliquer ce qui est sur les tableaux, ils se rendent compte que c’est l’ancien temps. Certains me disent que « j’ai presque fini mon séjour mais je n’ai vu nulle part ou entendu parler de ces personnages du cinéma ou de grands marabouts, du moins ce qui était surtout leur apport dans la société sénégalaise ».

Ils disent on nous dits que celui là c’est Cheikh Ahmadou Bamba mais ceux qui nous montent ces images ou photos disent qu’il est le fondateur du mouridisme mais ne racontent pas sa vie ou son histoire. Je veux dire les bienfaits qu’il a eu à faire pour les musulmans et chrétiens. Parce que ces marabouts ont fait aussi de bonne chose pour les chrétiens, récemment on parle de dialogue islamo-chrétien, cette démarche va dans le cadre de la cohésion sociale, une entente dans la société et quand il y a entente il y aura forcément de la paix ; alors on retrouve encore le Sénégal pays de la Teranga. Les marabouts et les archevêques sont en tout cas pour moi des régulateurs sociaux. Ils l’ont fait depuis toujours et ceux qui les ont succédés continuent à le faire avec la même détermination.

Certains disent que les Sénégalais ne savent pas l’importance de l’art, êtes-vous d’accord avec eux ?

Oui je partage cette idée. Les Européens contrairement aux Sénégalais savent la valeur et l’importance de l’art mais et surtout d’un tableau d’art parce qu’ils connaissent qu’est ce qu’un tableau d’art vaut en terme de pensée et d’imagination. Je veux dire ils savent qu’un tableau d’art n’est pas produit n’importe comment. Il est le fruit une réflexion mure. C’est pourquoi quand un Européen est devant un tableau il essaie déchiffrer le message et quand il n’arrive pas il demande afin qu’il comprenne le message véhiculé par l’artiste.

Nous devons réfléchir et imaginer mais il nous faut et surtout traduire le fruit de notre imagination sur un tableau. Ce qui fera qu’à chaque fois qu’on regarde ce tableau on arrive à se souvenir de cette idée qui pourrait émaner d’une relation avec une personne, un fait de la société ou d’un sujet d’actualité.

Par hasard est ce que des personnalités de ce pays vous ont rendus visite ? Oui monsieur, en plus des Sénégalais ordinaires et des touristes européens, de grands messieurs de notre pays sont venus ici. Ils viennent me voir constamment pour discuter de l’art, précisément comment je fais pour en arriver à ces tableaux et statuts. Je peux citer parmi ces personnes Moussa Touré, Khalifa Sall, le maire de Dakar. Dés fois, aussi mon voisin, je veux dire le directeur de l’hôtel Terrou Bi passe me voir. Des étudiants et des personnes pour la baignade viennent visiter et en profitent pour discuter avec moi de
l’art.

Vous ne courez pas de risques en vous installation au bord de la mer ? Je cours tout sauf un risque. Je vous rappelle que tous les jours sont fériés pour moi. Ici, c’est tranquille. Je n’ai jamais fait l’objet de menace directement ou indirectement de la part d’une personne ou d’un groupe de personnes. En tout cas, depuis que je me suis installé ici tout va bien.

Comment vous parvenez à gagner votre vie ? C’est simple monsieur, je vis du nom de Dieu « Allahou Akbar » (Dieu est grand). C’est Dieu qui m’envoie tout ce dont j’ai besoin. Pour la bouffe, elle vient de partout. Des étudiants et des personnes de bonne volonté m’apportent à manger à midi et au soir. Donc, je n’ai pas de problème de manger. Je vis en paix et en tranquillité. Je fais mon travail d’artiste pour me satisfaire et satisfaire les personnes curieuses comme toi qui viennent ici.

Avez-vous besoin d’aide surtout de la part du ministère de la Culture ?

Je suis un artiste qui ne vit comme je vous l’ai dit de l’aide des étudiants, de personnes de bonne volonté et des visiteurs si une aide de la part du ministère de la Culture, je suis preneur. Il y a toujours des promesses en vue d’améliorer les conditions des artistes mais toujours elles ne sont pas respectées.

Dans leur manière de faire, je sens qu’ils n’ont pas de démarche allant dans le sens d’améliorer les conditions des artistes. Pourtant l’art fait partie des facteurs de développement d’un pays parce que c’est aux artistes de vendre la destination du pays. Au Sénégal, un moment donné les gens disaient que les touristes ne viennent plus.

Ils ne se sont pas posés la question à savoir ce qu’il est à l’origine de cette situation. Moi je dirai que c’est parce que nos ministres de la Culture manquent de politique qui pousse les touristes à venir chez nous. Voilà le rôle des artistes. Ils doivent s’asseoir autour d’une table avec l’Etat pour élaborer une feuille de route en vue d’attirer et même séduire les touristes venir chez nous.

Interview réalisée par Tapa TOUNKARA

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