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lundi, 19 février 2018
               
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Dossier – Banlieue : Treize crimes en 2016, agressions et cambriolages record : Dans les arcanes d’une année macabre

Dossier – Banlieue : Treize crimes en 2016, agressions et cambriolages record : Dans les arcanes d’une année macabre

L’OBS – Treize crimes en une année. Une moyenne de plus d’un meurtre par mois. Le triste décompte est fait dans la banlieue dakaroise, en proie à une insécurité inquiétante qui expose les populations à un permanent danger de mort. En dépit du maillage de la police. Pourquoi tant de violence ? Comment la juguler ou la ramener à des proportions plus «acceptables» ? Ritournelle annuelle, la question est au centre des débats, tant la violence, multiforme, fait égrener des crimes d’une veulerie ineffable.

 

Aucun quartier n’est pas épargné. Les vingt et une communes que compte la vaste banlieue de Dakar sont toutes concernées. On tue pour cinquante francs, un mégot de cigarette ou pour violer. Tout est prétexte pour faire «parler» le couteau, l’arme des pauvres. Et comble de tout, en 2016, cette violence en banlieue n’a même pas épargné les morts, troublés dans leur repos éternel par une série de profanations. A côté de ces crimes, meurtres et tentatives d’assassinat, les vols, agressions, cambriolages et autres formes de violence se disputent le haut du tableau. En dépit de tout, la police veille et certaines, parmi les populations, sont prêtes à collaborer pour entretenir l’espoir d’une banlieue moins violente, plus sécurisée. D’autres se radicalisent et organisent leur propre sécurité.

 

 

PIKINE-WAKHINANE : 14 janvier 2016, le différend soldé pendant le «Thiant». Venus nombreux pour congratuler leur marabout qui baptise son fils, des disciples finissent par transformer la cérémonie en veillée religieuse.  C’était un jeudi. Vers 20 heures, deux condisciples, O. Wade et Kh. Guèye, s’isolent, pour solder un vieux différend. Le ton monte, les deux s’insultent, s’empoignent. Kh. Guèye sort de ses habits, un couteau et en assène trois coups à Oumar Wade qui meurt pendant son évacuation à l’hôpital de Pikine. En cavale, Kh. Gueye se réfugie à Mont Rolland où la police de Pikine est allée le cueillir, de même que celui qui lui avait offert le gîte. Devant les enquêteurs Kh. Guèye déclare : «Oumar était ivre et a tenté de me poignarder, je l’ai désarmé et l’ai piqué.»

 

THIAROYE-AZUR : 21 janvier 2016 : Un ado tué pour 50 francs

Deux élèves de Terminale, O. M et I. Mb, 18ans, ont l’habitude se retrouver, après les cours, autour d’un babyfoot, pour s’amuser, mais également, miser de l’argent. Vainqueur, I. Mb doit empocher 300 francs. Hélas, il ne recevra que 250 francs. Il boude, bout de colère et réclame son argent.  «250 francs et tu n’auras rien de plus», lui sert sèchement O. M. La bagarre éclate. Battu, O. M le prend comme un affront et part chez lui, chercher un couteau. Lorsqu’il revient, c’est le drame : atteint au thorax et au flanc gauche, I. Mb rend l’âme en cours d’évacuation.

 

GUINAW-RAILS : 29 janvier 2016 : Beuverie mortelle 

Quatre ressortissants de la Sous-région se retrouvent dans un débit de boisson clandestin. Ils y ont tellement levé le coude que le gérant décide de les chasser des lieux. Dehors, la bagarre éclate. Ils se donnent mutuellement des coups. L’un d’eux meurt par étranglement. Deux sont arrêtés par la police de Guinaw-rails. Ils travaillaient tous au marché aux légumes de Thiaroye.

 

KEUR-MASSAR : 1er février 2016 : Le fils d’un ancien footballeur étrangle sa tante, son cousin  l’achève : les deux tentent de maquiller le crime

A Darou Salam 2, quartier sis à la sortie de Keur-Massar, S. F s’acharne sur sa tante avec qui il vit. Son papa, ex-footballeur resté en Europe, s’occupe bien de la famille. S. F qui ne manque de rien, considère toutefois sa tante comme celle qui a chipé la place de sa mère. Et comme il tarde à voyager, il se dit qu’elle est l’obstacle. Ce 1er février, une nouvelle dispute éclate. S. F étrangle sa tante qui commence à agoniser. Son ami et cousin s’empare d’un tesson de bouteille et se charge de l’achever. «Deux coups de tesson de bouteille de part et d’autre de la gorge», constate le médecin-légiste. Décidant de maquiller le crime, les deux jeunes nettoient les lieux. C’est à la morgue de la mosquée que les parents de la défunte découvrent le subterfuge et alertent la gendarmerie de Keur-Massar, dont les enquêteurs démasquent et arrêtent les deux garçons.

 

KEUR-MASSAR : 25 avril 2016, Le photographe tente de violer sa colocataire, tue son bébé et se fait lyncher

«A mort», hurle une foule déchaînée, tenant à peine dans la courette d’une maison à l’Unité 13 des Parcelles Assainies de Keur-Massar où vivent un couple, leur bébé de quatre mois et un photographe. C’était dans la nuit du lundi 25 au mardi 26 avril 2016. Pendant qu’elle était au téléphone avec son époux, conducteur de taxi qui ne rentre qu’au petit matin ou tard dans la nuit, Kh. Fall, allaitant son nouveau-né, entend son colocataire, Moussa, frapper avec insistance à la porte de sa chambre. Lorsque ce dernier défonce enfin la porte, la dame, apeurée, laisse tomber le téléphone. Le photographe s’acharne sur elle,  la mord à six reprises, pour la contraindre à un rapport sexuel. La dame résiste. Le téléphone n’étant pas éteint, le taximan «assiste» au calvaire de son épouse et alerte au téléphone ses voisins, avant de rallier Keur-Massar à tombeau ouvert. Son épouse est en danger. Hélas, lorsqu’il arrive enfin, la maison est déjà envahie par la foule, sa femme présente de graves blessures à la joue, leur bébé gît, inerte, tué par le photographe qui lui a fracturé les deux jambes. Neutralisé, les mains ligotées dans le dos, l’homme est traîné jusque dans une maison en chantier et lynché à coups de briques. La Gendarmerie de Keur-Massar procède aux constats d’usage et arrête quatre individus, dont Mor Pène, l’époux de la dame, soupçonné d’avoir orchestré le lynchage. S’en défendant vivement, il a été trahi par les traces de sang sur ses habits déchirés.

 

YEUMBEUL : 13 juillet 2016 – Expulsé de la maison, le neveu tue son oncle et se livre à la police

Un neveu difficile à vivre. Dans la maison familiale où il crèche avec sa petite famille, ses sœurs et frères, le commerçant Moussa Diallo, 41 ans, ne pouvait plus supporter les visites de son neveu, M. B. Diallo avec qui il ne s’entendait pas. Son neveu n’en avait cure et continuait à quitter la Médina pour leur rendre visite. Les disputes entre les deux hommes sont si fréquentes qu’elles finirent par lasser toute la famille. Dans la nuit du mercredi 13 au jeudi 14 juillet 2016, ils remettent ça. Armé d’une pelle, l’oncle poursuit son neveu qui, dans la rue, trouve un couteau avec quoi il le poignarde à mort. C’était au quartier Bathie Dramé de Yeumbeul. «Il a voulu me frapper avec une pelle, j’ai esquivé le coup et lui ai planté le couteau à la poitrine», confie M. B. Diallo qui s’était réfugié à la Medina, avant de se livrer à la police de Yeumbeul.

 

DALIFORT : 16 juillet 2016 – Le tailleur et le mécanicien, deux ados qui se détestent

Dans cette partie du département de Pikine, D. Sy et A. Keïta, 16 ans, vivaient comme chien et chat. Le premier est tailleur de profession, le second s’exerce dans la mécanique. Habitués à se bagarrer, ils remettent ça dans la nuit du samedi 16 juillet. L’un restera sur les carreaux : D. Sy poignardé à la poitrine. Dans la même nuit, le commissaire Adramé Sarr, alerté, fouille Dalifort avec ses éléments de la brigade de recherches et réussit à interpeller A. Keïta.

 

LANSAR : 23 juillet 2016 : Pour protéger son épouse, il tue sa cousine déficiente mentale

Ce n’est  jamais prudent de vivre dans une même maison avec une malade mentale qui, en crises, s’attaque à tout le monde. Dans ce quartier niché derrière le camp militaire de Thiaroye, A. Diop, déficiente mentale, est très agitée cette nuit du 23 juillet. Elle s’attaque à l’épouse de son cousin, M. D qui tente de s’enfuir. Voyant sa femme en danger, M. D saute sur sa cousine et tente de la neutraliser. Hélas, il y est allé trop fort. Un coup de poing à l’abdomen et la déficiente mentale s’évanouit. Malgré les tentatives de la réanimer, elle meurt. La police de Sicap-Mbao arrête M. D, pour «coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner».

 

GUEDIAWAYE : 24 juillet 2016 – Tentative d’assassinat : «Mignonne» la prostituée et son amant arrêtés

Au bar «Lambaye», non loin du marché «Ndiaréme», Talla Ngom, redoutable chef de gang, n’a d’yeux que pour D. Diallo, une prostituée appelée «Mignonne» dans le milieu interlope. Mais, lorsque Talla a voulu terminer la soirée dans ses bras, «Mignonne» refuse, accordant ses faveurs à un autre courtisan, A. Guéye alias Gambien. Furieux, Talla la gifle et se fait poignarder par Gambien, avant d’être traîné dans la rue. Pour parfaire leur coup, «Gambien» et «Mignonne» crient au voleur et la foule s’acharne sur Talla. Laissé pour mort par la foule, Talla voit la prostituée et son amant, chacun armé d’un sabre, se déchaîner sur lui. Presque «démembré», Talla est «ramassé» par les sapeurs-pompiers qui l’évacuent à l’hôpital de Pikine où les blouses blanches ont réussi à le «retaper». La police de Wakhinane Nimzath ouvre une enquête et arrêtent «Mignonne» et «Gambien» qui seront déférés au parquet pour tentative d’assassinat et complicité.

 

KEUR MBAYE FALL : 19 août 2016 : La dame de 50 ans tuée, attachée à un fauteuil

A la Cité Total de Keur Mbaye Fall, une dame sera retrouvée morte, les mains ligotées, le corps attaché à un fauteuil. Aucune blessure sur le corps de Y. Coulibaly, une dame de 50 ans, vivant seule. Ses enfants étant en Europe, la bonne qui s’occupe d’elle ne passe pas la nuit. Crime crapuleux, sa chambre a été fouillée par l’auteur (ou les..) qui semble avoir bien planifié son coup.

 

DJEDDAH-THIAROYE-KAO : 03 novembre 2016 : Il tue pour une tasse de café et une cigarette

Par un après-midi comme les autres dans le populeux quartier de Gouye Fatou Maïga, à Djeddah-Thiaroye-Kao, Khadim Ly, 26 ans, sort de la boutique, une tasse de café à la main, une clope entre les lèvres. Apostrophé par Baye Kounta alias «Doff» qui voulait goûter au café et tirer quelques bouffées sur la cigarette, Khadim refuse. «Tu n’auras ni l’un ni l’autre», lui lance-t-il. Un refus sec qui met «Doff» dans tous ses états. Et comme pour lui, le moindre différend se règle au couteau, il court en trouver un chez lui. Deux coups, le sang gicle, Khadim s’effondre et «meurt par hémorragie  à la suite d’une plaie de 03 cm de long, large de 02cm, une plaie dorsale et thoracique occasionnée par une arme blanche», selon A. Marone, le chef du poste de santé «Deggo» où Khadim avait été acheminé, agonisant. Baye Kounta (30 ans) échappe au lynchage, sa famille le livre à la police de Thiaroye qui dépêche ses éléments sur les lieux pour prévenir toute velléité de représailles.

 

PIKINE-KHOUROUNAR : 19 novembre 2016 : Le chauffeur de la vice-présidente du Cese tranche la gorge de sa patronne

Un crime qui a fait date à Pikine. Une cruauté inouïe, indicible. Pour réunir une dot de 300 000 francs, Samba Sékou Sow, célibataire endurci, n’a pas cherché loin. Il passe la nuit dans le garage, à l’insu de sa patronne, une sexagénaire, vice-présidente du Conseil économique, social et environnemental (Cese) et à l’aube, pendant que cette dernière était sous la douche, Samba Sékou s’introduit dans la chambre. Manque de pot, il est surpris par la dame. Démasqué, Samba se jette sur sa patronne, la plaque au sol, lui assène quatre coups de couteau, avant de lui trancher la gorge. Dans sa fuite, Samba se heurte au fils de sa patronne et lui flanque deux coups de couteau. Blessé, il simule un suicide pour se tirer d’affaire. Arrêté et livré à la police de Pikine, il fait des aveux circonstanciés devant les enquêteurs.

 

GUEDIAWAYE : 24 novembre 2016 : Le charretier tué à la sortie du bar

C’est le dernier de la série. A la sortie d’un bar clandestin, deux habitués des lieux, réputés pour leurs fréquentes bagarres, remettent ça, après une soirée bien arrosée, ce 24 novembre. Sidy Fall alias Sidy Nar et M. Cissé dit Taph ne se font pas cadeau. Au petit matin, Sidy est retrouvé mort, couché sur le dos, une plaie béante à la poitrine. Cinq jours plus tard, M. Cissé alias Taph est arrêté sur la route de la Gambie où il cherchait à se réfugier. Remis à la police de Guédiawaye, il avoue être l’auteur du coup de couteau qui a emporté son «ami» Sidy. 

 

TENDANCES : Treize crimes et une tentative d’assassinat. A l’analyse, l’hivernage (juillet-août) et le début de l’année (janvier et février) sont les périodes où il y a plus de crimes (09/13). Quant à la répartition géographique, a priori, il n’y a aucun enseignement à tirer. Toutes les communes de la banlieue sont concernées.

ALASSANE HANNE

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