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mercredi, 2 août 2017
               
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Doudou Ndiaye Rose au Panthéon

Doudou Ndiaye Rose au Panthéon

iGFM – Edito-igfm (Dakar) L’opposition promet un mois d’août de feu. Doudou Ndiaye Coumba Rose l’arrose… d’eau  en cette saison des eaux, pardon saison des pluies. Il est mort, mais le tambour-major n’est jamais parti, pour paraphraser Birago Diop. La rose s’est fanée mais son parfum rythmique demeure à jamais. Une légende est toujours vivante. Avec la disparition du grand percussionniste, le célèbre poète, dans son non moins célèbre « Le souffle des ancêtres », nous parle plus que jamais : « Ecoute plus souvent Les choses que les êtres, La voix du feu s’entend, Entends la voix de l’eau. » Oui, il faut le dire : Mamadou Ndiaye, de son vrai nom peu connu des mortels, « (est) dans l’arbre qui frémit, dans le bois qui gémit » ; ce bois qu’il a su à merveille sculpter, dompter. Si en cette triste circonstance, nous enfourchons Pégase (comprenez, nous nous lançons dans un poétisme), c’est parce que Doudou Ndiaye Rose était un poète du rythme. Un virtuose né et immortel. Il était incontestablement le Numéro 1 mondial de la percu. Il est de la race des Beethoven et autres Mozart. L’annonce de sa mort par les médias du monde entier en est la preuve. Si le gai « ndënnd » ; si mon confrère Mamoudou Wane du journal « Enquête » me permet de reprendre, comme dans son éditorial, l’autre grand poète Senghor ; si donc le « tam-tam sculpté, tam-tam tendu -ajoutons tam-tam finement tondu-, gronde (encore et pour toujours) sous les doigts du vainqueur » sur la planète entière à cause de sa charge hautement culturelle et cultuelle ; si enfin ce très lucratif « jembe » a fait des riches, nous le devons à notre Rose nationale. Ce dieu du rythme.

Trahissons-nous la volonté d’un tel monument en rendant hommage à celui qui, comme sentant sa mort proche, nous avait défendus de lui rendre hommage à titre posthume ? Oui et non à la fois. Oui parce que, de son vivant un hommage national aurait été plus que mérité pour l’homme du bicentenaire de la Révolution française sur la plus belle avenue du monde des Champs-Elysées, révolution à laquelle le Sénégal a envoyé ses cahiers de doléances. On n’est sûrement pas petit quand on se produit avec Dizzy Gillespie, Miles Devis, les Rolling stones, Peter Gabriel, le groupe japonais Kodo… Son refus à nous adressé de ne pas attendre sa mort pour le célébrer interpelle notre conscience bien sénégalaise, faite souvent d’hypocrisie chez les insatiables verseurs professionnels de larmes de crocodiles que nous sommes. Plutôt que de la prendre mal, cette colère légitime de Doudou Ndiaye Coumba Rose est une invite à méditer sur le triste sort que nous avons tendance à réserver à nos monuments vivants.

Mais ne pas rendre hommage à un tel Monsieur équivaudrait à ne pas rendre à Doudou ce qui est à Doudou. A César ce qui est à César. Surtout qu’il ne s’appartient plus. Il est un patrimoine national et mondial. Comment s’abstenir d’un tel hommage, commettre un tel péché quand c’est notre 4 avril, date symbolisant notre indépendance, qui est orphelin depuis ce 19 août 2015, jour de la mort du virtuose, 55 ans jour pour jour après l’éclatement de la très regrettée Fédération du Mali ? Quelle coïncidence calendaire ! Il y a des symboles et des faits d’histoire qu’on ne saurait ignorer au risque de signer la mort de tout un peuple, uni par un même but et une même foi. Pinçons tous nos koras, frappons nos balafons… et tambours pour celui dont la percussion, à l’instant du passage toujours applaudi des Majorettes de Kennedy, rythme notre défilé du 4 avril depuis 1959. Et si la République décidait d’accompagner pour l’éternité les élégants pas de danse des élégantes Majorettes par l’Elégant Tambour-Major Doudou Ndiaye Coumba Rose ? Salut l’artiste. Bienvenue au Panthéon… de Yoff, Immortel !

MAMOUDOU IBRA KANE

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