Drame de Nioro : Diourbel, l’indicible douleur des familles des victimes | www.igfm.sn
mercredi, 11 octobre 2017
               
Accueil / xL'OBSERVATEUR / société / Drame de Nioro : Diourbel, l’indicible douleur des familles des victimes

Drame de Nioro : Diourbel, l’indicible douleur des familles des victimes

Drame de Nioro : Diourbel, l’indicible douleur des familles des victimes

L’OBS – Quatorze (14) Diourbellois ont péri dans un accident, vendredi dernier, sur la route de Porokhane, à hauteur de Nioro. Sur les 25 blessés, neuf (9) sont de la ville. Chez les parents des victimes de cette collision entre un bus et un car «ndiaga-ndiaye», c’est la tristesse et la consternation. Les défunts ont été inhumés hier matin. L’émotion était à son paroxysme.

 

Brutal et difficile aura été le réveil : jambes alourdies, visages tuméfiés des pleurs de la veille. Ce samedi-là, au lendemain du tragique accident, toute une ville est plongée dans un indicible choc. Diourbel n’a aujourd’hui que ses yeux pour pleurer les siens. Quatorze de ses fils morts sur la route de Porokhane, à hauteur de Nioro (Kaolack). Neuf autres dans le coma. Ils étaient partis célébrer Sokhna Mame Diarra, la vénérée mère de Cheikh Ahmadou Bamba, à Porokhane. A Diourbel, la tristesse se lit partout, sur les visages de vendeurs de café Touba, des charretiers, boutiquiers… Le drame de Nioro va durablement marquer les esprits et imposer son macabre sceau sur cette année 2017. 14 des victimes, dont 12 identifiés, sont originaires de la capitale du Baol. La plupart des jeunes. Ils sont emportés par cette collision entre un bus et un car «ndiaga-ndiaye». A l’annonce de la nouvelle, les parents ont tôt fait, samedi matin, de prendre la direction de Kaolack pour récupérer les corps sans vie des leurs. Insoutenable voyage sur ce trajet Diourbel-Kaolack, un long cauchemar serpenté, plus long que prévu. Le bonheur s’est transformé en malheur. La joie cède à la tristesse, les larmes remplacent les fous rires. Difficile pour certains de s’exprimer, la vie leur étant insipide. Ndioba ne va pas sitôt oublier ce samedi sombre. Élève en Première L2 au lycée Cheikh Mouhamadou Moustapha Mbacké de Diourbel, elle est inconsolable : deux de ses cousines sont parmi les victimes de l’accident. Ayant voyagé ensemble à l’aller, dans une ambiance bon enfant, les trois cousines étaient insouciantes. Aujourd’hui toute seule, de Kaolack où elle se trouvait, elle a rallié la capitale du Baol. Dié Thioune et Ndèye Marième Guèye sont parties à jamais. Laissant dernière elles, Ndioba, inconsolable, comme atteinte de la culpabilité de la rescapée. Pour n’avoir pas fait le voyage au retour avec elles. Ndioba : «Nous sommes allées ensemble à Porokhane, pour le Magal de Sokhna Mame Diarra Bousso. Mais au retour, on s’est séparé, je devais faire une escale à Kaolack. Pour ne pas les retarder, j’ai dit à Dié et Ndèye Marième de me devancer et j’ai pris un autre véhicule pour me rendre à Kaolack.» la voix tremblotante, elle tente de retracer les derniers jours avec ses cousines. Elle n’y arrive pas. Elle hésite, mais bute à nouveau. Elle n’arrive pas à retenir ses larmes. Elève en Terminale L1 au Groupe scolaire Serigne Sonhibou (G3S) de Diourbel, Dié Thioune ne passera jamais son baccalauréat. La candidate est partie à jamais, avec elle, l’espoir de toute famille et des camarades de classe sous le choc. Ndèye Marième Guèye, elle, tenait un petit commerce. Elle excellait dans la vente d’articles pour bambins et son échoppe était bien nommée Bambinerie, au marché Noumbé Diop de Diourbel.

Cinq morts au quartier Keur Goumack

Le choc n’épargne aucun coin de Diourbel. De Keur Cheikh Ibra à Keur Goumack, en passant par Keur Yelly, les familles éplorées font le deuil. A Keur Goumack, on enregistre cinq victimes : Mamadou Gadiaga, Moustapha Thioune, Soda Mbow, Amy Thiam et Ndiakhat Sow. Dans ce grand quartier de Diourbel, c’est la consternation et la désolation. Ndakhat Sow, une femme de petite taille, travaillait dans une société, comme technicienne de surface. Elle laisse derrière elle, un enfant. Soda Mbow et Amy Thiam s’activaient dans la teinture de pagnes qu’elles vendaient lors de grandes cérémonies, comme le Magal. Trois jeunes femmes, toutes membres d’une même famille à Serigne Mbaye Sall, un sous-quartier de Keur Goumack. Personne n’en revient : le quartier a perdu cinq de ses fils. Mamadou dit Modou Gadiaga, étudiant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, ne passera jamais son Master en Physique-Chimie. Il laisse un père inconsolable. Modou Gadiaga était en compagnie de quatre autres membres de leur Dahira. Lui, son frère cadet, Serigne Mor Gadiaga et trois amis ont embarqué à Diourbel, direction Porokhane. Au retour, à hauteur de Nioro, Modou Gadiaga et Moustapha Thioune, marchand ambulant à Dakar, meurent sur le coup. Les deux autres ont écopés de graves blessures. Keur Yelly a été aussi affecté par ce tragique accident. Quatre de ses fils y ont perdu la vie.

Inhumation dans une profonde douleur

Les images sont insoutenables. Une dizaine de cercueils posés à même le sol, devant des parents effondrés, certains pendus à leur portable. Ce sont des familles anéanties à jamais. Leurs fils, nièces, tantes ont été inhumés hier, tôt le matin, vers 9 heures dans les différents cimetières de la Commune de Diourbel, en présence des autorités locales. Difficile en ces circonstances de s’exprimer. Le maire de Diourbel a difficilement consenti quelques mots. «Il y a eu 14 morts, tous originaires de Diourbel. C’est déplorable quand même. C’est une tristesse, c’est un peu compliqué, j’ai du mal à parler. Nous avons fait le déplacement à Kaolack avec les familles des victimes pour l’identification des corps», confie Malick Fall.

JULES SOULEYMANE NDIAYE

SERIGNE MOR GADIAGA, FRERE CADET DE MODOU GADIAGA

«Nous devrions retourner ensemble à Diourbel, mais… »

«Nous sommes allés le même jour à Porokhane. Nous avons passé ensemble le Magal. Nous étions cinq (5), tous membres du Dahira Djamou Borom Touba de Diourbel. Mais au retour, ils sont partis avant moi. Mon marabout, Serigne Mouhamadou Mbacké, m’avait confié quelques travaux à faire. Donc, les quatre ont quitté le vendredi matin et moi, je devais patienter jusqu’au soir, sur instruction de mon guide religieux. C’est la raison pour laquelle nous ne sommes pas retournés ensemble à Diourbel. Des quatre, mon frère, Modou Gadiaga et Moustapha Thioune ont péri. Les deux autres sont actuellement internés dans un hôpital à Dakar. J’étais au courant de l’accident, mais je ne pensais que c’était leur voiture. C’est lorsque je suis arrivé à Diourbel qu’on m’a annoncé la triste nouvelle.»

ASSE MBOW, COUSIN DE VICTIMES

«Trois de mes proches ont péri»

«Nous avions trois parents dans le véhicule. Trois femmes et elles sont toutes restées dans l’accident. Il s’agit de Soda Mbow, Ndiakhat Sow et Amy Collé Thiam. Elles avaient toutes 35 ans. Elles étaient toujours ensemble, du matin au soir. Et le jour du Magal de Porokhane, elles avaient décidé d’y aller. Elles sont allées voir leur quatrième amie, Khayta Sow qui n’a pu partir avec elles. Elle avait mal au pied. Les trois ont décidé de partir ensemble et Dieu en a ainsi décidé. Il paraît que l’accident s’est produit vers 14 heures. Nous l’avons su tardivement, la nuit. Des informations circulaient, mais on ne voulait pas qu’on apprenne la nouvelle dans la nuit. Informés de l’accident, on a tenté d’entrer en contact avec elles. Leurs téléphones ne sonnaient pas. Mais nous, nous pensions que c’était le réseau, car ce jour-là, il y avait des perturbations. Nous avons un parent à Nioro, elles y avaient une escale avant de reprendre la route. C’est le mari de cette parente qui, après avoir entendu parler de l’accident, est allé à l’hôpital El Hadji Ibrahima Niass de Kaolack pour vérifier. Lorsqu’il a su que Ndiakhat, Amy et Soda étaient parmi les victimes, il a appelé à Diourbel pour annoncer la triste nouvelle. Il a eu Cheikh Mbow, le frère ainé de Soda. C’est par la suite qu’ils l’ont annoncé à une femme, laquelle n’a pu garder son calme et s’est mise à pleurer. Du coup, la nouvelle s’est répandue. Ndakhat laisse derrière elle un enfant. Amy avait, elle aussi, des enfants.»

JULES. S. NDIAYE

LES NOMS DES VICTIMES

Soda Mbow, Mamadou Gadiaga, Moustapha Thioune, Dié Thioune, Baye Assane Thioune, Lamine Bara, Ndèye Marième Gueye, Sokhna Gningue, Amy Thiam, Ndiakhat Sow.

 

 

L’axe Kaolack-Nioro a fait 19 morts en 4 jours

Au moment où les parents des victimes de l’accident ayant fait 14 morts, pleurent leurs morts, la route fait encore parler d’elle. Un autre accident s’est produit sur la route de Nioro, à hauteur de Sant Mboutou, vers Ndoffane. Une moto Djakarta, avec à bord 2 individus, qui tentait de dépasser un véhicule, est entré en collision avec un véhicule de type, Mercedes 190, en provenance de Nioro. Bilan : 2 motocyclistes morts sur le coup. Ce qui porte à 19, la liste des accidentés de la circulation sur ce tronçon, en l’espace de 4 jours.

Pour rappel, 2 individus avaient perdu la vie lors d’un accident de moto Jakarta à Nioro, la veille du Magal de Porokhane. Deux autres personnes sont mortes suite à un accident de moto Jakarta vers Koutal, dans le département de Kaolack, sur la route de Nioro. En plus du drame qui s’est produit ce vendredi à hauteur de Dinguiraye où un véhicule «ndiaga-ndiaye» est entré en collision avec un bus. Le bilan est de 13 morts, 30 blessés, dont 4 grièvement. En seulement 4 jours, 19 personnes ont perdues la vie dans des accidents. En plus, avant-hier samedi, un homme non encore identifié a été retrouvé mort noyé à Nioro.

M.B. SENE

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée.