Entretien-Adiouza : «Ce que j’ai appris de la vie de couple !»

Société

 

Une Adiouza peut en cacher une autre… Il est bien loin le temps où la chanteuse se consacrait à sa guitare ou à l’aménagement de son studio. Aujourd’hui c’est dans la peau d’une parfaite fée du logis et femme d’intérieur qu’elle nous reçoit. La mue est totale. Dans l’intimité de sa salle de séjour, un encensoir diffuse des effluves enivrants en même temps qu’une légère fumée. A côté dans une pièce voisine, l’artiste donne des directives pour le repas de son homme. Le ton est donné pour une interview sans détours. Sa condition d’épouse, son statut de coépouse, son prochain album. Adiouza se lâche comme jamais…

Depuis l’annonce de son mariage, Adiouza s’est fait rare…

Adiouza se porte comme un charme. Il est vrai que depuis l’annonce de mon mariage, je me suis fait un peu discrète. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles, je vais très bien. Il faut aussi dire que j’ai beaucoup bougé dans le cadre de mes recherches musicales. Je m’apprête à aller à Atlanta pour recevoir un prix d’une association (Senegalese Community for Aids and Self developement). Ils ont décidé de m’honorer en tant qu’artiste la plus engagée dans le social.

Actuellement en studio, que concoctez-vous pour vos fans qui vous attendent depuis déjà un bon bout de temps ?

En réalité, mon album est prêt depuis 2016. Seulement, j’étais quelque peu en désaccord avec ma maison de production (Keyzit : ndlr). Actuellement, nous sommes en pourparlers et nous avons bien progressé. J’ai bon espoir que l’issue sera heureuse et que l’album sera bientôt disponible sur le marché. En attendant, les fans d’Adiouza auront droit à un nouveau single, juste avant le ramadan. J’y travaille, qu’ils prennent encore leur mal en patience.

Quelle était la cause de ce désaccord ?

Du moment que nous avons trouvé un terrain d’entente, je préfère ne pas trop entrer dans les détails. Je croise les doigts et j’attends de voir. Une fois que la sortie sera effective, il y aura une série de concerts pour faire la promotion, sur le plan national, comme international.

N’empêche que votre absence se fait beaucoup sentir sur la scène musicale. Vos fans se plaignent d’être sevrés ?

C’est vrai ! Mes fans m’écrivent de partout et ne font que se plaindre. Ils se demandent pourquoi je ne joue pas beaucoup dans les boîtes de nuit et autres. En vérité, je ne suis pas trop en phase avec le concept des boîtes de nuit. On n’y gagne pas vraiment. Les entrées le plus souvent sont offertes. Je suis d’accord que c’est nécessaire pour maintenir et fidéliser son public, mais à y voir de près, on tourne en rond et fait les mêmes choses. Ça peut même te figer sur ton répertoire. Je préfère plutôt consacrer ces heures à mes recherches. Donc parfois si je suis en léthargie, cela veut tout simplement dire que je travaille dans mon coin. Je me considère plus comme un artiste de studio. Je cherche tout le temps à surprendre les mélomanes à travers ma musique. D’ailleurs, je me suis installée maintenant et j’ai mis sur pied mon label, «Adiouza Prod», qui va s’atteler à la production de jeunes talents.

Ne pas vous produire, n’est-ce pas céder du terrain aux autres artistes ?

Je n’ai rien à craindre, à mon avis. Qu’on joue ou pas, l’industrie de la musique sénégalaise connait des tourments. Tant qu’on n’essaie pas de trouver des solutions, les artistes ne pourront pas vivre de leur art. La question des droits d’auteur n’est pas encore évacuée. Dans les autres pays, les artistes vivent de cela. Ils font un hit et n’ont même plus besoin de se produire sur scène. Ici au Sénégal, un hit ne dure que 3 mois au maximum et tu n’y gagnes rien. On est là entre Sénégalais, on fait notre musique entre nous, sans pour autant atteindre les frontières. Il y en a quelques uns, hormis les grands, qui ont balisé la route, qui essaient et réussissent. Il y a du boulot pour la nouvelle génération.

Gérer votre propre carrière n’est-il pas déjà difficile. Pourquoi tenez-vous en sus, à produire d’autres artistes ?

Au Sénégal, les jeunes talents pullulent et ont du mal à sortir de l’ombre et à éclore. J’ai décidé de leur tendre la main en donnant un coup de pouce à certains d’entre eux. Ce serait dommage de les laisser à eux-mêmes.

Quelles seront les couleurs du prochain album ?

Ce sera un album international, ouvert sur l’Afrique. Ce ne sera pas carrément enraciné au Sénégal, mais il y aura des singles typiquement sénégalais. Je suis dans le «Mbalakh», même si je fais du «Wolof beats» et explore d’autres styles de musique. Il y aura également beaucoup de collaborations.

Votre dernier single, «Ma la nob», a fait un tabac. Youssou Ndour en a fait l’éloge lors d’une émission radio, qu’est-ce que cela vous a fait ?

Je le remercie avant tout. Entendre des mots aussi encourageants de la part d’un monument de la musique, cela me touche franchement. Il a propulsé la musique sénégalaise dans le monde et son parcours doit nous pousser à aller de l’avant. Nous ne leur arriverons pas à la cheville et cela fait toujours plaisir d’avoir des compliments de leur part. Cela prouve que nous sommes sur la bonne voie. Youssou Ndour a écouté le morceau avec une oreille musicale et a senti le travail qu’il y a eu derrière. Seul le travail paye. Je lui rends hommage pour sa grandeur. D’une autre manière, à travers moi, il a encouragé toute la jeune génération.

Un autre ténor de la musique, en l’occurrence, votre père, Ouza Diallo, s’est depuis peu retiré de votre carrière. Est-ce une stratégie de sa part ou cela s’est-il imposé naturellement à lui ?

C’est vrai, depuis quelques années, mon père est en retrait de ma carrière. Il a compris que je sais ce que je veux et que je parviens à m’imposer toute seule. Et c’est pour lui prouver que je suis capable de me battre seule que j’ai mis sur pied le label «AdiouzaProd», qui fait de la production et de l’évènementiel. Il a produit le single «ma la nope», ainsi que d’autres évènements. Mon père est resté en retrait de ma carrière, mais il reste artiste et il donne son point de vue sur toutes mes productions. Chez moi, ils sont très critiques et chacun me donne son point de vue avant que je ne sorte un produit.

On dirait que la chanson «Ma la nope» vous a porté chance…

(Elle éclate de rire). Pourquoi les gens pensent-ils que parce que j’ai chanté «Ma la nope», cela m’a permis de trouver un mari ?

Comment Adiouza vit-elle avec sa casquette de femme mariée ?

J’apprends à être une bonne épouse, j’apprends à partager. J’étais une femme leader qui passait son temps à donner des ordres, à prendre ses décisions toute seule. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. La vie à deux, ce n’est pas facile. Elle est faite de beaucoup de concessions et de compromis. Il faut apprendre à partager avec l’autre, ne pas tout faire tout seul. Je croyais que ça allait être simple, mais c’est loin d’être une sinécure. Je croyais avoir tout compris de la vie. Mais là, je réalise que la vie de couple est une autre école.

Est-ce que c’est compatible avec une vie d’artiste ?

J’ai la chance d’avoir un mari qui a comme maxime : le boulot avant tout. Je voyage beaucoup, d’ailleurs, le jour de mon mariage, j’étais hors du territoire. Il accepte mon statut de femme d’affaires qui voyage beaucoup. Je reste 6 mois au Sénégal et 6 mois à l’extérieur. J’ai la chance d’avoir un mari très compréhensif, qui ne trouve pas de mal à ce que je voyage, pour l’instant.

Comment M. Thiaw a-t-il réussi à voler le cœur de Adiouza, si l’on sait que Adiouza est une femme obstinée et très déterminée ?

Il n’a rien fait de particulier. Il a été honnête, naturel, simple.

Comment vous êtes-vous connus ?

Je ne sais pas. Je ne vais pas en parler.

Comment vivez-vous votre statut de co-épouse ?

Je ne suis ni première, ni deuxième, ni troisième. Je suis une épouse. Un point, c’est tout ! Je ne parlerai pas de ma vie privée dans les médias. Mon mari est hyper discret et par respect pour lui, je n’étalerai pas ma vie de couple ici. Comme lui, je suis de nature très discrète et personne ne m’a vue m’épancher sur ma vie privée.

Que fait M. Thiaw dans la vie ? Qui est-il ?

Je ne parlerai pas de lui ici.

Etes-vous prête à fonder un foyer ?

C’est la suite logique après le mariage. Je souhaite fonder un foyer, avec des enfants, comme la plupart des femmes. Si Dieu le veut, je suis déjà prête.

Quel est le message de Adiouza par rapport aux rapts et meurtres d’enfants notés ces derniers temps ?

C’est dramatique. Tout le monde doit se lever comme un seul homme pour prendre les mesures idoines afin de combattre les enlèvements d’enfants. La situation est très inquiétante. Il faut revoir l’éducation de nos enfants. Les sociétés modernes souffrent des mêmes tares. Les parents doivent être plus vigilants et il faut des exemples dissuasifs pour les coupables.

Comment vivez-vous la détention de Khalifa Sall, si l’on sait que vous êtes proche de lui et de sa femme ?

Plus d’un an sans voir sa famille, ses amis, ses proches, c’est très difficile. Il faut être fort pour surmonter tout cela. Khalifa Sall est un ami et je suis une amie de sa famille. Je le soutiendrai et je continuerai à le soutenir. Il m’a soutenue dans des moments très difficiles.

Etes-vous toujours en contact avec lui ou sa famille ?

Je suis toujours en contact avec lui et sa famille. Je n’ai pas de contacts directs avec lui, mais je prends souvent de ses nouvelles. On me rassure en me disant qu’il est bien et qu’il est fort mentalement. C’est une épreuve et il la traverse sereinement.

MARIA DOMINICA T. DIEDHIOU

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