Farba Senghor, ancien ministre et charge de la propagande et du patrimoine du PDS : «Il est temps que Me Wade revienne, parce que le Pds ne marche pas du tout» | www.igfm.sn
dimanche, 26 mars 2017
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Farba Senghor, ancien ministre et charge de la propagande et du patrimoine du PDS : «Il est temps que Me Wade revienne, parce que le Pds ne marche pas du tout»

Farba Senghor, ancien ministre et charge de la propagande et du patrimoine du PDS : «Il est temps que Me Wade revienne, parce que le Pds ne marche pas du tout»
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L’OBS – C’est un Farba Senghor très «free» qui livre, sans protocole, les secrets du Parti démocratique sénégalais (Pds). Des secrets qui plongent le parti dans l’obscurité, mais que certains barons du Pds tentent de camoufler. L’ancien ministre de l’Agriculture sous Wade revient de long en large sur la mauvaise gestion du Pds par Oumar Sarr, le retour obligatoire de Me Abdoulaye Wade et Karim, les stratégies du parti pour arriver à se frotter à Macky Sall et lui imposer une cohabitation à l’Assemblée à l’issue des Législatives de 2017, le leadership qu’il faut au Pds…, Farba dit tout, sans réserve.

 

On parle de léthargie du Parti démocratique sénégalais (Pds), qui est aujourd’hui noyé dans des coalitions (Fpdr et Mankoo Wattu Senegaal). Êtes-vous de cet avis ?

L’hyène dit que tout ce que la majorité dit peut être vrai. Le problème de fonctionnement du Pds est réel.  Cela, dans la mesure où notre Secrétaire général, Me Abdoulaye Wade, et Karim Wade, depuis quelques mois, sont à l’extérieur. Normalement, le parti devait continuer à fonctionner en leur absence, pour pouvoir donner les résultats attendus. La machine du Pds est une grande machine qui est la seule aujourd’hui capable de régler la situation, de cristalliser les mécontentements des Sénégalais au plan national, les erreurs du régime de Macky Sall, mais également exploiter toutes les opportunités qui s’offrent à nous, Pds et alliés. Ce, pour revenir au pouvoir, comme le Président Wade nous l’a demandé. Mais il se trouve qu’aujourd’hui, il y a un problème de coordination au sein du parti. Je l’ai dit la dernière fois et j’ai reçu des menaces de sanction (de la part de Me Abdoulaye Wade, Ndlr). Cette grande machine du Pds a malheureusement un moteur qui est très faible. Il faut trouver un moteur de camion capable de tirer le Pds, ou trouver plusieurs moteurs.

Mais où est-ce que vous pouvez trouver ce moteur de camion ?

On peut le trouver au sein du parti. Il faut se concerter. Tout le monde parle de Karim Wade aujourd’hui, dans le pays et à l’étranger. L’effet Karim est évident. Le Pds a besoin de capitaliser tout cela. Ce qui impose des discussions au sein du parti. Il faut une concertation entre ceux qui sont autour de Oumar Sarr (coordonnateur du Pds) et les autres. Tout le monde a entendu Aïda Mbodj, Babacar Gaye et Pape Samba Mboup, qui ont déclaré publiquement qu’ils ont été exclus du système des renouvellements. Moi non plus, je n’ai jamais été convoqué à ces réunions préparatoires, ni à ces renouvellements. Il y a un problème évident qui se pose dans le parti. Oumar Sarr ne fait pas le poids et tout le monde le sait. La représentation du Pds au niveau de la coalition Mankoo Wattu Senegaal l’a démontré. Tous les Sénégalais sont en train de dire qu’il y a un problème de leadership au Pds et même à Mankoo. Il est évident aujourd’hui que le n°1 de l’opposition, c’est le Pds, notamment le duo Abdoulaye Wade-Karim. C’est inévitable. Ils sont la tête de l’opposition. Mais il faut une forte personnalité pour l’assumer au niveau national devant nos alliés. Il faut également l’assumer au sein du parti. Au niveau du Pds, il faut une personnalité capable de réunir tous les leaders du parti, discuter avec eux pour mettre en place un programme et une stratégie. Ce, pour remporter les élections législatives de 2017.

Vous continuez toujours à parler d’exil forcé de Karim Wade. Ne doit-il pas revenir pour s’impliquer dans la bataille pour les Législatives ?

Le Comité directeur du Pds a dit que Macky Sall a contraint Karim Wade à un exil forcé. Nous devons mettre un terme à cet exil forcé de Karim.

Comment ?

Il faut un rapport de force avec Macky Sall. Ce,  pour pouvoir mettre fin à cet exil de Karim Wade. Mais là, il nous faut une personnalité capable de s’adresser à Macky Sall et aux Sénégalais. Abdoulaye Wade nous a toujours enseigné que dans le passé, il a soufflé le chaud et le froid. Quand il le fallait, il s’opposait au Président Abdou Diouf jusqu’à ce que les Sénégalais pensent que la corde allait se casser. C’est à ce moment là qu’un dialogue a un sens. Un opposant ne peut pas entrer au Palais et sortir, comme Manko Wattu Senegaal l’a fait dernièrement, dans des conditions où il n’y a véritablement aucune flamme. Donc, comme je l’ai dit, le problème que nous avons, c’est un problème de leadership au sein du Pds. Il faut qu’on impose notre leadership à nos alliés.  J’appartiens à un groupe de personnes qui se battent et qui ne sortiront jamais du Pds. Eternellement, nous resterons «Wadistes». Nous ne laisserons jamais l’œuvre de Abdoulaye Wade nulle.

Vous semblez sous-estimer les capacités de Oumar Sarr pour mener un tel combat…

C’est évident. Lorsqu’on vient régulièrement en retard aux réunions de Mankoo, qu’est-ce qu’on peut gérer ? Lorsqu’on n’est pas écouté, qu’est-ce qu’on peut gérer ? Lorsque le peuple sénégalais ne sent pas la personne qui parle et qui incarne Me Abdoulaye Wade, le Pds et l’avenir du Sénégal, vous voulez que les gens votent en sa faveur ? Tout cela, il faut le réorganiser.

Vous continuez à réclamer la tête de Oumar Sarr. Déjà, vous avez eu un avertissement de la part de Me Wade. Est-ce que vous ne craignez pas d’être exclu du Pds ?

Non. On a voulu me faire taire, me museler. Il y va de l’avenir du Pds, de Karim Wade et de l’œuvre de Me Wade. Je ne laisserai jamais l’œuvre du Président Wade disparaître. Je suis prêt à en subir toutes les conséquences.

Quitte à être exclu du Pds ?

Personne ne peut m’exclure du Pds.

Même Abdoulaye Wade?

Abdoulaye Wade ne m’exclura jamais du Pds. Et personne d’autre ne peut m’exclure du parti. Je ne laisserai jamais l’œuvre de Me Wade disparaître. C’est clair. Nous devons tout faire pour transmettre cette œuvre aux générations à venir. Est-ce que ces gens qui rasent les murs du Palais vont défendre l’œuvre de Wade demain ? Je ne suis pas prêt à disparaître, ni à laisser Me Wade disparaître. Le combat est nécessaire quelles que soient les conséquences.

Vous misez sur quelle personnalité par exemple pour arriver à faire face à Macky Sall?

Je ne proposerai pas un nom. Mais actuellement, dans l’ensemble des fédérations du Sénégal, nos principaux responsables sont coupés de la direction du Pds. Oumar Sarr n’appelle personne. On a aujourd’hui un problème sérieux en Casamance. On ne sait pas si Abdoulaye Baldé va aller dans une autre coalition que la nôtre ou non. Il n’est pas allé dans la même coalition que nous aux élections du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct). Mamadou Lamine Keïta vient de quitter le Pds. Donc, il y a un sérieux problème en Casamance. Il faut quelqu’un au Pds capable de résoudre ce problème en Casamance. C’est le même cas aujourd’hui au Fouta, qu’on considère comme un bastion de Macky Sall. Il faut aller récupérer les frustrés, qui se signalent déjà dans cette partie du pays.

Vous semblez décrire un Pds à genoux, est-ce que Me Wade est au courant de cette réalité ?

Non ! Me Wade, on lui présente un Pds où les gens sont toujours prêts à combattre. Mais il faut quelqu’un pour diriger le combat, quelqu’un qui est engagé. Malheureusement, les Sénégalais disent que cet engagement n’existe pas aujourd’hui.

Est-ce que réellement, le problème du Pds ce n’est pas Me Wade lui-même, qui veut être à l’extérieur et continuer à contrôler le parti?

Non, le problème du Pds, ce n’est pas Me Wade. Si véritablement nous sommes matures et que tout ce que Me Wade nous a enseigné est compris, nous n’aurons aucun problème à reprendre le flambeau. Et c’est le moment de le faire. C’est comme quand un Président de la République bouge et confie à son Premier ministre des responsabilités, si ça ne marche pas derrière, il faut que le Premier ministre parte.

Donc pour vous, c’est impératif que Oumar Sarr quitte son poste de coordonnateur du Pds ?

Oumar Sarr doit quitter. Quand on me dit que Me Wade lui fait confiance, je réponds que j’ai vécu l’expérience avec Idrissa Seck et Macky Sall. Le Président Wade a toujours dit : laissez mes Premiers ministres, je leur fais confiance. Mais quelques semaines après, ils (Pm) étaient obligés de partir. Si au niveau national tout le monde dit qu’il faut une nouvelle tête pour porter le combat du Pds, Me Wade sera obligé de céder et de débarquer Oumar Sarr.

Mais là, il faudra la présence de Me Wade au Sénégal pour remettre de l’ordre dans le parti…

Oui, il est temps que Me Wade revienne, parce que le Pds ne marche pas du tout. Il doit revenir rapidement pour mettre de l’ordre dans le parti, pour que nous puissions travailler ensemble. La clé de notre réussite, c’est l’unité au sein du Pds et des partis alliés sincères. Si le Pds est bien géré, il peut gagner les élections législatives de 2017 et imposer à Macky Sall une cohabitation à l’Assemblée nationale. Ces élections sont la clé et la solution de nos problèmes. Nous sommes dans des difficultés parce qu’il y a harcèlement quotidien du pouvoir contre nous. Il nous faut une majorité à l’Assemblée nationale capable de voter l’Amnistie pour Karim Wade, de gérer le Pds et le Sénégal.

Etes-vous intéressé par le poste de coordonnateur?

Il ne faut jamais dire : choisissez-moi, parce que nous sommes dans une situation très critique. Je me bats pour le parti, pour perpétuer l’œuvre de Me Wade. Il faut que Oumar Sarr s’arrête et qu’il appelle les membres de la direction du parti pour  discuter.

Vous faites partie de ceux qui étaient contre le groupe de réformateurs dirigé par Modou Diagne Fada ; aujourd’hui, vous dénoncez les mêmes faits, est-ce que l’histoire ne pas raison à Fada et Cie ?

J’ai toujours dit que Oumar Sarr et Fada sont les responsables de cette situation. Ces problèmes ne sont pas  nouveaux. Ils ont fait les investitures des Législatives de 2012. Nous étions quatre : Ousmane Ngom, Oumar Sarr, Modou Diagne Fada et moi. Mais  nuitamment, Oumar Sarr et Fada ont fait les listes. D’autres responsables et moi, nous étions exclus des élections locales. Ce que j’avais dénoncé. L’histoire m’a donné raison, parce  que  Fada a fini par réclamer le Pds, le poste de Secrétaire général national. Fada est responsable de la léthargie du Pds qu’il dénonçait, avec la naïveté ou la complicité de Oumar Sarr. Il y a actuellement une lutte d’influence au Pds. Je suis d’accord pour qu’on se batte pour perpétuer l’œuvre de Me Wade, mais pas pour des intérêts personnels ou pour aller rejoindre Macky Sall.

A ce rythme, pensez-vous que le Pds survivra après la retraite politique de Wade ?

C’est ce que nous craignons, nous qui sommes en train de nous battre. Et c’est pourquoi la légitimité de notre combat est évidente. Si on laisse les choses comme elles sont, les gens risquent de prendre leurs bagages et d’aller rejoindre Macky Sall. Ce nous voulons, c’est qu’on discute des problèmes du Pds, qu’on définisse des objectifs et des stratégies et qu’on arrive à gagner les élections législatives pour régler nos problèmes. Si on veut gagner les élections, il faut d’abord réconcilier les gens, s’organiser et mettre les moyens qu’il faut pour réaliser nos objectifs. Mais s’il y a toujours ce pilotage à vue, nous n’aurons pas la certitude de les gagner.

Vous pensez vraiment que le Pds a des chances devant Macky Sall ?

Bien sûr. Les gens sont mécontents. Si on prend l’agriculture par exemple, les récoltes sont mauvaises. Il n’y aura que 35% des prévisions pour l’arachide, le mil, le riz, le maïs, le Sorgho et le riz local, parce que les pluies ont débuté tardivement, au début du mois de juillet. Seules quelques familles qui avaient semé pendant le mois de juin ont eu de bonnes récoltes. Actuellement, il n’y a rien dans le monde rural. Nous craignons même la famine. Macky Sall avait promis le financement des huiliers et des opérateurs économiques. Il n’y a aucun financement. Même ceux qui achetaient les semences ne les ont pas achetées cette année. Les huileries se sont arrêtées depuis l’année dernière. Il y a une pénurie d’huile, qui est due à deux choses : il n’y a pas eu une grande production et l’importation dont une très grande partie venait du Togo, n’existe plus. Il y a aussi un problème avec le riz, parce que Macky Sall, en voulant faire consommer de force le riz local aux Sénégalais, a entraîné une hausse du prix du riz. Il n’y a plus de création d’emplois, ni de richesses. L’insécurité gagne du terrain de jour en jour. Le vol de bétail persiste.

Est-ce qu’il n’est pas envisagé que Karim Wade vienne vous prêter main forte ?

Normalement, il devrait venir. Mais qu’il vienne ou pas, on doit se battre. Il est en exil forcé. C’est pourquoi je dis qu’il faut un rapport de force pour qu’il revienne.

MATHIEU BACALY

& CODOU BADIANE

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