Gestion du patrimoine du Sénégal à l’étranger : Macky Sall envoie l’Ige aux Affaires étrangères

Société

IGFM – Pour faire toute la lumière sur la gestion du patrimoine immobilier du Sénégal à l’étranger, le chef de l’Etat a activé l’Inspection générale d’Etat. Un besoin d’informations fiables, pour de probables futures sanctions, qui a été accéléré par l’affaire du présumé scandale de Milan.

Il faut pas se fier à la manière de mandement. Ni à son évocation dans le secret des murs de la Salle Bruno Diatta (ex-Salle des Banquets) encore moins à sa teneur dans le communiqué du Conseil des ministres d’hier, mercredi 06 novembre 2019. Où l’injonction présidentielle tient à peine sur trois phrases : «Le président de la République a, sur la gestion du patrimoine de l’Etat à l’étranger, demandé au ministre des Affaires étrangères, en relation avec le ministre des Finances et du Budget, d’engager le recensement exhaustif et l’audit intégral du Patrimoine de l’Etat», lit-on dans le document qui a sanctionné le raout hebdomadaire du gouvernement sénégalais. Mais dans la décision du chef de l’Etat de fouiller la gestion du patrimoine immobilier du Sénégal à l’étranger – un vaste audit accéléré par le supposé scandale de Milan et qui sera mené par l’Ige – il y a l’art et la manière. Il y a surtout la volonté affichée de Macky Sall, outré par les informations contenues dans les fiches diplomatiques et les dénonciations de Sénégalais de la diaspora, qui a décidé de débusquer (et probablement sanctionner) les responsables qui ont commis des crimes financiers sur le patrimoine de l’Etat et ceux qui les auraient couverts. Avec force et au grand jour.

Pour faire l’état des lieux, le président de la République n’a d’autre choix que de lâcher l’Inspection générale d’Etat (Ige) aux trousses du ministère des Affaires étrangères, dirigé par l’ex-argentier de l’Etat, Amadou Ba. Selon nos informations, le chef de l’Etat a même déjà activé la commission de contrôle et de suivi du Patrimoine immobilier de l’Etat à l’étranger. Cette commission statutaire, dirigée par un Inspecteur général d’Etat, nommé par décret présidentiel, est placée sous la tutelle du Secrétariat général de la Présidence de la République. Elle est composée d’un Ige, du Directeur de l’administration générale et de l’équipement (Dage) du ministère des Affaires étrangères, de l’architecte du Palais, du Directeur des Domaines, du Directeur du Cadastre, du conseiller du ministre de l’Economie et des finances chargé des questions domaniales. Sa dernière mission remonte à l’année 2016. Elle était dirigée par l’Ige Sidy Mouhamed Ndour. Et devant l’immensité des dysfonctionnements dans la gestion du patrimoine immobilier du Sénégal à l’étranger, d’autres Ige avaient été mis à contribution.

Affaire du présumé scandale de Milan

Ce besoin du chef de l’Etat de se faire faire l’inventaire du patrimoine immobilier à l’étranger serait dicté par le présumé scandale de Milan (Italie) qui ne serait que la partie visible de l’Iceberg. Consul général du Sénégal chez Giuseppe Conte, Rokhya Bâ Touré a engagé l’Etat du Sénégal dans une location-vente, avec remise des payements des arrières, d’un immeuble de trois niveaux situé à Viale Certosa 187 à Milan pour abriter la mission consulaire en Italie. L’immeuble était loué par le Sénégal depuis 2015 pour un montant d’environ 7 000 euros par mois, c’est-à-dire près de 5 millions FCfa. Mais l’acte de vente a été officialisé le 1er août 2019 devant la notaire Adele Raiola, en collaboration avec l’agence immobilière Erreti Immobiliare. Le Consul général du Sénégal à Milan, Rokhya Bâ Touré, aurait piloté, en solitaire, ce dossier qui a abouti à la signature de l’accord d’un financement immobilier d’un montant de 1 300 000 euros, soit un peu moins d’un milliard de franc Cfa, avec un crédit immobilier qui va durer 15 ans. Une affaire qui défraie la chronique et sur laquelle le président de la République veut apporter toute la lumière, en y engageant le plus prestigieux corps de contrôle de l’Etat.

Puisque jusque-là, la seule version servie par la presse est que la dame aurait agi en solitaire. Elle n’aurait associé ni informé ses supérieurs hiérarchiques, notamment le ministère des Affaires étrangères, qu’elle devait saisir avant toute prise de décision. Rokhya Bâ Touré se serait juste basée sur une lettre de l’ancien ministre du Budget, Birima Mangara, pour valider ce dossier qui engage l’Etat du Sénégal. Elle aurait interprété, à sa guise, la correspondance de l’ancien ministre du Budget. Or, la Dame devait attendre d’avoir une autorisation expresse, formelle et absolue du ministère des Affaires étrangères avant d’agir. Une procédure qui sera certainement passée au peigne fin par les enquêteurs de la commission de contrôle et de suivi du Patrimoine immobilier de l’Etat à l’étranger qui vont, dans les jours à venir, séjourner dans les différentes capitales et villes du monde qui abritent des représentations diplomatiques et consulaires du Sénégal.

SOPHIE BARRO

 

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