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mardi, 18 juillet 2017
               
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Enquête de la Semaine – Greniers vides, manque d’eau # Malem Hodar au bord de la famine

Enquête de la Semaine – Greniers vides, manque d’eau # Malem Hodar au bord de la famine

 

 iGFM – (Dakar) «Près d’un million de citoyens Sénégalais sont menacés de famine et plus 800 000 personnes sont déjà en proie à la faim», avait alerté Mody Diop, Secrétariat exécutif du Conseil national de la sécurité alimentaire.

A l’en croire : «cette situation de famine concerne plusieurs localités du Sénégal mais, «les départements les plus touchés sont : Bambey, Malem Hodar, Matam, Kanel, Tambacounda et Goudiry». Et ces zones pourraient être dans une situation d’insécurité alimentaire plus compliquée, surtout durant la période de soudure qui intervient de juin à Août.

Effectivement, c’est dans ce cadre précis, que le site d’informations générales :igfm.sn a effectué une descente dans le département de Malem Hodar.

Malem Hodar érigé en département en 2008

Le département de Malem Hodar est l’un des 45 départements du Sénégal, situé dans la région de Kaffrine. Il a été créé par un décret du 10 juillet 2008.

Le département compte 7 communes : Darou Minam 2, chef-lieu de sous-préfecture regroupant les communes de Khelcom, Ndiobene Samba Lamo et Ndioum Ngainthe ; La sous-préfecture de Sagna regroupe la commune du même nom et celle de Dianké Souf. A cela s’ajoute la commune de Malem Hodar chef lieu du département.

L’Arachide comme principale culture de rente

Le climat du département de Malem Hodar est dans l’ensemble de type soudano-sahélien, caractérisé par une saison des pluies allant de juin à octobre, avec une moyenne qui depuis plusieurs années, gravite autour de 800 mm. Les températures sont généralement élevées et varient entre 26 et 39°C, avec une moyenne de 29° C.

La localité regorge d’énormes ressources et potentialités hydrogéologiques et hydrographiques. Cependant, ces ressources subissent des dégradations liées à plusieurs facteurs : la péjoration climatique, les érosions éolienne et hydrique, l’exploitation anarchique des ressources naturelles, la pression du bétail, les feux de brousse…

Le département de Malem Hodar est essentiellement dominé par les cultures pluviales qui sont constituées principalement d’arachide, de céréales (mil, sorgho, maïs, riz de plateau) mais également de coton, de sésame et de niébé. Les populations s’adonnent de plus en plus aux activités maraîchères notamment au niveau des bas-fonds et autour des forages.

L’arrêt brusque des pluies a hypothéqué les récoltes

Dans la commune de Malem Hodar, Sagna et dans celle de Djanké Souf, le constat est unanime. Les récoltes n’ont pas été au rendez-vous, à cause de l’arrêt brusque des pluies. Bref, il faut dire que la situation dans le département a atteint un seuil critique qui nécessite une intervention rapide de l’Etat en vivres de soudures en quantités.

Le seuil critique de paupérisation atteint

Dans les villages de Siweul, Ngaba, Hodor, Tawa et Diam-Diam que nous avons sillonnés, la famine a fini d’envahir certaines familles. A Ngaba dans la commune de Djanké Souf, nous avons trouvé des familles dans le désarroi total. Les mauvaises récoltes hantent déjà le sommeil des pères de famines. Jeunes et vieux trouvés à la place du village, méditent sur leur sort, en cette période de début de l’hivernage.

  Baba Ramatou Kâ, chef de village de Ngaba 

«Les récoltes n’ont pas été bonnes. Les villageois composés de Wolof et de Peulh, attendent avec impatience l’aide de l’Etat. Chacun se débrouille pour donner à manger à sa famille. Dans toute la localité, la situation est alarmante. On se débrouille quotidiennement. Dans beaucoup de familles, les trois repas quotidien ne sont pas plus respectés, faute de vivres. C’est pourquoi, nous voulons que l’aide de l’Etat arrive le plus tôt possible, avant l’hivernage. Tout le monde souffre ici», a laissé entendre Baba Ramatou Kâ, le chef de village de Ngaba.

Abdoulaye Diop cultivateur à Ngaba (Vidéo)

«Nos rêves sont transformés en cauchemar. Parce que nos récoltes n’ont pas du tout étaient bonnes, faute de pluies». (Vidéo)

 

Ismaïla Kâ, chef religieux à Siweul (Vidéo)

Un autre village, une autre commune. Siweul, dans la commune de Sagna. Ici, habite également un marabout, un leader d’opinion. Nous avons pu échanger avec son jeune frère consanguin : Ismaïla Kâ. Il trouve la situation effrayante et souhaite que l’aide de l’Etat arrive le plus tôt possible et que le partage se fasse  sans parti pris. Il s’est exprimé dans cette vidéo.

Amadou Ndao, gérant du mini-forage de Diam-Diam (Vidéo)

«Le premier puits de la localité date de 1960 et les villages qui polarisent Diam-Diam consomment de l’eau de qualité douteuse des années durant. C’est pour cette raison, que la société Hydraulique Sans frontière/France a réalisé un forage dans la localité depuis 2016. Avant la fin des travaux, nous avons bénéficié de deux bornes fontaines. Des gens viennent des localités très lointaines, à bord de charrettes avec des bidons pour puiser de l’eau propre à la consommation», a-t-il  laissé entendre.

Mouhamadou Moustapha Sow, chef de service départemental de l’action social de Malem Hodar (pas de photo)

«La pauvreté s’est manifestée par le non accès aux services sociaux de base dans tout le département. Cette année, l’arrêt brusque des pluies a accentué la situation. Chaque jour, les populations nous envahissent. Elles croient que nous avons des millions de francs Cfa à partager. On m’appelle de partout pour me demander si nous avons de l’argent à donner aux populations. Ce qui montre que la famine est déjà à nos portes du fait de mauvaises récoltes», a déclaré Mouhamadou Moustapha Sow.

Néanmoins, il soutient «nous avons un programme de réadaption à base communautaire et un autre programme d’appui à la promotion des personnes de troisième âge et des enfants déshérités».

 

Salif Bâ, adjoint au Préfet de Malem Hodar (locaux de la préfecture)

 prefecture-malem-hodar

«L’hivernage passé n’a pas été bon. Les pluies sont arrêtées de manière brusque à la surprise générale. Et du fait que la zone est essentiellement agricole, cette situation a engendré des conséquences incommensurables chez les populations», a déclaré l’adjoint au Préfet.

A l’en croire «la situation de la pauvreté a pris de l’ampleur parce que le département ne dispose pas d’usine, ni des domaines agricoles communautaires (Dac)». A cela s’ajoute dit-il «le manque d’eau et cela nécessite l’installation de forages dans des localités concernées. Avec cette lancinante question d’eau, tous les ingrédients sont réunis pour parler de précarité dans le département».

Selon toujours l’adjoint au préfet de Malem Hoddar, «nous avons appris dans la presse que dans le cadre de la sécurité alimentaire, l’Etat compte venir en aide aux départements ciblés. Nous saluons à juste valeur cette mesure. Cependant, nous suggérons que cela se fasse vite avant les fortes pluies. Parce que le département de Malem Hodar est très enclavé. Beaucoup de villages situés dans les arrondissements de Sagna et de Darou Minam 2 sont inaccessibles en période d’hivernage. Les routes qui y mènent sont en très mauvais état».

 

Abdou Ndao, Maire de Malem Hodar (photo)

maire-malem-hodar

«La précarité a pris des proportions inquiétantes dans le département. En tant que maire du chef lieu de département, Malem Hodar, je vis tous les jours la situation par des demandes de soutien. Même dans la commune, elle est préoccupante. Des familles sont envahies par la pauvreté du fait de mauvaises récoltes, parce qu’ici, tous les populations autochtones sont des agriculteurs», a confié le maire.

Abdou Ndao poursuit : «nous avons accueilli avec beaucoup de satisfaction, la décision prise par l’Etat du Sénégal d’octroyer des vivres de soudures aux populations des différents départements menacés par la famine dont Malem Hodar.

Cependant, le maire est d’avis que «les élus locaux ont l’obligation de veiller en collaboration avec les services administratifs à la sélection des foyers. Parce que cette mesure prise par le pouvoir vise à assister les plus vulnérables sans distinction de religion ou de parti politique».

En somme, les autorités étatiques sont averties. Il faut agir au plus pressé. Si rien n’est fait d’ici la fin du mois de juin, pour apporter une aide conséquente aux populations que nous avions rencontrées, le pire se produira sans nul doute.

Bref, Malem Hodar est au bord de la famine. Les greniers sont vides. Les céréales qui servaient de vivres de soudures pendant l’hivernage (Juin, juillet et août) sont épuisées, à cause de mauvaises récoltes.

Sekou Dianko DIATTA (Envoyé Spécial dans le département de Malem Hodar)

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