(Interview) Pape Samba Mboup : « Ce que Macky Sall doit faire »

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IGFM – C’est un esprit libre qui dit tout haut ce qu’il pense du fond du cœur. Sans hésitation aucune, ni regret. Pape Samba Mboup qui s’est terré chez lui depuis la réélection du Président Macky Sall, a décidé de briser le silence. Ce, pour aborder avec «L’Obs» toutes les questions brûlantes de l’actualité. Il aborde, entre autres, la question du dialogue national, les tares de la société civile sénégalaise, le mauvais entourage qui risque de plomber les avancées politiques et économiques de Macky Sall, les dessous qui freinent les retrouvailles Wade-Macky, l’avenir de Karim Wade et Khalifa Sall, la crise interne au Pds. Bref, Pape Samba Mboup livre tout, non sans révéler comment il prépare sa retraite politique, après son combat réussi pour la réélection du Président Macky Sall. 

Pape Samba Mboup, depuis la réélection du Président Macky Sall le 24 février 2019, on ne vous entend plus parler. Qu’est-ce qui explique votre silence ?

Je ne parle pas parce que j’ai eu ce que je voulais, c’est-à-dire la réélection du Président Macky Sall. C’est tout. J’ai soutenu le Président Sall parce que pour moi, il était le meilleur candidat et c’est un frère libéral. Nous avons milité ensemble dans un même parti (Pds-Parti démocratique sénégalais). Nous avons passé ensemble, Macky et moi, des moments ponctués de rires et de pleurs. Quand on m’a renvoyé du Pds, Macky Sall m’a demandé de venir travailler avec lui, en fait de le soutenir. Ce que j’ai accepté parce que c’est un frère libéral. Il m’a convaincu aussi par le travail qu’il est en train de faire pour le Sénégal. Parmi les cinq (5) candidats à la dernière Présidentielle, Macky était le meilleur. Il a fait des preuves et je sais qu’il va en faire d’autres pour l’intérêt du Sénégal. Les autres candidats (déchus Idrissa Seck, Ousmane Sonko, Madické Niang et Issa Sall, Ndlr), je ne sais pas de quoi ils sont capables. Moi, je ne vais pas à l’aventure. J’ai contribué à la réélection du Président Macky Sall parce que je ne voulais pas que le pouvoir tombe entre les mains d’un aventurier. J’ai gagné mon combat, c’est fini.

Donc, vous n’attendez rien en échange de votre combat ?

Je n’ai pas soutenu le Président Macky en échange d’un poste. Je l’ai soutenu parce que je suis un patriote, j’aime le Sénégal. Maintenant qu’il a gagné, c’est à lui de régler les problèmes des Sénégalais. Et c’est lui qui sait avec qui il peut travailler et comment travailler. On ne le gêne en rien du tout. Nous avons eu ce que nous voulons : sa réélection dès le premier tour.

Jusqu’où comptez-vous aller avec le Président Macky Sall ?

J’ai soutenu le Président Macky Sall avant l’élection Présidentielle (de 2019) et je vais continuer à le soutenir jusqu’au jour où j’irai à la retraite politique.

Vous envisagez déjà votre retraite politique ?

Bien sûr. Je ne suis plus jeune. J’ai mené mon dernier combat en politique qu’était la réélection du Président Macky Sall. Ce combat est terminé. Je suis à l’aise maintenant. J’ai eu ce que je voulais, je peux aller à la retraite maintenant, aller dormir ou écrire mes mémoires. Il faut savoir s’arrêter. J’envisage ma retraite politique. J’ai quelques petits problèmes à régler d’abord dans la scène politique, après maintenant je vais prendre ma retraite. Depuis 40 ans, je suis dans la scène politique, ça suffit maintenant.

Quelle est votre appréciation de l’appel au dialogue national lancé par le Président Macky Sall ?

Le dialogue est une bonne chose. Dans ce monde, les gens ont toujours dialogué. Même pendant la guerre mondiale, lorsque les troupes s’entredéchiraient, en haut les gens se parlaient. Le dialogue est venu à son heure parce qu’il y a une fumée épaisse qui enveloppe le landernau politique. Et il faut un dialogue sincère pour qu’on ait une éclaircie. Tous les patriotes doivent accepter d’aller au dialogue. Quand un président de la République dit j’appelle toute la classe politique, la société civile, entre autres, pour qu’on discute sur l’avenir du pays, le patriote doit répondre à cet appel. Macky Sall a lancé un dialogue pour que l’on voit comment développer le Sénégal, comment taire les rancœurs. Il faut qu’on se parle. Les gens qui refuseront d’aller au dialogue rendront compte à la postérité. Macky aurait pu ne pas appeler au dialogue, parce qu’il a été bien réélu avec 58% de suffrages des Sénégalais et 68% de participation au vote. Les gens pensent que si Macky appelle au dialogue, c’est pour consolider son pouvoir. Non. Son pouvoir est déjà consolidé, parce que les Sénégalais, dans leur majorité écrasante, lui ont fait confiance. Macky est à l’aise.

Vous parlez d’une fumée épaisse dans le landernau politique sénégalais, à qui doit-on le reprocher ?

C’est la faute aux opposants. Ils refusent tout et ne veulent rien comprendre. Ils disent non à toutes les propositions faites par le Président Macky Sall. Avec le dialogue, on aura l’occasion de savoir ce qu’ils veulent. Si c’est pour le bien du Sénégal, le Président Macky Sall va accepter leurs propositions. On appliquera que des mesures dont le Sénégal a besoin. Si ce sont des propositions pour le progrès du Sénégal, pour la stabilité et la paix, elles seront toutes acceptées.

Malgré les grandes concessions du Président Macky Sall pour répondre aux préoccupations de l’opposition et de la société civile, le dialogue risque d’être plombé. Car, il y a déjà un problème de consensus des acteurs sur le profil de la personne devant conduire les concertations. Ne pensez-vous pas que le jeu est faussé d’avance ?

Les personnalités neutres, il y a en beaucoup au Sénégal. Ce ne sont pas les gens qui crient pour dire : «Je suis société civile, je suis ceci» qui sont des personnalités neutres. Une société civile n’est pas neutre. Il y a beaucoup de gens qui se réclament société civile, alors qu’ils sont des politiciens. Par contre, il y a des gens qui ne font pas de politique. Ils sont à équidistance des partis politiques. Ils sont connus pour leur sérieux, leur expertise. Ce sont ces gens qu’il faut aller chercher pour diriger les concertations pour le dialogue national.

Vous semblez confirmer le Président Abdoulaye Wade qui accusait à l’époque, la société civile sénégalaise d’être politique ?

C’est vrai, Me Abdoulaye Wade avait raison. Il disait que la société civile, ce sont des politiciens encagoulés. En fait, la société civile, c’est un fourre-tout. Quand on crée un Gouvernement, on dit que la société civile y a sa place. Quand il y a dialogue, la société civile dit : «Je suis là». On sait que ceux-là (certains membres de la société civile, Ndlr)  roulent pour des partis politiques sans le dire. Il faut dire la vérité. Il faut que l’on règle beaucoup de problèmes dans ce pays. Pour moi, la société civile, c’est la femme qui vend des cacahuètes aux coins de la rue de chez moi, c’est le talibé, entre autres. Ces gens ne pensent pas à la politique. Ils ne sont derrière aucun parti politique. Ce sont ces gens là la société civile. Ceux qui se réclament société civile et qui sont tout le temps dans leur bureau et qui ne savent pas ce qui se passe dans le pays. Au Sénégal, il faut que l’on règle le problème de société civile. Elle n’existe pas. Ce sont des politiciens qui s’en réclament.

Pour vous, la société civile ne doit pas prendre part au dialogue…

Elle n’a pas sa place dans cette affaire-là. Jusqu’à présent, je ne peux savoir qui est société civile au Sénégal.

 Le Parti démocratique sénégalais avait posé des conditions pour participer au dialogue national lancé par le Président Sall, notamment la personnalité neutre pour diriger les concertations, la révision du procès de Karim Wade et la libération de Khalifa Sall. Mais, on a constaté ces derniers jours que Me Wade a finalement accepté d’y prendre part. Comment analysez-vous ce «volte face» ?

Le Président Wade a intérêt à participer à ce dialogue national. Le Pds n’a jamais raté un dialogue national. Combien de fois le Pds est allé rejoindre le Président Abdou Diouf, quand il appelait à un dialogue ? En tant que grand parti, le Pds ne peut pas être absent à ce dialogue lancé par le Président Macky. Me Abdoulaye Wade l’a compris. Et le ministre de l’Intérieur l’a dit en filigrane. Ce, en disant que «si le Pds ne vient pas au dialogue, ses préoccupations ne seront pas prises en compte». Me Wade a des revendications. Il veut qu’on révise le procès de son fils Karim Wade et libère Khalifa Sall de la prison. Il n’a qu’à aller au dialogue pour poser ces problèmes. On ne peut régler ces problèmes avant le dialogue. C’est dans le dialogue que tout cela pourra être réglé.

Qu’en dites-vous de la crise actuelle que le Pds traverse à l’interne, notamment avec la «brouille» entre Oumar Sarr et Me Abdoulaye Wade ?

Je l’avais dit et je le répète, le Pds est comme un camion fou qui file tout droit vers le précipice. J’avais aussi dit que Karim Wade ne sera pas candidat à la Présidentielle du 24 février 2019, c’est pour cela j’ai été exclu du Pds.

Avec tous ces problèmes qu’il vit, pensez-vous que le Pds va survivre à Me Abdoulaye Wade ?

Le Pds, c’est fini. Il faut mettre en place un autre parti. C’est moi qui vous le dis, je ne raconte jamais des histoires. Le Pds, il est terminé. C’est malheureux. Abdoulaye Wade ne mérite pas cela pour le combat qu’il a mené toute sa vie, pour la démocratie, la dignité de l’homme noir, le développement du Sénégal. Ce qui me fait mal est que l’histoire ne retiendra pas ce que Me Wade a fait. L’histoire retiendra la fin. On dira qu’il est mal parti. C’est ce que nous voulions l’éviter quand on était dans le Pds.

Vous avez toujours manœuvré pour des retrouvailles entre Me Abdoulaye Wade et Macky Sall. Pourquoi cela a toujours échoué ?

J’avais initié, il y a deux ans, une rencontre entre Macky Sall et Abdoulaye Wade. Je suis allé voir le Président Macky pour lui dire, il faut aller voir Me Abdoulaye Wade pour discuter et régler les problèmes. Ce que le Président Macky a accepté. J’ai fait de même avec Me Wade qui était aussi d’accord. Il a posé des préalables que le Président Macky a réglés. Karim Wade m’a appelé au téléphone pour me dire, je salue ton initiative. En fait, je savais que c’était la seule solution pour régler le problème de Karim Wade. Je me battais pour Karim et les gens disent que je ne l’aime pas. Ce qui est faux. C’était à trois jours (il y a deux ans) de la visite officielle du Président Macky Sall à Paris que le Comité directeur du Pds s’était réuni pour dire que Me Wade ne rencontrera pas le Président Macky Sall. Pourquoi ils n’ont pas voulu que les deux hommes se rencontrent ? Je suis sûr qu’à l’époque, si les deux s’étaient rencontrés et que Me Wade dise à Macky règle le problème de mon fils, c’est ton jeune frère, le Président Sall allait le faire. Mais, des gens (du Pds) n’ont pas voulu les retrouvailles entre Wade et Macky. En fait, il y a des gens qui ne veulent pas que Karim Wade revienne dans le Pds, c’est pourquoi ils ont saboté ces retrouvailles. Macky Sall a toujours tendu la main. Et Abdoulaye Wade c’est quelqu’un que je connais, il ne peut pas refuser la main tendue. Il avait toujours accepté la main tendue du Président Abdou Diouf qui l’a mis en prison, alors que Macky ne l’a pas incarcéré. Wade a toujours dialogué avec Abdou Diouf, malgré tous leurs problèmes. Wade est un homme de dialogue. Mais chaque fois qu’il y a des initiatives pour rapprocher Macky et Wade, des gens autour de ce dernier mettent du sable. Ce sont des gens qui ne veulent pas que le problème de Karim Wade soit réglé parce que ça faisait leur affaire. Ils avaient des ambitions pour prendre la place de Karim.

Que doit-on faire aujourd’hui pour fluidifier les rapports entre pouvoir et opposition pour l’intérêt du Sénégal ?

Il faut que chacun laisse derrière lui ses ressentiments. Que chacun oublie tout et qu’on aille au dialogue, rien que pour l’intérêt du Sénégal et pas pour un parti politique. On doit voir tous ensemble (pouvoir-opposition) ce qui est bon pour le Sénégal et l’entériner.

Quelle attitude doit adopter le Président Macky Sall pour assurer une bonne fin de son second mandat ?

Pour son second mandat, il faut que le Président Sall commence par régler le problème de ces responsables politiques en prison. Il faut qu’on trouve des solutions pour les libérer.

Vous pensez à la libération de qui ?

Khalifa Sall par exemple. Parce que tant que Khalifa Sall sera en prison, il y aura toujours des problèmes dans ce pays. C’est entre nous Sénégalais, on n’a qu’à trouver une solution pour permettre à Khalifa d’aller retrouver sa famille et ses enfants. Cela va apaiser la tension. Pour ce qui est de Karim Wade, quand l’occasion sera favorable, il faudra penser à l’amnistier. Car, on ne peut pas amnistier quelqu’un qui va venir perturber. Il faut des garanties sûres pour amnistier Karim Wade afin qu’il revienne au Sénégal.

Il faut quoi à Macky pour relever les défis de son second mandat ?

Il faut au Président Macky des hommes à la hauteur, des hommes sûrs et honnêtes avec lesquels il va travailler. Il doit aussi surtout assainir son entourage. Il faut qu’il ait le courage d’écarter les gens qui le mettent en mal avec les autres et coopter ceux qui peuvent tisser les liens pouvant le renforcer.

MATHIEU BACALY

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