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Jabou, épouse de « Boy Djinné » et fière de l’être

Société

IGFM – Jabou Cham ! Un nom qui ne dit rien, jusqu’à son arrestation à Tamba au mois de juillet 2016, en compagnie de l’homme le plus recherché alors. Une belle fille, teint cramé, avec seulement quelques kilogrammes. Gambienne, Jabou est la seconde épouse de Baye Modou Fall alias Boy Djiné. Devenue célèbre après son interpellation avec l’homme le plus recherché au Sénégal, Jabou a passé 22 mois en détention provisoire, avant de bénéficier d’une mise en liberté provisoire. Femme dévouée à la cause de son mari, la Gambienne fait la navette entre Banjul et Dakar, où elle séjourne actuellement pour prendre des nouvelles de son homme. Un mari qui lui a fait connaître tellement de situations, parfois désastreuses. Mais Jabou croit en son époux plus que jamais. D’ailleurs, elle tente de réfuter les accusations contre Boy Djiné, en laissant entendre que le Baye Modou qu’elle connait est différent de celui que le Sénégal connait. Un homme qu’il décrit presque comme un ange et qu’elle continue d’aimer, pour plusieurs raisons. Ce qui fait qu’elle ne pense même pas à quitter Boy Djiné. Jabou Cham à cœur ouvert !

Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?

Je me nomme Jabou Cham, je suis Gambienne, âgée de 25 ans et je vis en Gambie. Je suis une femme d’affaires qui s’active dans la vente de voitures. Je ne suis pas riche, mais je rends grâce à Dieu. J’ai eu mon bac, avant de suivre une formation en Comptabilité. Juste à la fin de mon cursus, un chef d’entreprise qui vend des voitures m’a proposé de travailler avec lui. J’ai intégré sa société. C’est là que j’ai piqué le virus de la vente de voitures. Par la suite, j’ai monté ma propre entreprise. Je vis convenablement de mon travail, qui me rapporte assez.

Comment avez-vous connu votre mari, Baye Modou Fall alias Boy Djiné?

Baye Modou ! Papa Fall ! On s’est connu en Gambie. C’était exactement le 24 février 2016 dans un supermarché. Et c’est lui qui a fait les premiers pas (rires). Dès qu’il m’a vue, il est venu m’aborder. J’étais en train de faire mes achats tranquillement. Il m’a interpellée et s’est mis à parler. Je ne lui répondais même pas, je le laissais parler. Vous connaissez bien les femmes. Il faut qu’on joue aux coquettes tout le temps. Après, je me suis dirigée vers la caisse pour payer et la caissière m’a dit que l’homme avait demandé à payer la note. Je n’ai rien dit. Je suis sortie pour prendre ma voiture. Quelque temps après, on se rencontre encore, par hasard, toujours à Banjul. Cette fois-ci, je me suis intéressée à lui. (Rires).

Et la relation s’est passée comment? Vous vous êtes mariés en peu de temps, semble-t-il ?

Baye a été très rapide, moi aussi j’ai suivi son rythme et les choses sont allées vite. Juste deux mois et quelques jours, le mariage a été scellé. On est allés vite à l’essentiel. (Rires)

Saviez-vous que Baye Modou Fall était Boy Djiné, avec tout ce qui se raconte sur lui ?

Oui je le savais, mais plus tard. Pas au départ, mais je l’ai su assez vite. Après deux semaines de relation, comme il est un lion, un vrai guerrier, un grand champion, un homme merveilleux et surtout quelqu’un de très honnête, il m’a invitée dans un restaurant. Il me dit en face qu’il voulait que je sache celui avec qui j’ai affaire. Il m’a ainsi expliqué toute de sa vie.

Après s’être dévoilé à vous, n’avez vous pas eu peur, au point de rompre la relation ?

Non, non. Je ne pouvais pas avoir peur et je ne pouvais pas abandonner non plus. Je n’étais même pas dans ces considérations. Baye Modou avait espoir en moi et avait aussi placé sa confiance en moi. En si peu de temps, il a posé plein d’actes d’amour et m’a montré toute son affection, son respect et plein d’autres choses positives. C’est pour cela que je me suis attachée à lui en juste trois semaines. Au-delà de l’amour, je me suis attachée à lui pour sa personnalité. Quand il m’a révélé ce pan de sa vie, sans rien me cacher, en me demandant de le soutenir pour qu’il puisse changer de vie. C’est cet espoir que lui et sa famille ont placé en moi qui me donne la force de tenir. Je suis venue pour changer sa vie.

D’où puisez-vous cette force pour faire face à toute cette pression, malgré votre jeune âge ?

Ce n’est pas que de l’amour. Avant qu’il ne m’explique toute sa vie, je l’aimais, tout simplement. Mais après avoir connu tout de sa vie, j’ai pris mes responsabilités. Je me suis dit qu’il est dans des difficultés et qu’il a espoir en moi donc je ne pouvais plus faire machine arrière. J’étais consciente qu’il y avait des risques et des conséquences, mais j’ai pris l’engagement d’être avec lui, de le soutenir. Ce que je fais toujours.

Revenons un peu en arrière. Comment avez-vous fait pour convaincre vos parents pour accepter cette relation ?

Moi, j’ai de la chance. Mon père et ma mère sont mes amis. Je suis leur enfant préféré. Mon père est un homme bien et un fervent talibé mouride. Il vivait à Bissau (Guinée) et je l’ai appelé pour lui expliquer cette relation avec Papa Fall. C’est ce que je fais tout le temps quand j’ai un nouveau copain. Je lui ai tout expliqué, parce qu’on est trop proches. Mon père me répond que c’est un don de Dieu et je devais m’engager. Mon père m’a dit que si je me sentais capable de l’aider, comme il me l’a demandé, il allait lui donner ma main le dimanche suivant.

D’habitude, les parents protègent leurs filles contre des gens comme Boy Djiné. Pourquoi le vôtre vous a-t-il poussée dans ses bras ?

Il ne m’a pas poussée. Comme je l’ai dit tantôt, j’ai dit à mon père tout ce que Baye Modou m’avait raconté sur sa vie. Parce que trois jours après le début de ma relation avec Papa Fall, je l’ai présenté à mon père et ils se parlaient souvent au téléphone. Il ne m’a pas poussée, il m’a soutenue, parce que je lui ai expliqué que c’est ce que je voulais. Mon père – paix à son âme – me disait souvent que j’ai savais dans quoi je me suis engouffrée, donc je devais tout faire pour n’avoir rien à regretter. Il disait que c’est mon engagement et je devais aller jusqu’au bout. C’est la même chose pour ma mère. Même si pour elle, il y a eu quelques réticences au début. Elle est trop protectrice, comme toutes les mères d’ailleurs. Elle était angoissée par tout ce qu’elle entendait au sujet de Baye Modou.  Après, elle a été convaincue par l’attitude de Papa Fall, qui est devenu son ami d’ailleurs. Elle le considère comme son fils. Tout comme mon père. Mes parents me soutiennent dans tous mes combats. Et le plus important c’est que je n’ai jamais connu le Baye Modou Fall dont vous me parlez. Et ce n’est pas ce Baye Modou Fall que j’ai épousé.

Il se dit que Baye Modou Fall est très riche. Ne l’auriez-vous pas épousé pour son argent ?

(Elle éclate de rires) Je l’ai dit tout à l’heure, je suis la fille de Moussa Thiam et Fatou Faye. Mon père gérait la société ex-Touba Gaz en Gambie. Je suis née dans une famille aisée. J’ai aussi grandi dans la richesse. J’étais la princesse de mon père, qui n’hésitait jamais à me remettre de fortes sommes d’argent. J’ai connu l’argent très tôt. Il nous achetait souvent des cadeaux très chers. J’ai toujours vécu dans cette opulence. Donc je n’ai pas épousé Baye pour de l’argent. Je l’ai épousé parce que je l’aime, tout simplement.

Vous avez décrit votre mari comme un ange, alors qu’il est connu ici comme étant un délinquant. Est-ce que vous êtes en train de vous tromper délibérément ?

Je le répète. Le Baye Modou Fall que je connais est différent du Baye Modou Fall que décrivent les Sénégalais. Votre Baye est différent du mien. Je ne connais pas l’homme que vous me décrivez, je ne vis pas avec l’homme que vous me décrivez. Moi je connais un homme bien, travailleur, timide…, un homme qui m’aime beaucoup. C’est avec ce Baye Modou Fall que je vis et c’est de lui que je suis tombée amoureuse. Mais pas celui que vous me décrivez comme ça.

Mais vous avez eu des échos des délits qu’on lui reproche ?

C’est le Baye Modou Fall qui m’a trouvée en Gambie qui m’a expliqué le Baye Modou que vous me décrivez, mais je ne le connais pas. Et ces deux Modou Fall n’ont pas été ensemble. Son amour pour lui-même et pour moi a tué le premier, s’il a une fois existé. Son amour pour moi a été déterminant, parce que si quelqu’un te dit qu’il veut tourner une page de sa vie, ça veut dire beaucoup de choses.

Vous avez été connue après votre arrestation à Tamba. Pouvez-vous revenir sur le film de cette interpellation ?

Nous ne revenions pas de la Gambie, mais de Sierra-Léone. Juste après la célébration du mariage, nous nous sommes rendus à Sierra-Léone pour notre lune de miel. Au retour, après le poste frontalier entre le Sénégal et la Gambie, nous avons été arrêtés. Quand les forces de l’ordre nous ont arrêtés, le chauffeur est descendu pour montrer les papiers de la voiture. Moi je suis descendue aussi pour me détendre un peu pendant que les forces de l’ordre détenaient encore les papiers de la voiture. Quand l’attente a commencé à durer, Baye est descendu de la voiture pour aller voir ce qui se passait. C’est à cause de la voiture que nous avons été arrêtés. Les policiers ne le reconnaissaient pas. Ce sont les pièces de la voiture qui nous ont perdus. C’est sur ces entrefaites qu’on a été arrêtés, menottés et conduits au poste de police.

Mais pourquoi vous, avez été arrêtée ?

Ils m’ont arrêtée parce qu’ils me reprochaient une complicité avec mon mari. Mais toute femme est complice de son mari. Parce que les époux se disent tout. La connexion qui existe entre époux ne peut pas exister entre frères, entre amis, c’est dans ce sens que je dis que toute femme est complice de son mari. Un mari et sa femme doivent être des complices et c’est ce qui existe entre lui et moi.

Vous avez passé combien de temps en prison ?

Quand nous avons été arrêtés à Kalifourou, les policiers de Tamba sont venus nous chercher. Nous sommes arrives à Tamba vers 15 heures. Juste après 19 heures, nous avons pris la route de Dakar pour un transfèrement. C’était trop difficile. (Long silence). Et ça a trop duré. C’était long, parce qu’après l’enquête de police, on a été déférés et placés sous mandat de dépôt. J’ai passé un an et dix mois en prison, avant de sortir, à la faveur d’une mise en liberté provisoire. Et j’ai été soulagée d’être placée sous mandat de dépôt, parce que j’étais fatiguée. J’ai passé les trois premiers jours au Camp pénal (de Liberté 6) à dormir. Parce que j’avais peur des chats et lors de l’enquête préliminaire, il y avait plein de chats au commissariat de Grand-Dakar.

Comment s’est passé votre séjour carcéral ?

C’était dur. Trop dur même. C’est vrai que je suis courageuse, je suis une battante, mais c’était difficile. Et je m’étonne même de cette force qui m’a permis de tenir. Depuis Kalifourou jusqu’au Camp pénal, c’est comme si j’étais dans un film.

Vous deviez pourtant vous y attendre, sachant que vous avez choisi d’épouser Boy Djinné, un délinquant recherché ?

Écoutez bien ce que je vais vous dire. Depuis mon arrestation à Kalifourou jusqu’à mon placement sous mandat de dépôt, je n’ai pas versé la moindre larme. Pourquoi ? Parce que quand j’ai tout expliqué à mon père, il m’avait prévenu que tout ne sera pas rose, qu’il fallait que je m’attende à des joies, mais aussi à des difficultés. C’est pour vous dire que mon père m’a préparée mentalement à tout ça.

Vous parliez tout à l’heure de film, est-ce que ce n’est pas vous qui avez choisi de vous retrouver dans ce scénario ?

(Éclats de rire) Non, pas du tout. Je n’ai jamais souhaité me retrouver en prison. Et puis, personne ne souhaite aller en prison. Surtout quand tu n’as commis aucune infraction. Se faire arrêter juste parce qu’on est avec son mari, c’est bizarre

Mais vous saviez que votre mari était accusé de plusieurs infractions au moins ?

Mon mari n’a rien fait. On l’accuse tout simplement et c’est sur la base de ces mêmes accusations que j’ai été arrêtée. Pour vous dire que je me suis préparée à plein d’éventualités, mais pas de me retrouver en prison. Ça ne se prépare même pas. C’étaient des moments difficiles, mais je rends encore grâce à Dieu. 

En prison, n’avez-vous  pas pensé que ce mariage ne valait pas tous ces sacrifices et qu’il fallait demander le divorce ?

Non ! A aucun moment cette pensée ne m’a traversé l’esprit. Si c’était le cas, j’allais demander le divorce dès ma libération. Je suis libre depuis plus d’un an, depuis le 04 mai 2018. Si je le voulais, j’allais demander le divorce automatiquement après la mise en liberté provisoire. Avec Baye, c’est un peu spécial. Je l’ai connu et après trois semaines, c’est comme si on si on se connaissait depuis 10 ans. Et une complicité est née entre nous. Il est mon ami, au sens large du terme. Je connais tout de lui, on est ensemble dans la paix et dans la difficulté. Même s’il arrivait qu’on ne soit plus ensemble, il resterait mon ami. Je n’ai jamais pensé le quitter.

Vous passez le voir en prison ?

Hier simplement (mercredi 4 juillet 2019), j’y étais. On ne bénéficie pas de visites contacts. On se parle sur les téléphones simplement lors des visites.

Vous décrivez votre mari comme un ange, mais tous ces procès contre lui ne vous gênent-ils pas ?

J’ai connu Baye le 24 février 2016. Et je ne connaissais rien de lui. Tout ce que je sais de sa vie, c’est lui qui me l’a raconté. Pour le dernier procès, il m’a expliqué lors d’une visite qu’il s’agissait d’accusations infondées. Je suis venue de la Gambie le jour même du procès et il ne savait pas que je venais assister au procès.  Mais devant la barre, il a répété exactement ce qu’il m’avait raconté dans cette affaire. Comme pour les autres procès d’ailleurs. Et tout ce qu’il m’explique colle avec les faits. Il parle d’accusations et les relaxes et acquittements s’enchaînent. Donc tout prouve qu’il a raison. Le tribunal confirme de plus en plus son innocence.

Mais pourquoi reste-t-il toujours en prison alors ?

Parce qu’on nous dit qu’il lui reste un ou deux dossiers. L’un concerne une affaire déjà jugée, mais qui a été frappée d’appel. L’autre concerne notre dossier, celui dans lequel j’étais arrêtée à Tamba, avant de bénéficier d’une mise en liberté provisoire. Un dossier dans lequel je n’ai fait qu’être accompagnée de mon mari. Je ne pouvais tout de même pas dénoncer mon mari, d’autant plus que je ne lui connais rien de grave.

Votre famille n’a pas exercé de pression pour que vous le quittiez après tous ces évènements ?

Mon père est mort à mon neuvième mois de détention. Lors de notre dernière discussion, par téléphone, il m’encourageait à supporter cette épreuve. Comme il le faisait tout le temps. Il me disait que c’est une épreuve qui devait passer par Baye. Ma mère continue de me soutenir. C’est mon destin et je ne pouvais pas y échapper. Ce n’est pas une raison pour que je le quitte. C’est un homme bien. Je vais vous dire ce que j’ai répondu au Doyen des juges quand il m’a demandé si je ne regrettais rien de ce mariage. Je lui ai dit que non, parce que je l’ai épousé pour l’aider et jouer mon rôle d’épouse. Si le temps avait reculé jusqu’au 30 avril 2016, j’allais encore l’épouser, sans hésiter.

Makhaly Ndiack Ndoye

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