Dopage : La Russie exclue des Jeux olympiques pour quatre ans

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IGFM – L’Agence mondiale antidopage a confirmé la suspension de la Russie pour une période de quatre ans pour ses manipulations répétées. Moscou devrait faire appel.

L’Agence mondiale antidopage (AMA) n’a pas tremblé : réuni lundi 9 décembre à Lausanne (Suisse), son comité exécutif a voté à l’unanimité en faveur de la suspension de la Russie pour une période de quatre ans des grandes compétitions internationales, dont les Jeux olympiques ou la Coupe du monde de football.

Comme l’avait recommandé son comité de conformité le mois dernier, les athlètes russes pourront, individuellement, participer aux épreuves sous pavillon neutre à condition qu’ils ne soient pas impliqués dans le dopage organisé ayant eu cours en Russie jusqu’en 2015 – à l’image du dispositif mis en place lors des Jeux d’hiver de Pyeongchang en 2018. Selon cette sanction, la Russie ne pourra pas non plus accueillir de championnat du monde ou de candidat aux Jeux olympiques durant quatre ans.

La décision sera accueillie gravement dans un certain nombre de fédérations internationales, dont la Russie est un soutien majeur, en accueillant de nombreuses compétitions non rentables économiquement ou en pourvoyant des sponsors par le biais de compagnies d’Etat.

Péché d’orgueil

L’Agence russe de lutte contre le dopage (Rusada) a 21 jours pour faire appel de cette décision devant le Tribunal arbitral du sport, lequel devrait rendre son arbitrage avant les Jeux olympiques de Tokyo, l’été prochain. Il fait peu de doute que Rusada, institution verrouillée par le comité olympique russe et le ministère des sports, fera appel : seul son directeur général Iouri Ganus juge, en Russie, cette sanction méritée. Mais son pouvoir réel est limité.

Il s’agit du dernier épisode en date de la crise du dopage en Russie, déclenchée en 2014 par une enquête de la chaîne allemande ARD et un couple de lanceurs d’alerte russes. « Cela signifie que les sportifs russes, s’ils veulent participer aux Jeux olympiques ou paralympiques ou tout autre événement majeur figurant dans les recommandations, devront démontrer qu’ils ne sont pas impliqués dans les programmes de dopage décrits par les rapports “Mclaren” ou que leurs échantillons n’ont pas été falsifiés », a expliqué le porte-parole de l’AMA, James Fitzgerald.

Cette exclusion vient sanctionner un péché d’orgueil de la part du gouvernement russe. Il y a un an, la Russie avait obtenu sa réintégration par l’Agence mondiale antidopage en échange de la remise de données du laboratoire antidopage de Moscou gardées sous séquestre par le gouvernement. L’exploitation de ces données, incluant les résultats des contrôles antidopage originaux menés sur les sportifs russes durant les années noires (2011-2016, au moins), devait permettre aux fédérations internationales de sanctionner les Russes dopés mais passés entre les mailles du filet.

Selon les experts informatiques de l’AMA et de l’université de Lausanne, les données remises par la Russie en janvier ont cependant fait l’objet de très nombreuses manipulations. Les responsables russes ont également intégré dans cette base de données des éléments accusant l’ancien directeur du laboratoire antidopage de Moscou, Grigori Rodchenkov, dont les révélations, après sa fuite aux Etats-Unis, ont fait s’écrouler le château de cartes russe.

Sanction proportionnée

Selon les enquêteurs de l’AMA, la manipulation des données du laboratoire de Moscou rendra impossible la suspension d’au moins 145 athlètes, l’annulation de leurs résultats et l’attribution des médailles à leurs concurrents. Ainsi, sur les 298 sportifs que l’AMA ciblait pour leurs données biologique suspectes, la moitié au moins a bénéficié de cette nouvelle couverture d’Etat.

Compte tenu de l’ampleur de la tricherie russe et de la répétition des infractions de Moscou, plusieurs voix avaient appelé à l’exclusion totale des athlètes russes, à commencer par le médiatique patron de l’agence américaine antidopage, Travis Tygart. Ces mêmes observateurs soutiennent que, étant donné la dernière manipulation russe, il sera impossible de déterminer qui a bénéficié ou non de ce système de dopage organisé. Ainsi, certains athlètes russes impliqués dans le scandale pourraient, malgré tout, se présenter aux prochains Jeux olympiques.

La porte – largement – entrouverte aux athlètes obéit, cependant, à des contraintes juridiques : en vue de l’appel devant le TAS, qui devrait occuper la juridiction basée en Suisse lors du premier semestre 2020, les décideurs devaient s’appliquer à sanctionner uniquement les responsables du scandale, à savoir les dirigeants du sport russe.

Cette sanction proportionnée avait l’aval du Comité international olympique (CIO), traditionnellement favorable aux intérêts russes, qui avait adopté le même schéma lors des Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang en 2018. Depuis un changement du code mondial antidopage, la décision de l’AMA s’impose au CIO.

Le Monde

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