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«Les grandes puissances doivent coopérer d’une autre manière avec l’Afrique»

International

iGFM-(Dakar) L’Afrique a rendez-vous avec le Japon à partir de ce mercredi 28 août à Yokohama. Plusieurs dizaines de pays africains seront présents à l’ouverture du septième sommet de la TICAD, la conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique.

Le sommet de la TICAD organisé avec l’Union africaine, l’ONU et la Banque mondiale est l’occasion pour le Japon de marquer sa différence avec le grand voisin chinois, devenu en une décennie l’un des plus gros investisseurs en Afrique. Offre-t-il vraiment un partenariat plus équilibré à l’Afrique ? Pas sûr, selon Samba Ndongo Sylla, professeur d’économie à la fondation Rosa Luxembourg de Dakar.

RFI : Il est devenu habituel de voir les grandes puissances, qu’elles soient orientales ou occidentales, réunir les pays africains pour évoquer le développement et les investissements. Ces réunions servent-elles l’Afrique selon vous ?

Samba Ndongo Sylla : La question mérite d’être posée, car au départ nous avions des sommets France-Afrique, puis des sommets Chine-Afrique, Inde-Afrique, et maintenant nous avons des sommets Japon-Afrique. Et nous avons l’impression qu’à chaque fois, ce sont les mêmes promesses qui ne débouchent pas sur des choses concrètes et tangibles pour les populations africaines.

Sur le principe, il est louable que les pays africains puissent diversifier leurs partenaires extérieurs, mais encore faut-il que cela débouche sur quelque chose de cohérent au niveau continental. Or, on se rend compte que chaque puissance vient avec son agenda et ses conditions. Est-ce que cela permet d’amorcer des ruptures qui bénéficieront aux pays africains ? Moi, je ne suis pas très convaincu par ce type de formule.

Malgré tout, le fait que des entreprises étrangères viennent investir en Afrique ne permet-il pas de développer l’emploi et la richesse ?

Oui, mais en même temps il ne faut pas surestimer le poids de l’investissement étranger. C’est vrai qu’il peut jouer un rôle moteur pour amorcer une certaine transformation structurelle. Mais si l’on regarde le nombre d’emplois créés en Afrique par les investissements étrangers, sur les vingt dernières années, au maximum, c’est de l’ordre de 150 000 par an.

Or, chaque année 17 millions d’Africains entrent sur le marché du travail. Cela montre que le véritable développement passe par la mobilisation des ressources internes à nos pays. Et jusque-là, nous n’avons pas l’impression que ce type de partenariat noué par les pays africains avec l’extérieur partent de cette réalité qui est de mobiliser les ressources internes.

Il faudrait donc que les pays africains réclament davantage l’ouverture de ces marchés étrangers, européens, chinois ou japonais…

Certainement. Les grandes puissances doivent coopérer d’une autre manière avec l’Afrique, parce que souvent, ce que l’on demande à l’Afrique, c’est qu’elle s’ouvre davantage aux produits, aux expertises, aux investissements étrangers. Or l’Afrique n’est pas prête pour cette ouverture totale à l’extérieur.

L’histoire du développement économique nous enseigne que le développement passe par une période où les pays se protègent afin de pouvoir se doter de capacités suffisantes. S’il n’y a pas cette phase, alors il n’y a pas de développement à long terme, ni de création d’emplois décents pour la grande majorité de la population. Malheureusement, on est souvent sur les agendas de libéralisation commerciale et financière. Et ce n’est pas en suivant ce chemin que l’on assurera le développement.

Quand on entend les dirigeants japonais, et d’une certaine façon aussi les dirigeants européens, ils prétendent avoir une autre approche que les Chinois. Une approche qui serait davantage respectueuses des pays africains et moins génératrice d’effets négatifs comme l’endettement. Peut-on croire ces dirigeants ?

Non, ce n’est pas un discours crédible et c’est d’ailleurs un discours qui me fait sourire. L’an dernier, le Japon avait invité certains dirigeants africains, et s’inquiétait publiquement de l’endettement des pays d’Afrique [vis-à-vis de la Chine – NDLR]. Mais ils oubliaient de dire que le Japon est le pays le plus endetté au monde ! Avec une dette qui représente près de 250% du PIB.

De plus, même si dans son approche, le Japon pourrait avoir des différences avec les autres puissances, ces différences restent minimes. N’oublions pas que nous sommes dans des logiques de puissances. Des puissances qui se positionnent sur l’Afrique, laquelle représente désormais un marché important. Et c’est pourquoi chacun vient avec son offre particulière, en expliquant que les autres sont pires, qu’ils ne font pas ceci ou cela.

RFI

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