Les partis politiques minés par un profond malaise

Politique

IGFM – Le malaise est général. Ou presque. Au Sénégal, la plupart des partis politiques traversent des crises internes. Que ce soit l’opposition ou la mouvance présidentielle, la tension mine certaines formations politiques. La Convergence démocratique Bokk Gis-Gis (Cd/Bgg), le parti Rewmi, le Parti démocratique sénégalais (Pds), l’Alliance pour la République (Apr), le Parti socialiste (Ps), entre autres, font face à des remous internes.

Comme une gangrène, les formations politiques sénégalaises souffrent d’une sorte de ralentissement extrême de la démocratie interne, plombant du coup leur vitalité. Source d’engourdissement ou d’accaparement du parti par une poignée de responsables, le phénomène est souvent à l’origine de beaucoup de problèmes. Aujourd’hui, presque aucune formation politique ne semble être épargnée par cette crise interne. Même si pour certaines formations politiques, le démon de la division somnole, en attendant l’approche des élections locales prévues en décembre prochain où l’on redoute un malaise lié aux chocs des ambitions lors de ces joutes.

Bokk Gis-Gis, Pape Diop met en colère ses cadres

Le feu couve au sein de la Convergence démocratique Bokk Gis-Gis (Cd/Bgg). Le torchon brûle entre le président de la  Cd/Bgg, Pape Diop, et ses lieutenants. Le vent de rébellion qui a soufflé au Parti démocratique sénégalais (Pds), au Parti socialiste (Ps), secoue la formation politique de l’ancien maire de Dakar. Des membres de la coordination des cadres dudit parti sont montés au créneau pour dénoncer la démarche «cavalière et solitaire» de leur leader, la «léthargie» et la «non structuration », autant de maux dont souffre leur formation politique depuis la chute du régime de Me Abdoulaye Wade. «Pour le dialogue national, c’est à la télévision, par le biais d’un autre leader de parti, que nous avons appris, comme beaucoup d’autres responsables, que notre formation politique y participe, sans comité directeur. Il n’y a pas eu de réunion d’information ou de concertation avec les différents responsables pour juger de l’opportunité de participer au dialogue», fustige le coordonnateur de la Cd/Bgg de Biscuiterie, Amath Thiaw. Ce cadre du parti déplore la léthargie de Bokk Gis-Gis, qui depuis l’élection présidentielle de février dernier, n’a tenu aucune activité. «Il n’y a même pas eu une évaluation de la participation du parti à la campagne de  la coalition Idy 2019 pour l’élection présidentielle de 2019», se désole-t-il. Non sans signaler que «le Président Pape Diop a complètement disparu de la scène politique. Même ses collègues députés s’indignent de son absentéisme chronique au niveau de l’Assemblée nationale». Des manquements et un mépris qui d’après Amath Thiaw, risquent d’engendrer des départs de responsables. «Beaucoup de responsables m’ont appelé pour me dire qu’ils sont en phase avec nous. Maintenant, nous sommes en train de nous préparer pour le Comité directeur et on espère que nos préoccupations seront inscrites à l’ordre du jour. Nous avons quitté le Pds en 2012 pour suivre le Président Pape Diop, parce qu’on était contre les injustices qu’il subissait. Mais aujourd’hui, nous subissons pire que ce qu’on endurait au Pds. Il faut que cela cesse. Nous exigeons donc une structuration normale du parti», demande-t-il.

Rewmi asséché par une cascade de départs

La formation politique de l’ancien maire de Thiès ne fait pas exception. Le parti Rewmi est secoué par une cascade de départs de hauts responsables.  Rewmi vit au rythme des crises qui secouent beaucoup de partis politiques sénégalais de l’opposition. Cela a démarré par des départs depuis la veille de la deuxième alternance. Des responsables rewmistes qui ne se reconnaissaient plus dans la manière dont le parti est dirigé par l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck, ont quitté définitivement le «navire orange». L’ancien Président de l’Assemblée nationale, Youssou Diagne, Me Nafissatou Diop, Omar Sarr, l’actuel ministre des Collectivités territoriales et de l’Aménagement du territoire, Oumar Guèye, Pape Diouf, Thierno Bocoum, Abdourahmane Diouf, le Colonel Abdourahim Kébé, entre autres, ont abandonné Idrissa Seck. «Par cette présente, je vous annonce mon départ du parti Rewmi. Cela a pour conséquence directe de libérer les mandats que le Président Idrissa Seck m’avait généreusement confiés : porte-parole, coordonnateur de la Cellule des cadres, co-responsable de la Commission de collecte de fonds et responsable du département de Rufisque», écrivait Abdourahmane Diouf. Si le responsable politique du département de Rufisque a définitivement tourné le dos au parti Rewmi, l’ex-secrétaire général chargé de la défense de Rewmi, le Colonel Kébé, apprend qu’il a gelé ses activités dans la formation politique d’Idrissa pour convenance personnelle. «Chers frères et sœurs de Rewmi, je vous annonce le gel de mes activités dans le parti Rewmi, pour convenance personnelle. Je remercie le président de Rewmi, les membres du secrétariat national et tous les militants pour la confiance et l’affection qu’ils m’ont toujours témoignées. Merci pour la solidarité manifestée dans les épreuves», écrit le Colonel Kébé sur sa page Facebook. Cependant, chez Idrissa Seck, ces démissions sont prises avec philosophie et on rassure que la vie continue. Mais l’ex porte-parole du parti Rewmi, Omar Sarr, n’est nullement surpris par cette cascade de départs au sein du parti d’Idrissa Seck. L’ancien collaborateur d’Idrissa Seck est convaincu que le départ des militants et des responsables est lié à la personnalité même du patron de Rewmi, qui n’est pas un bon manager. «Il a un problème de management. C’est Idrissa Seck lui-même qui est le problème, pas les autres. Il y a du favoritisme et c’est frustrant», disait l’ancien parlementaire.

Ps, Tanor face à une nouvelle fronde

Le malaise persiste. Un nouveau vent de contestation souffle encore dans les rangs du Parti socialiste (Ps). Après l’exclusion de l’ancien député-maire de Dakar, Khalifa Sall et Cie, une nouvelle fronde couve au sein du parti de Léopold Sédar Senghor pour contester les choix de Ousmane Tanor Dieng. Le Secrétaire général national du Ps, Ousmane Tanor Dieng et ses proches collaborateurs, font face à une nouvelle rébellion. Et le départ du maire de Ouroussogui, Me Moussa Bocar Thiam, a ouvert le chemin d’une nouvelle fronde au sein du parti. Ce n’est certes pas la première dois que Tanor fait face à la contestation. Mais cette fois, c’est la reconduction des deux ministres, Serigne Mbaye Thiam et Aminata Mbengue Ndiaye dans le nouveau gouvernement de Macky Sall après sa réélection le 24 février dernier, qui a été la goutte d’eau de trop. Très en colère contre le patron des socialistes, le Secrétaire national adjoint chargé des Tic du Ps, Abdoulaye Gallo Diao et ses camarades, ont porté sur les fonts baptismaux le Front pour la vérité et la justice pour recadrer les «conspirateurs» et les «comploteurs» du Parti socialiste. Abdoulaye Gallo Diao : «Dans le contexte politique actuel du Parti socialiste, marqué par une seconde crise extrêmement grave, due à la confiscation de l’intérêt général, la frustration et le mécontentement de l’écrasante majorité des militants et responsables socialistes ont atteint  des proportions rarement égalées. Dès lors, des responsables membres des instances de base et de direction du Ps, sont en train d’organiser une grande  résistance à l’intérieur et à l’extérieur  du parti, en vue de mettre fin à cette conspiration inédite». Ainsi, pour apporter des solutions de sortie de crise, Abdoulaye Gallo Diao et ses camarades exigent la convocation dans les plus brefs délais, du Comité central, en application de l’article 28 des statuts du Parti socialiste, au moment où le Secrétaire général national, Ousmane Tanor Dieng est en convalescence en France.

Tanor ne fait pas seulement face à la bande d’Abdoulaye Gallo Diao. Le maire de Nguéniène est attaqué aussi par le dernier bastion du Ps dans la région de Dakar. La 28ème coordination de Yène s’est rebellée contre le Secrétaire général national du Ps. Le maire de Yène, le professeur Gorgui Ciss et ses alliés, s’insurgent contre la gestion du parti. En meeting de remobilisation récemment dans son fief, le président de la coordination et membre du Bureau politique, professeur Ciss a dénoncé la manière dont les socialistes choisissent leurs ministres dans le gouvernement de Macky Sall. «Il faut appliquer le système de rotation dans la distribution des postes de responsabilités», indique Gorgui Ciss. Cette sortie du maire de Yène sonne comme un avertissement à l’endroit de Tanor et sa bande.

Pds, la guerre de succession

La saignée continue au Parti démocratique sénégalais (Pds). Depuis la perte du pouvoir, le bloc alors soudé autour du Président Abdoulaye Wade se fissure de jour en jour. Laissant apparaître un malaise profond que l’on ne peut plus masquer. L’hémorragie est si profonde que le Secrétaire général national du Pds ne tient presque plus les rênes. Cette dislocation de la formation libérale est alimentée par les décisions et les positions souvent très contestées du Pape du Sopi. Le dernier combat de leadership au Parti démocratique sénégalais (Pds) a opposé le Secrétaire général national, Me Wade, à son fidèle et loyal lieutenant, le député-maire de Dagana, Oumar Sarr. Le coordonnateur national du Pds a défié son mentor en répondant à l’appel au dialogue national lancé par le président de la République, Macky Sall, le 28 mai dernier. La première sanction ne tardera pas à tomber sur le maire de Dagana, qui a osé défier le Pape du Sopi en allant participer au dialogue national sans l’accord de son patron. Et au Pds, tout semblait indiquer que le divorce entre Wade et Oumar Sarr était déjà consommé. Habitué à diriger les délégations du Pds auprès des chefs religieux, Oumar Sarr a été zappé par Wade pour le représenter à Touba lors de la célébration du dernier «Leylatoul Khadr (la Nuit du destin). Mais le coordonnateur national du Pds ne s’est pas laissé faire. Il se rendra dans la Cité de Bamba avec ses collaborateurs, où ils ont été reçus avec tous les honneurs par le représentant du Khalife des Mourides. Mais ce bras de fer entre Wade et Oumar Sarr n’est que l’arbre qui cache la forêt. Ce front n’est pas le seul à miner le parti de Me Abdoulaye Wade. Une série de malaises a agité le Pds depuis sa perte du pouvoir. Et le traumatisme le plus profond était la candidature de Karim Wade pour l’élection présidentielle du 24 février 2019. Ce choix du congrès extraordinaire du Pds, le 21 mars 2015, a été contesté et a occasionné le départ de plusieurs responsables libéraux comme la députée Aïda Mbodji, l’ancien Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye, Modou Diagne Fada, Farba Senghor, Pape Samba Mboup, Me Madické Niang, entre autres. Si l’ancien chef de la diplomatie sénégalaise (Me Madické Niang) avait plaidé pour une candidature alternative, les autres ont tout bonnement claqué la porte et créé leur propre formation politique. Aujourd’hui administré par le Pape du Sopi et piloté depuis le Qatar (Doha) par Wade-fils, le Pds se remettra-t-il de ces vagues de départs ?

Apr, la difficile cohabitation

L’Alliance pour la République (Apr) n’est pas épargnée par la tension qui mine les formations politiques. Le feu couve également à l’Apr. Et le parti du Président Macky Sall connaît plusieurs foyers de tensions. Il y a une crise interne marquée par des tiraillements entre les responsables, qui se disputent le leadership dans leurs bases. «La guerre des chefs» affecte la vie du parti. Les querelles de positionnement sapent l’unité au sein de la formation libérale et les ambitions personnelles de certains responsables accentuent la division à l’interne. Le parti du Président Sall est aussi miné par des bases qui deviennent de plus en plus revendicatives. Dans la Petite Côte, c’est l’Association des femmes pour le développement de Mbour qui rompt le silence. Ces femmes ont ouvertement montré leur désaccord avec le Président Macky Sall sur la formation du nouveau gouvernement. Pour ces femmes, Mbour commune mérite un poste de ministre, compte tenu des résultats obtenus lors des dernières échéances électorales. Elles demandent à Macky Sall de réparer ce qu’elles qualifient d’injustice. Elles ne seront pas les seules. Les femmes de Pikine entreront en grève de la faim pour exiger une meilleure considération de la part de leurs responsables. Ces comportements indisposeront certainement le chef de l’Etat. Des tensions qu’il faudra régler avant les prochaines élections locales.

FALLOU FAYE

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