Les secrets du surendettement du Sénégal

Economie

IGFM – Le Sénégal quitte la catégorie des pays à risque de surendettement faible pour la catégorie de surendettement modéré. Un reclassement qui s’explique par plusieurs facteurs.

Le libellé est alarmant et les termes usités sont source d’incompréhension. Surtout dans un domaine où l’Etat du Sénégal est souvent malmené : la dette. Elle s’est présentée, vendredi dernier, sous un angle qui prête à interprétations. «En perspectives du nouveau programme Instrument de coordination des politiques économiques (Icpe), les services du Fonds monétaires international (Fmi) ont procédé à l’analyse de viabilité de la dette. Il ressort de cet exercice que le risque de surendettement est passé d’un ‘’risque faible’’ à un ‘’risque modéré’’ de surendettement, statut actuel de l’ensemble des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa)», renseignait la Direction du Trésor. Même si le nouveau rang du Sénégal est moins honorable que le premier, il ne traduirait pas une situation inquiétante pour l’économie, selon le gouvernement. C’est ce qui ressort des explications données par des cadres de l’Administration des finances qui précisent que le Sénégal est loin d’être dans la zone rouge des pays à surendettement élevé et des pays en détresse.

L’encours de la dette de 7 334 milliards FCfa

D’après des documents produits par les services du ministre des Finances et du budget, ce nouveau statut est, d’une part, un choix économique, car l’option prise par le gouvernement, c’est de s’endetter pour financer ses projets. Loin du statut très confortable de pays à surendettement faible qui traduit un manque d’ambitions. D’ailleurs, le constat du Fmi suffit pour comprendre que «ce recours à l’endettement fait suite à l’option de l’Etat d’investir dans la phase I du Plan Sénégal émergent (Pse) pour assurer des investissements structurants à fort impact sur la croissance, l’emploi et offrir un cadre propice à l’Investissement privé». D’autre part, une note des services du ministre Abdoulaye Daouda Diallo explique qu’avec son statut de pays à surendettement modéré, «le Sénégal maintient ses ratios d’endettement à des seuils viables et soutenables et l’encours de la dette au 31 décembre 2019 qui est de 7 334 milliards de FCfa, est projeté en 2020 à 8 076,6 milliards de FCfa». Ce qui est «très loin du plafond de dette d’un montant de 9 114 milliards de FCfa résultant du programme économique et financier».

Même si le ministère des Finances se réjouit de la maîtrise de la dette, le Directeur général du Bureau de prospective économique du Sénégal, Moubarack Lô, appelait déjà à «maintenir une politique d’endettement prudente». L’assurance d’une bonne gestion de la dette se manifeste, d’après les documents des Finances, par «le niveau satisfaisant des indicateurs de viabilité et de soutenabilité du Sénégal». Le seul «léger dépassement» noté est fixé à 2 points et porte sur le service de la dette extérieure sur les exportations. Et d’après les projections faites dans une note, le taux devrait passer de 23% en 2020 à 17% en 2021, avant de chuter à 14% en 2022. Pour les trois autres indicateurs, le Sénégal est très loin des seuils fixés.

Un solde de 145,34 milliards FCfa dans les comptes de la Bceao

Il ressort des explications données par des cadres aux Finances que la dégradation du statut du Sénégal serait inquiétante si les exportations et les recettes fiscales étaient en baisse ou en cas de repli de la croissance. Ce qui ne serait pas le cas selon le ministère des Finances. D’après les chiffres communiqués par les régies financières, «les recettes fiscales sont prévues largement en hausse sur toute la période considérée». «Les objectifs de recettes de 2 561,6 milliards de FCfa ont été atteints avec une progression de 555,98 milliards de FCfa en valeur absolue et de 27,7% en valeur relative par rapport à 2018», lit-on dans la note. Les services de Abdoulaye Daouda Diallo brandissent les chiffres de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) qui révèlent que «le solde de trésorerie mobilisable au 1er janvier 2020 sur les comptes du Trésorier général de l’Etat du Sénégal ouverts dans les livres de la Bceao s’élève à 145,34 milliards de FCfa ; ce qui atteste de la capacité de l’Etat à honorer ses engagements». Mieux, ajoute-t-on à la Direction générale du budget, «la masse monétaire a progressé de 2 433 milliards de FCfa en 2011 à 5 260 milliards de FCfa en 2018, soit une hausse annuelle moyenne de 11,2%. La dynamique s’est renforcée au courant des 11 premiers mois de l’année 2019. Dans ce contexte, le taux de liquidité de l’économie est passé de 27,6% en 2011 à 40,3% en 2018, soit un taux moyen annuel de 33,3% au cours de la période».

Baisse du déficit du compte courant

Aussi, la stratégie de recettes à moyen terme qui permet d’élargir l’assiette a porté ses fruits et elle permet de porter le taux de pression fiscale de 17 aux 20% nécessaires pour atteindre les objectifs de financement du Programme d’actions prioritaires (Pap 2) du Pse. Pour la croissance, les projections tablent sur une moyenne de 9% (2019-2023), dont 7% en 2020. Alors que les exportations de biens de et services connaissent une tendance haussière. «Ce qui s’est traduit, d’après le ministère des Finances, par une baisse continue du déficit du compte courant, passant de 8,6% du Pib en 2012 à 7% du Pib en 2019 et les perspectives sont très favorables avec des exportations qui seront multipliées par 2,5 à l’horizon 2023.» Ces prévisions recoupent avec les analyses faites par l’enseignant-chercheur en Sciences économiques à l’Ucad, Thierno Thioune, dans «L’Observateur». Il reste convaincu que la croissance bondira en 2020. «En 2020, on aura un taux de croissance supérieur à celui de 2019. Les investissements entrepris par l’Etat dans le cadre du Millénium challenge account (Mca), dans le secteur de l’énergie, mais aussi dans le cadre du Programme d’accélération de la cadence de l’agriculture sénégalaise (Pracas) pour l’autosuffisance alimentaire, contribueront à impacter positivement la croissance en 2020.» A moins qu’il n’y ait pas de chocs extérieurs liés à la conjoncture internationale. La précision est importante.

NDIAGA NDIAYE

 

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