Maouloud : Pourquoi Maodo a instauré le Bourd

Société

IGFM – A quelques heures du Mawlid, la capitale de la Tidjanya vibre au rythme de la Bourda ou Bourd, c’est selon. L’Observateur a fait une plongée dans ce rituel instauré par El Hadji Malick Sy.

Un exemplaire du livre sacré à la main, le Khalife général des Tidianes, Serigne Babacar Sy Mansour est comme en lévitation. Il chante les louanges du Prophète Mohammad (Psl), manifestant une grande satisfaction. Tout de blanc vêtu, le geste lent, il balance de gauche à droite, les yeux rivés sur son ouvrage. Le successeur de Al Amine est entouré par des disciples en extase qui entonnent, tous en chœur : «Mawlaya salî wa salîm da’îmane abad’âne, alâ habibikâ khayrîl khalhî koulihilî (Seigneur accorde ton salut et ta bénédiction pour toujours et à jamais à ton bien-aimé Muhammad la meilleure de toutes les créatures).» Ce sont les mots d’ouverture du Bourd, une étape qui précède le Mawlid.

Les 10 nuits qui précèdent le jour du 12 Rabi Al Amal

A la Zawiya El Hadji Malick Sy de Tivaouane, le Khalife et son cousin, Serigne Mbaye Sy Abdou dit Ndiol Fouta, verbalisent les écrits de Mouhamed Boussaïri sous les claquements de doigts. Depuis ce mardi 29 octobre, Tivaouane vibre au rythme du rituel initié par Maodo. Un moment fort devant permettre aux fidèles tidianes de célébrer la grandeur de Mouhamad, le Prophète de l’Islam. Partout dans le pays, ou presque, des séances de Bourda ou Bourd sont organisées en prélude au Mawlid durant les 10 nuits qui précèdent le jour du 12 Rabi Al Amal, coïncidant avec la naissance de l’Envoyé de Dieu, le fils de Abdallah. Pour cette année, la Bourda se tient jusqu’au jeudi 7 octobre 2019. Le onzième jour (vendredi) est un jour de repos.

«Comme les érudits ne sont pas tombés d’accord sur la date de naissance de Mahammad (Psl), El Hadji Malick Sy a préféré faire la Bourda, durant les dix premières nuits qui précèdent le Gamou, pour chanter les louanges du Sceau des messagers», explique  Imam Mouhamadou Mansour Diouf, disciple et fils de Mouhamadou Lamine Diouf, ancien Imam ratib de la mosquée Serigne Babacar Sy. Basé à Tivaouane pour le compte de la Khadra, l’homme à l’accueil chaleureux ne vit que pour la Tidjanya. Domicilié au quartier Ndoutt, le «talibé Cheikh» est ouvert à tout. La vie et l’œuvre de Maodo, il les maîtrise. Des origines de la Bourda au sens du Mawlid, le sexagénaire au physique d’athlète raconte. A cœur ouvert, il dit : «Le bourd, on peut en dire tant de choses. On n’a pas vécu les Bourds d’El Hadji Malick Sy, mais on a assisté aux Bourds de plusieurs khalifes généraux de Tivaouane, comme Abdou Aziz Sy Dabakh, Serigne Mansour Sy (Borom daaras yi) et Serigne Abdou Aziz Sy. Le Bourd est un livre où on chante les louanges de Seydina Mouhamad (Psl). Ce n’est pas El Hadji Malick Sy qui a écrit ce livre, c’est plutôt Mouhamadoul Boussairi, un saint et poète égyptien. C’est un livre de dix chapitres. Par modestie et ouverture, El Hadji Malick Sy a choisi cet ouvrage pour chanter les louanges du Prophète, alors qu’il avait ses propres écrits, qu’il pouvait utiliser pour cela. Si Boussairi est connu de tout le monde, c’est grâce à Maodo», a fait savoir Imam Diouf.

Si des séances de Bourd ont vu le jour à Tivaouane, le disciple du fils de Sidy Ousmane Sy et de Sokhna Fatoumata Wade Wélé, souligne : «C’est parce que El Hadji Malick Sy, n’avait pas voulu attendre le jour du Gamou pour célébrer la meilleure des créatures. Il a préféré le faire durant dix jours précédents. Voilà ce qui est à l’origine de du Bourd à Tivaouane.» Au début, cette manifestation spirituelle ne mobilisait pas beaucoup de monde. «Il n’y avait qu’El Hadji Malick Sy et un petit nombre de disciples, dont Imam Rawane Ngom. Lors de ces bourds, le marabout enseignait à ses fidèles la sunna et la charia. Il leur rappelait les enseignements du Prophète et leur apprenait les bonnes manières qu’un musulman doit avoir. Il les poussait à croire à Dieu et au Prophète Muhammad, pour ne pas céder au fanatisme. La bourd est un moment de bonheur et d’enseignement sur le Prophète Mohammad (Psl). C’est une affaire de tout musulman», enchaîne Imam Diouf, avant de donner le soin à son neveu, Oustaz Babacar Diouf, de plonger dans les détails les plus profonds du Bourd.

«Ce poème fut, du vivant même de son auteur, considéré comme sacré»

Maître coranique à Tivaouane, le quadragénaire au style «Tidiane» se sent à la l’aise dans la tâche qui lui a été confiée. Chapelet enroulé autour du bras gauche, un exemplaire du livre de Boussaïri sous ses yeux, l’élu d’Imam Mansour Diouf : «Le poème est mondialement reconnu pour sa densité, sa richesse, la qualité de son vocabulaire et la rareté de son style. Le Bourd signifie manteau. Là, il s’agit d’un vêtement d’une grande importance. C’est le plus connu des poèmes de Boussairi et est entièrement consacré à la louange de Mouhamad. Ce qui l’aurait guéri d’une maladie quand le Prophète lui a passé son manteau (Bourd) sur le corps. Ce poème fut, du vivant même de son auteur, considéré comme sacré, et occupe encore de nos jours une place particulière au sein de l’Islam», apprend Oustaz Diouf. Qui détaille les  livres de Mouhamad Boussairi : «Dans le Premier chapitre, il fait allusion au Prophète. Il parle de son parcours sans citer son nom. Dans le second chapitre, il expose les comportements que l’être humain doit copier du Prophète pour bien vivre dans ce bas monde. Dans le chapitre 3, Boussaïri chante les louanges du Prophète et de ses parents. Dans lchapitre 4, il chante encore les louanges du Prophète. Au chapitre 5, il enseigne les mokhjiza (miracles du Prophète). Au chapitre suivant, Boussayri parle de l’exil du Prophète à Médina avec Seydina Aboubacar. Ainsi de suite.» «Dans la plupart des chapitres qui composent ce livre, poursuit Oustaz Diouf, Boussairi magnifie le Prophète (Psl)» Et le lire fait accéder à Mouhamad.

«Quand Imam Farnabyou a appris que quiconque récite la bourd verra le Prophète, il a commencé à le faire», raconte Oustaz Diouf. «Chaque nuit, il récitait tout le livre, mais sans aucun succès. Ensuite, il est allé dire à Cheikhou Kamil qu’il a passé dix nuits à réciter le Bourd pour voir le Prophète, mais qu’il n’y parvenait pas. Ce dernier lui répond : ‘’Il y a quelque chose que vous avez oublié, parce que le Bourd a une charte’’. Après chaque bouclée, on doit y ajouter : «Mawlaya sali wa salim dayiman abada alal abibika xayri xalxi kuliximi.» Pour espérer rencontrer l’homme pour qui il a été créé : Mouhamad, le sceau des prophètes.

ABLAYE GADIAGA SARR (ENVOYE SPECIAL A TIVAOUANE) 

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