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Mark Zuckerberg pris au piège des « deepfakes »

International

iGFM-(Dakar) Des artistes ont créé une fausse vidéo de Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, prêtant allégeance à une organisation criminelle fictive. Une œuvre créée en réponse au refus de Facebook de retirer un trucage vidéo ridiculisant la démocrate Nancy Pelosi.

Mais cette vidéo est un “deepfake” – un montage effectué par une intelligence artificielle permettant de faire dire n’importe quoi à n’importe qui – réalisée par Bill Posters et Daniel Howe, deux artistes britanniques. Ils l’ont lâchée, dimanche 9 juin, en plein territoire ennemi, sur Instagram, le site de partage de photos de Facebook. Leur but : tester la réaction du géant des réseaux sociaux face à cet exemple de désinformation manifeste, explique le site Vice, premier média à l’avoir repérée, mardi 11 juin.

Une vraie vidéo manipulée par une IA

“Nous traiterons ce contenu de la même manière que toutes les désinformations. Si nos partenaires ‘factchekers’ la signalent comme fausse, elle n’apparaîtra plus dans les recommandations d’Instagram”, a réagi Facebook. Le réseau social se refuse donc à faire disparaître une “fake news”, dépeignant le patron du groupe en disciple d’un méchant de cinéma, se contentant de ne plus la mettre en avant auprès de ses utilisateurs.

Étonnant ? En fait, Facebook a été pris à son propre piège par les deux artistes. Ces derniers ont réalisé la vidéo en réponse à la polémique créée par la large diffusion, fin mai, d’un autre montage visant à discréditer l’Américaine Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants. Cette vidéo, dont la bande son a été volontairement ralentie, donnait l’impression que cette adversaire acharnée du président Donald Trump était ivre. Facebook avait alors refusé de censurer ce contenu, malgré les appels répétés de responsables démocrates, arguant “que le bon équilibre entre la promotion de la liberté d’expression et d’une communauté sûre et authentique est de réduire la distribution de ‘fausses informations’”. Neil Potts, l’un des directeurs de Facebook, avait même assuré à l’époque qu’il aurait laissé la vidéo en ligne si au lieu de Nancy Pelosi, elle avait tourné en ridicule… Mark Zuckerberg.

Bill Posters (Barnaby Francis de son vrai nom) et Daniel Howe se sont contentés de prendre ce responsable du réseau social au mot. Pour créer leur “deepfake”, ils ont utilisé une vraie séquence remontant à septembre 2017, durant laquelle Mark Zuckerberg évoquait la propagation de “fausses informations” par la Russie durant la présidentielle américaine de 2016. Ils se sont ensuite tournés vers Canny IA, une agence israélienne de publicité, spécialisée dans l’utilisation de l’intelligence artificielle. Ces publicitaires geeks ont utilisé un algorithme maison capable de transformer n’importe quel enregistrement audio en vidéo d’une personne qui semble prononcer ces paroles.

Zuckerberg, Kim Kardashian ou Marcel Duchamp

Avant de s’attaquer à Mark Zuckerberg, cette start-up israélienne avait déjà démontré l’efficacité de sa technologie en faisant chanter “Imagine” de John Lennon à plusieurs dirigeants, de Justin Trudeau à Kim Jong-un, en passant par Donald Trump.

Leur collaboration avec Bill Posters et Daniel Howe ne s’est, en outre, pas limitée à créer un Mark Zuckerberg machiavélique. Dans le cadre de l’exposition “Spectre” –  qui s’est tenue du 6 au 11 juin à Sheffield (Royaume-Uni)-, ils ont fait dire à la starlette Kim Kardashian qu’elle adorait “manipuler ces fans en ligne pour de l’argent” et ont aussi mis en scène Donald Trump, le plasticien Marcel Duchamp ou encore l’icône pop Freddy Mercury.

Tous leurs “deepfakes” créé une illusion de réalisme qui n’est pas encore parfaite, ont reconnu les publicitaires de Canny IA au blog Fxguide. Mais la technologie est “déjà au point”, assurait fin 2018 à France 24  Vincent Nozick, chercheur au Laboratoire d’informatique Gaspard-Monge (LIGM). Pour lui, tout ce qui manque c’est le moyen de les mettre en ligne sans avoir à les compresser, ce qui entraîne forcément une perte de qualité. Peut-être que d’ici l’élection présidentielle américaine de 2020, cette barrière technologique n’existera plus, au risque de déstabiliser le processus démocratique encore plus que les “fake news” en 2016.

 

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