Moïse Sarr, chef du Service de Gestion des Etudiants sénégalais à l’Etranger (SGEE) : | www.igfm.sn
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dimanche, 25 septembre 2016
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Moïse Sarr, chef du Service de Gestion des Etudiants sénégalais à l’Etranger (SGEE) :

Moïse Sarr, chef du Service de Gestion des Etudiants sénégalais à l’Etranger (SGEE) :

L’OBS – «Désormais les bacheliers sénégalais qui auront la mention «Bien» ou «Très bien» au Bac vont rejoindre les plus grandes classes préparatoires en France»

Ce Moïse-là n’est pas prophète, mais tient son mur des lamentations. Heureusement que l’homme a le sens de la formule et est en mesure d’apaiser les esprits étudiants les plus embrouillés. Le tout dans un langage de vérité. Un des Sénégalais les plus sollicités, ou presque, de France, le patron du Service de gestion des étudiants sénégalais à l’étranger (Sgee) fait aussi partie de la short-list des compatriotes les plus courus de Paris. Ses bureaux au 32, Rue de la Tour, dans le 16e arrondissement, d’où il gère les bourses des étudiants sénégalais éparpillés un peu partout à travers le monde, ne désemplissent jamais. L’homme est tout le temps assiégé et se sent même parfois obliger d’aller au boulot, le dimanche. «C’est une question de conscience», glisse-t-il, modestement. Fidèle à son éducation de petit villageois dont les convictions ne sauraient être corrompues par une nomination étatique à la fois temporaire et éphémère sur l’échelle d’une vie. La quarantaine rayonnante, le phrasé policé, M. Sarr a accepté de recevoir L’Obs à Paris et de lui faire un petit round-up des questions concernant son service.

Trois mois après le début de l’année universitaire  2015-2016, pouvez-vous nous faire une petite situation des actions entreprises par le Service de gestion des étudiants sénégalais à l’étranger (Sgee)

Nous avons eu une rentrée au pas de charge, mais bien maîtrisée. Tout a commencé avec la mise en œuvre du dispositif d’accueil des bacheliers d’excellence. Un dispositif qui prend en charge l’accueil de l’étudiant depuis l’aéroport jusqu’à son lieu d’hébergement. Dès son arrivée, l’étudiant bénéficie d’un accompagnement pour l’ouverture d’un compte bancaire et un acheminement dans les gares parisiennes, pour ceux d’entre eux qui devaient regagner leurs établissements en province. Il faut noter que ce dispositif a non seulement, permis de trouver des logements à certains d’entre eux qui n’en disposaient pas, mais aussi de prendre en charge les frais liées à la caution et à la première mensualité, sous réserve de l’autorisation d’un prélèvement échelonné dans le temps sur la bourse de 650 euros/mois. Parallèlement, nous avions engagé un paiement exceptionnel, le 18 septembre, pour les boursiers d’excellence et le rappel des allocataires retardataires 2014-2015. Le 1er octobre, nous avions lancé le premier paiement de l’année universitaire 2015-2016. Je profite d’ailleurs de cette occasion pour remercier vivement toute l’équipe du Sgee, pour la mobilisation, la disponibilité et l’efficacité. La rentrée de cette année n’a pas été de tout repos, mais l’équipe a bien assuré, en sacrifiant plusieurs week-ends en famille ou en débauchant à des heures tardives, pour satisfaire les étudiants et soulager, par la même occasion, les parents.

Il y a quelques années, la principale complainte des étudiants était liée au retard de paiement des bourses. La situation a-t-elle vraiment évolué ?

Aujourd’hui, touchons du bois, nos paiements sont réguliers et maîtrisés. Tous les premiers du mois, nos paiements sont effectués et instantanément, un mail est envoyé à l’étudiant, pour l’en informer. Il faut également retenir que le service a un site Internet (www.sgee.org) où tout allocataire dispose d’un espace personnel et sécurisé, lui permettant, entre autres, de suivre son paiement et le statut de son renouvellement. À côté du site Internet, l’étudiant allocataire peut appeler sur notre serveur vocal interactif 24H/24 et 7J/7, pour prendre connaissance du montant et de la date de son dernier paiement. Dès lors, nous estimons, à juste titre, que le temps des retards de paiement est révolu. Il semble plus pertinent de parler aujourd’hui d’innovation et d’amélioration continue de la qualité du service offert à nos chers étudiants, à travers une large et bonne diffusion et un partage de l’information utile les concernant. Toutes ces avancées ont été rendues possibles grâce au soutien sans faille de nos différentes autorités de tutelle dont la Direction générale de la comptabilité publique et du Trésor qui est toujours à notre écoute et, de surcroît, très réactive à nos sollicitations.

Malgré ces avancées, le nombre d’étudiants sénégalais non-bousiers augmente d’année en année. À quoi est due cette situation ? 

Cela est dû, à mon avis, à plusieurs facteurs observés depuis ces dernières années et liés à l’histoire de notre pays, au goût de l’exotisme de nos compatriotes et à l’instabilité de notre système éducatif. Nos compatriotes aiment tout ce qui vient de l’étranger. On a tendance à privilégier, je ne sais pas à tort ou à raison, les diplômes qui viennent de l’étranger. A cela s’ajoutent les grèves à répétition qui ont éprouvé la qualité de notre système éducatif. Beaucoup de Sénégalais sont tentés d’envoyer leurs enfants à l’étranger, sans pour autant avoir les moyens de leur ambition. L’Europe n’étant plus ce qu’elle était, depuis la crise de subprimes, certains jeunes se retrouvent parfois dans une situation de précarité qui devient alors un frein à la réussite dans leurs études. La conséquence est sans appel : certains abandonnent les études, pour des boulots de survie, sans pour autant avoir le courage d’en informer les parents. L’État accompagne les étudiants, avec des milliers de bourses et aides attribuées chaque année. Le Gouvernement apporte également son soutien, mais une fois de plus, dans la limite de ses possibilités.

Il arrive fréquemment de rencontrer des étudiants à Paris ou dans d’autres villes de la France qui vivent des situations très difficiles. Certains vont jusqu’à dormir dans des foyers pour immigrés…

Nous devons, à la vérité, dire que beaucoup de nos étudiants non allocataires sont aujourd’hui confrontés à des difficultés. Et c’est sous ce rapport que la réforme de l’enseignement supérieur, en général et celle des bourses, en particulier, sont à saluer. Cette dernière a permis d’augmenter le taux de certaines allocations d’études, notamment les bourses de coopération et surtout, la bourse d’excellence qui passe du simple au double (430 000 FCfa/mois). Je ne saurais passer sous silence la bourse doctorale de troisième cycle de cotutelle en alternance qui permet au doctorant d’avoir une double inscription dans une école doctorale sénégalaise et dans une autre à l’Étranger. Le bénéficiaire de cette bourse dispose d’un billet d’avion aller-retour annuel, pendant trois ans, avec la possibilité d’une année supplémentaire. Pendant les 6 mois passés annuellement à l’étranger, il recevra mensuellement 600 000 FCfa. Toutes ces augmentations sont faites pour mettre nos étudiants dans de bonnes conditions de réussite. Nous voulons faire de la bourse un véritable instrument au service des études. À côté de ces augmentations, nous avons mis en place, au niveau du Service de Gestion, des dispositifs d’accompagnement de nos étudiants. Une convention de logement a été signée, dés notre arrivée, en 2013 et en présence de Son excellence, M. le président de la République, Macky Sall, avec le premier bailleur social français, Adoma, pour un contingent mobilisable de 500 logements sur 4 ans. Les bénéficiaires vont payer en tout et pour tout (après déduction de l’Aide pour le logement), entre 100 à 200 euros/mois, toutes charges comprises, c’est-à-dire l’eau et l’électricité. Ces dispositifs d’accompagnement comprennent aussi la Caution Solidaire. Plus précisément, le Sgee se substitue aux parents pour se porter garant au profit de l’étudiant ; ce qui rassure les bailleurs et permet aux étudiants de trouver rapidement un logement. À travers l’autre dispositif «Dettes locatives», nous épongeons les dettes locatives de nos étudiants allocataires qui nous sollicitent avec un remboursement échelonné dans le temps, à travers de petites ponctions sur leurs bourses (…) La promotion du label «Etudier au Sénégal» renforcera la qualité des enseignements dispensés dans notre pays, avec comme objectif de hisser nos Universités aux rangs des standards mondiaux. D’ailleurs, une bourse d’excellence nationale, d’un montant de 60 000 FCfa, a été octroyée, cette année, à nos bacheliers ayant obtenu la mention «Très bien» ou la mention «Bien» et qui décident de rester au Sénégal pour poursuivre leurs études. Avec un tel Label, la tendance consistant, pour les étudiants sénégalais, à privilégier les études à l’étranger, a de fortes chances d’être renversée, dans un avenir proche.

Vous avez rencontré le chef de l’Etat dernièrement à Paris et selon des sources, il s’est montré très sensible à la situation des étudiants en difficultés. Quelles ont été les directives pour améliorer les conditions de vie et d’études de ces jeunes Sénégalais qui quittent le pays sans bourse et qui sont interdits de travail à temps plein en France ?  

Je confirme. Le chef de l’Etat est foncièrement attaché à l’amélioration des conditions de vie de nos compatriotes. La Couverture maladie universelle, les Bourses de sécurité familiale, la gratuité de certains soins jusqu’ici chèrement payés en sont une parfaite illustration. Pour revenir aux allocations d’études, tout étudiant à l’Étranger ou disposant d’une préinscription peut déposer, chaque année, une demande de bourse ou d’aide. Dans cette optique et pour plus de transparence dans ces attributions, le ministre, Mary Teuw Niane, a pris un arrêté ministériel instituant une Commission nationale d’attribution des allocations à l’Étranger où toutes les parties prenantes sont représentées (ministère des Finances, Universitaires, Assemblée nationale, Conseil économique, social et environnemental, Présidence, Primature, direction des Bourses, etc.) La composition de ladite commission témoigne de la politique de transparence mise en œuvre par le ministère, afin de permettre aux véritables ayants droit de pouvoir bénéficier des allocations. C’est ainsi que des critères d’excellence, pédagogiques ou sociaux sont préalablement définis et nous guident dans l’attribution des allocations d’études à l’Étranger. Pour l’année 2014-2015, tout nouveau bachelier ayant obtenu la mention «Très bien», «Bien» ou «Assez Bien» en 2014, qui avait formulé une demande de bourse, a au moins, obtenu une aide d’État, si ce n’est une bourse d’excellence ou socio-pédagogique. À côté des résultats pédagogiques, les fragilités sociales de nos étudiants sont aussi prises en compte. Nous avons des bourses dites sociales qui sont allouées prioritairement aux Pupilles de la Nation, aux handicapés, aux orphelins, justifiant dans leurs dossiers respectifs de demande de bourses ou d’aides d’une preuve de leur handicap ou d’un acte de décès d’un des parents. Quant aux malvoyants, sur instruction de Son Excellence, M. le Président Macky Sall, le ministre Mary Teuw Niane leur a attribué une allocation spéciale d’un montant de 650 euros/mois. C’est inédit et salutaire.

Le Sgee que vous pilotez aurait négocié de nouvelles conventions avec les autorités françaises pour que les étudiants qui ont la mention «Bien» ou «Très bien» ou ayant une distinction au concours général, puissent rejoindre les plus grandes classes préparatoires en France, sans passer par campus France. Pouvez-vous nous expliquer les détails de cette convention ? 

C’est une convention unique dans son modèle et dans sa structuration. C’est le lieu de remercier, encore une fois, le président de la République, Macky Sall, qui nous a honorés de sa présence, en assistant volontiers à la signature de cette belle convention, le 02 décembre 2015, à la prestigieuse Ecole polytechnique de Paris. Cette convention est conclue à compter du 1er Juin 2016 pour l’année scolaire 2016-2017 et se poursuivra sur une durée de 5 ans. Un bilan annuel est fait, pour chaque étudiant pour lequel les conditions de passage en classe supérieure sont, en tous points, identiques à celles des étudiants français. Il faut également noter qu’un bilan d’étape global est établi, au bout de la troisième année. Parrainée par l’école polytechnique qui s’engage à assurer le suivi personnalisé de nos étudiants, tout au long de l’année, au cas où un stagiaire polytechnicien serait en stage civil dans l’établissement d’accueil, cette convention a pour objectif de favoriser l’accès direct des nos bacheliers à fort potentiel dans les classes préparatoires de première ligne française : le Lycée Louis-le-Grand de notre Président-Poète Léopold Sédar Senghor, le Lycée Henri IV ou celui du Parc à Lyon. Le Lycée Ste Geneviève de Versailles devrait rejoindre très prochainement le dispositif, en proposant des places aux bacheliers d’excellence sénégalais. Pour ces derniers, cette convention se présente comme une aubaine et surtout pour ceux et celles de l’intérieur du pays qui ne sont pas toujours au fait des procédures de Campus France Sénégal. Une bourse d’excellence leur est allouée et un logement soit à l’internat de l’établissement soit au Crous.

Avez-vous un projet phare à mettre en œuvre pour la nouvelle année 2016 ?

À l’instar de ce que nous avons réussi avec les lycées préparatoires français, nous travaillons sur la mise en place très prochainement de conventions d’accueil pour des stages au Sénégal à l’adresse de nos étudiants à l’Étranger inscrits en Master 2 ou en Doctorat. À cet effet, nous avons engagé des discussions avec certains Directeurs de ressources humaines de la place, en l’occurrence, celui de la Bicis et du Groupe Atos, mais aussi avec le Directeur général de la jeune entreprise innovante Wutiko.com, pour la signature de conventions d’accueil pour des stages de 4, 6 ou 10 mois pour nos étudiants en Master 2 ou en troisième année d’école d’ingénieurs. Nous voulons élargir le socle des entreprises pour en impliquer le maximum possible, surtout nos grandes entreprises du secteur privé, parapublic et public, sans oublier nos Pme et Pmi innovantes. Ainsi, je saisis cette belle opportunité pour appeler les patrons de ces entreprises à bien vouloir nous accompagner dans ce nouveau challenge. Le Gouvernement, à travers la bourse de mobilité dont la sélection se fait à travers une procédure d’appels à candidatures, prendra en charge le titre de transport aller-retour et versera 60 000 FCfa/mois au bénéficiaire, pendant toute la durée du stage, indépendamment de ce que l’entreprise accueillante pourra donner à l’étudiant comme indemnité ou gratification. C’est une manière d’encourager nos jeunes en fin de formation à l’Étranger à revenir au pays et permettre à nos entreprises de bénéficier de certaines compétences fines. Un dispositif nouveau, «gagnant-gagnant» qui offre un renforcement des ressources humaines de qualité à nos administrations publiques et privées et qui entre en droite ligne avec la notion de capital humain nécessaire au portage du plan Sénégal Emergent. Il est important de souligner, à l’endroit de nos étudiants en Master 2 ou en Doctorat inscrits dans les universités sénégalaises et qui veulent effectuer une mobilité africaine ou internationale, que ce nouveau dispositif leur offre cette possibilité. Non seulement, le billet aller-retour est pris en charge par l’État, mais aussi, le taux mensuel de la bourse peut atteindre 650 euros en fonction du pays d’accueil.

PAPE SAMBARE NDOUR (PARIS)

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