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samedi, 29 avril 2017
               
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Musique : Au rythme des sonorités mandingues

Musique : Au rythme des sonorités mandingues

iGFM (Dakar) – Constituée de plus de deux cents peuples répartis sur quinze pays longtemps dominés, à l’exception du Liberia indépendant depuis 1847, par les trois principales puissances coloniales, la France, l’Angleterre et le Portugal, l’Afrique de l’Ouest abrite des musiques urbaines très variées dont la musique urbaine mandingue, deux courants majeurs du continent.

Leur émergence précoce s’explique par l’apparition, dès le XIX° siècle, d’une classe intellectuelle moderne qui contribue à l’émergence d’une culture urbaine. Formée à la faveur des métissages qui s’amorcent dès la seconde moitié du XIX° siècle, cette élite brillante tant par son sens des affaires que par son esprit engage un combat politique qui va œuvrer contre les pouvoirs coloniaux, prôner un nationalisme culturel et une unité africaine, trois idées majeures au cœur même de la constitution de ces courants musicaux urbains.
Soutenus activement par les politiques, leur capacité à atteindre les populations les plus disparates (ruraux, citadins, riches et pauvres) va faire de la musique urbaine mandingue un moyen d’édification identitaire nationale et un outil idéologique pour les leaders des nations fraîchement indépendantes.

Origine de la musique moderne mandingue

Figure de proue en matière d’innovation musicale de l’ex-empire mandingue, la Guinée révolutionne son patrimoine musical après son indépendance en 1958. Sous le charme d’une des plus belles et des plus immenses voix du continent, Kouyaté Sory Kandia, le pays fait ses premières armes avec le Syli Orchestre dirigé par Sanoussi Kanfori et lancé en 1959 sous l’impulsion du président Sékou Touré qui entendait promouvoir ainsi sa politique d’authenticité. En fusionnant le hilife, la rumba et le jazz à trois des styles majeurs de la zone (le maninka (ou malinké), le bamana (ou bambara), et le mandinka regroupant les rythmes socés, soninkés, soussous, fulas, etc…), cette formation nationale lance la musique moderne mandingue. Elle est considérée comme la pépinière des premiers grands compositeurs guinéens, leaders des principales formations du pays comme Kélétigui et ses Tambourinis, Balla et ses Balladins, Momo Wandel Soumah et son Afro Sextet, etc…

Une nouvelle vague de jeunes espoirs des années 1960/1970

Dans les années 1960/1970, Bembeya Jazz National sort la musique guinéenne de ses frontières et atteint une telle renommée que la mort de son chanteur-animateur Aboubacar Demba Camara à l’occasion d’une tournée au Sénégal est vécue comme une tragédie dans toute l’Afrique de l’Ouest. Les Amazones de Guinée, groupe de femmes gendarmes, “porte-parole” du féminisme ouest-africain, le Boiro Band, l’Horoya Band et le Kaloum Star d’Alioune Barry (un des rares groupes encore en activité) enrichissent ce courant musical tandis que le Camayenne Sofa de Jean Baptiste William s’affirme comme le premier groupe indépendant du pays (jusque-là tous les artistes étaient fonctionnaires). D’autres musiciens guinéens tels que les talentueux guitaristes Ousmane Kouyaté et Kanté Manfila, le compositeur du fameux “Mandjou” (interprété par le Malien Salif Keïta), et le joueur de kora Mory Kanté révélé internationalement en 1987 par son méga hit mandinka-rock, “Yéké Yéké” (disque d’or et de platine) ont aussi fait les beaux jours de grandes formations maliennes. Leurs contributions respectives à l’édification d’un des styles majeurs du continent ouvrent ainsi la voie à une nouvelle vague de jeunes espoirs : Atlantic Mélodie, les Kouyaté (Kaniba, Sékouba Kandia), les Diabaté (Sékou Bambino, Mama, Sona (sœur de Sékou Diabaté Bembeya), Prince, Oumou, Djanka…)

Extension vers les pays de l’ancien empire mandingue

L’expérience guinéenne trouve bientôt un écho au Mali, en Gambie, au Sénégal, au Burkina Faso, au Niger et en Guinée Bissau, des pays jusque-là cantonnés à de pures reprises de rumba et de hilife mais partageant par leur appartenance à l’ancien empire mandingue des racines culturelles communes.

Le Mali ouvre la voie avec l’orchestration dès 1960, année de l’indépendance, du rythme bambara par le groupe Super Biton, des sonorités dogon par Sorry Bamba, du blues khassonké par Boubacar Traoré alias “Kar Kar”. Originaire de Kayes, ce dernier se distingue, incitant par ses chansons diffusées à la radio nationale ses compatriotes exilés à rentrer pour la construction du pays. Ses titres comme “Mali Twist”, Kayeba”, “Kele magni” rencontrent un énorme succès et sont fredonnés dans toutes les rues. A la même période, le guitariste Ali Farka Touré puise dans les racines songhaï et touareg son blues mandingue aux sons sahéliens donnés par le molo, une sorte de guitare à une corde appelée l’instrument du diable et utilisée traditionnellement pour les danses de possession. Son album “Talking Timbuktu” (en duo avec Ry Cooder) lui vaut en 1995 un Grammy Award aux Etats-Unis.
Salif Keïta, l’une des plus belles voix du continent.
Cette décennie marquée par le marxisme-léninisme prôné par le président Modibo Keïta voit une floraison de groupes et de troupes de ballets dont le Ballet National qui accueille en son sein, en 1963, le percussionniste-danseur Zani Diabaté. Parallèlement au ballet, ce fils de griots monte l’Harmonie Jazz et s’essaie d’abord à l’afro-cubain. Formé à la guitare et à la composition, il fonde le Super Djata Band et s’impose avec une musique chantée d’une voix plaintive et lancinante et croisant les rythmes malinkés (joués avec djembés, balafon, sahouroubas), les riffs de guitare madinko-blues ou rock et le funk.

En 1970 naît le Rail Band du saxophoniste Tidiani Traoré, du guitariste virtuose Djélimady Tounkra et du balafoniste expert Kélétigui Diabaté, une formation pionnière découvreuse de nombreux talents du pays et de la région dont Salif Keïta, l’une des plus belles voix du continent. Son célèbre titre “Mandjou”, composé par Kanté Manfila, et interprété en malinké, donne à la musique malienne ses lettres de noblesse. Le Rail band révélera aussi l’homme des rencontres musicales, l’arrangeur-claviste Cheick Tidiane Seck.

Autre figure de la scène nationale, le groupe Las Maravillas créé en 1965 à la Havane (Cuba) par des étudiants maliens dont le flûtiste Boncana Maïga opte pour une rumba à la sauce mandingue. Rebaptisée Badéma National (orchestre officiel du pays), la formation s’oriente vers le style moderne mandingue, suivie des Ambassadeurs du Motel, du Manding Jazz et des Ambassadeurs Internationaux. Plus tard, Boncana Maïga, riche de ses huit ans d’études à Cuba, de sa formation à la musique classique, au rock et au funk, décide de s’installer en Côte d’Ivoire où il devient compositeur-arrangeur de nombreux artistes du continent, suivant parallèlement une carrière solo.

En 1972, Kassé Mady Diabaté, un griot rompu à la tradition musicale chantant les louanges de l’ex-empire mandingue et de ses nobles, aux textes riches de symbole et d’images, est désigné par le gouvernement malien pour être l’interprète du Badéma National, passant sa carrière entre deux milieux : celui de la musique contemporaine et celui des fêtes rituelles auxquelles sont tenus d’assister les membres de sa caste. Ainsi, pour ses premiers pas dans le show-biz, cet originaire de Kéla près de la frontière guinéenne, va jusqu’à solliciter l’autorisation des anciens de son village.

Ces années 1970 voient apparaître le couple aveugle Amadou & Mariam ? Ce duo formé par Amadou Bagayoko et Mariam Doumbia propose une musique mandingue intégrant divers styles : blues, soul, pop, funk, “son cubano” (salsa), rock, reggae et parfois même électro…

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