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«Nous n’accepterons pas qu’un étranger nous brouille ou nous divise…»

Société

IGFM – Le Sénégal, il l’a dans son cœur. Il le porte comme son bébé. Surnommé «Imam chrétien, Prêtre musulman», Abbé Jacques Seck a fait du renforcement des relations musulmans-chrétiens, un devoir, une mission. Qu’il réussit bien. Dans cet entretien accordé à «L’Obs», Abbé Jacques Seck se livre à cœur ouvert. L’homme d’Eglise parle des tensions actuelles  autour du pétrole et du gaz, des relations tendues entre pouvoir et opposition, du danger qui guette le Sénégal, des rapports musulmans-chrétiens, de ses relations avec feu Ben Bass Digane, Senghor, Diouf, Wade et Macky. Abbé Jacques Seck dit tout et donne les solutions devant conduire le Sénégal à bon port. 

Le Sénégal est dernièrement secoué par une forte polémique sur la gestion du pétrole et du gaz qui viennent d’y être découverts. Ne doit-on pas nous inquiéter, vu ce qui s’est passé dans d’autres pays ?

Du sommet de l’Etat, jusqu’à la racine, nous devons tous prier. Imams, Prêtres, Khalifes, Evêques, entres autres, que chacun d’entre nous, dans sa chambre, prie Dieu pour qu’Il protège le Sénégal, parce que ça ne va pas. Si nous Lui (Dieu) demandons sérieusement, l’Esprit Saint va secouer les choses et l’Esprit malin (Satan) va nous laisser en paix. Et là ceux qui vont gouverner, gouverneront parce qu’ils ont été élus pour ça et les autres feront ce qu’ils doivent faire pour que la République soit ce qu’elle doit être. Il faut beaucoup prier pour le Sénégal, parce que Satan est capable de tout. Jusqu’à récemment, le Sénégal était cité comme modèle, en Afrique noire, de démocratie, de convivialité entre religions, etc. Personne ne doit nous gâcher cette chance. Ni politiciens, ni Imams, ni Prêtres. Que tout le monde fasse en sorte que la paix coule comme un fleuve immense dans ce pays. Tout ce que nous demanderons à Dieu pour le Sénégal, Il l’exaucera.

En tant qu’homme d’Eglise, que dites-vous à l’opposition et au pouvoir qui se «tapent» dessus, créant du coup des tensions tous azimuts sur la scène politique ?

Mon devoir est de prier d’abord pour que l’esprit de Dieu soit donné à ces «pouvoiristes» de gauche à droite. Léopold Sédar Senghor, premier Président, nous a permis de vivre longtemps au Sénégal sans problème.  Les Présidents Diouf et Wade de même. Macky Sall est là aujourd’hui, on doit l’aider à faire également pareil. On ne doit pas casser le pays. On va aider Macky Sall à réussir sa mission pour l’intérêt du pays. Nous voulons que le Sénégal soit un havre de paix et un modèle comme toujours. Le chef de l’Etat n’aime pas le pays plus que chacun de nous. Mais, c’est lui que Dieu a choisi pour nous diriger. Nous devons l’accompagner jusqu’à la fin de son mandat. Le Président passe, le pays dure. Nous refusons qu’on fasse tomber quelqu’un qu’on a élu légalement. Macky Sall a été élu et réélu librement. Il n’a pas fait un coup d’Etat. Ce que nous avons fait pour Senghor, Diouf et Wade, nous le ferons pour lui pour l’intérêt de tous. Nous allons prier pour lui et l’aider. Et s’il s’en va, quelqu’un d’autre viendra le remplacer et nous prierons et aiderons encore ce dernier. Le Sénégal n’est pas une royauté.

Quelle attitude doit adopter le Président Macky Sall pour bénéficier de l’accompagnement des Sénégalais et réussir sa mission ?

Je ne vais pas lui enseigner ce qu’il doit faire. Je dis seulement que nous l’avons élu, sachant ce que doit faire un Président. Je ne suis pas son conseiller. Les Evêques, particulièrement l’Archevêque, qui sont plus proches de lui, doivent pourvoir lui prodiguer quelques conseils. Moi, en tant que Sénégalais, homme de Dieu (Prêtre), je ne peux que prier pour lui. Si on a choisi le Président Macky Sall, c’est parce qu’on attend beaucoup de lui. Il le sait.

Mais Abbé, l’on dénonce ça et là l’intégration des membres de la famille du Président Sall dans la République. Ça vous dit quoi ?

Je ne vais pas faire de la politique, ni critiquer le Président Macky Sall. Je sais que je l’ai élu parce que je crois en lui. Et je pense que c’est le cas pour les Sénégalais qui l’ont élu. Un Président ne peut pas être un ange. C’est un homme qui a ses qualités et ses défauts. Les Archevêques, les Evêques, les Imams ne sont pas non plus des anges. L’Abbé Jacques Seck, avec sa soutane, n’a rien d’un ange. On ne va pas demander trop à ceux qui nous gouvernent. Mais, on va leur exiger le minimum, les compétences, la retenue dans nos richesses, pour qu’ils ne les donnent pas à leurs familles. Nous allons prier librement pour que le Président Sall accomplisse au mieux le travail que nous lui avons confié.

Qu’est-ce qui doit être fait pour fluidifier davantage les relations entre pouvoir, opposition et société civile du Sénégal ?

Moi, je ne peux intervenir publiquement. Ce que je peux, c’est prier tous les jours, comme je l’ai dit, pour les hommes politiques qui nous gouvernent. Tous les Imams et Prêtres, s’ils sont conscients et sérieux, doivent prier pour eux. C’est parce que librement, nous avons mis le Président là. Il ne s’est pas mis lui-même là où il est présentement. Il n’y avait pas que Macky Sall qui était candidat à la Présidentielle du 24 février 2019. Ils étaient plusieurs candidats. Il est de notre devoir de prier pour Macky Sall afin qu’il ait une bonne santé mentale et physique. Et qu’il ait maintenant de bons conseillers pour faire booster le Sénégal.

Vous dites quoi à l’opposition ?

Je suis un homme religieux. Je ne suis pas dans l’arène politique. Mais, je peux me permettre de dire à l’opposition qu’elle doit savoir que Macky Sall n’est pas venu à la tête du Sénégal par un coup d’Etat. Ce sont les Sénégalais qui l’ont mis librement là où il est aujourd’hui. Qu’ils (les opposants) en prennent acte. Ils doivent s’opposer à l’Assemblée nationale pour partager leurs idées du Sénégal qu’ils veulent. Ce, en attendant les prochaines échéances électorales pour tenter leur chance. Si les Sénégalais n’avaient plus confiance en Macky Sall, ils n’allaient pas le réélire. Dès que quelqu’un est élu librement, nous devons tous prier pour lui pour qu’il justifie le choix du peuple. On va prier pour que le pétrole qui n’est qu’une matière, ne casse pas le pays.

Que demandez-vous aux chefs religieux du Sénégal ?

Les chefs religieux font ce qu’ils doivent faire pour la paix au Sénégal. De Tivaouane en passant par Touba, Ndiassane, Popenguine (…), les chefs religieux prient beaucoup pour que Dieu donne son esprit à ceux qui nous gouvernent. Le pouvoir c’est bon. Mais, ce n’est pas la peine de se tirailler. Nous avons des Imams magnifiques au Sénégal. Nos Evêques sont très conscients et prient, tous les jours, pour la convivialité dans ce pays. On doit tout faire pour continuer à être des modèles de convivialité, de paix. Que musulmans et chrétiens soient dans le même parti politique, qu’ils cultivent le même champ, que personne ne nous prive de cela. Tout le monde sait que j’ai un «fils musulman» (son neveu, Ndlr), Oustaz Ndour, que j’ai envoyé à La Mecque. Feu Ben Bass Diagne  m’avait donné de l’argent. J’ai mis une partie de cet argent dans l’Eglise de Joal et le reste j’ai décidé de le remettre à mon fils, Oustaz Ndour, avec qui je travaille depuis des années. Je lui ai dit d’aller à La Mecque, toucher la pierre noire pour moi parce que je ne peux pas y aller. Quand il est revenu de la Mecque, je lui ai dit de touche mes mains puisqu’il a touché la pierre noire pour moi. Voilà le Sénégal. Nous ne voulons pas que l’étranger nous brouille ou nous divise. Le danger ne peut pas venir entre Sénégalais, mais de l’extérieur. Ce que nous devons refuser. Ben Bass Diagne m’a fait beaucoup de biens. Il est un Ange. Il m’avait dit : ‘Abbé trouve moi trois lieux et je te construirai trois Eglises.’ C’est comme ça que nous voulons le Sénégal où il n’y a pas de différence entre ethnies, religions et autres. Tout ce que quelqu’un dit de l’Islam, si ce n’est pas magnifique, je lui dirai de quitter mon bureau. Le premier Imam de mon village, Palmarin, Ababacar Ndour, a épousé ma sœur aînée, Tening Seck devenue Aminata Seck. Pour elle, mon papa est devenu musulman, parce qu’il disait vouloir, à sa mort, aller au Paradis où se trouvera sa fille. Je lui ai dit papa, nous allons nous retrouver tous là-bas, parce qu’il n’y a pas un Paradis musulman et un Paradis chrétien. Il n’y a qu’un seul Dieu pour tout le monde. Vous voyez. Comment voulez-vous que je critique l’Islam. Moi, je suis catholique pur et dur, mais la moitié de ma famille est musulmane. Comme Dieu est un, on ne va pas diviser musulmans et chrétiens. Au Sénégal, on refuse et on refusera que l’étranger nous divise.

Quel regard avez-vous sur nos différents dirigeants ?

Des gens comme Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall ont fait du bien pour le Sénégal.  Ce sont de grands messieurs. Je ne fais pas de la politique. C’est un constat. Pour le moment, nous avons la chance d’avoir des Présidents à la hauteur. Nous prierons toujours Dieu pour qu’Il nous donne un Président qui soit d’abord un homme pour le pays, avant sa maison.

Que doit-on faire pour continuer à préserver la paix au Sénégal ?

Vous ne pouvez pas construire la Nation, si vous ne commencez pas par le petit village et la maison où vous êtes. Que chacun de nous fasse en sorte que dans sa famille, il y ait une entente. On peut construire le Sénégal dans la diversité (politique, religieuse).

Abbé, vous conseillez quoi à la jeunesse Sénégalaise ?

D’abord, chaque père ou mère de famille doit suivre son enfant et lui faire comprendre que dans la vie, rien n’est facile. Il faut travailler pour réussir. Celui qui veut réussir sans effort n’ira nulle part. Tout est difficile et tout s’apprend.

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