Rapport : l’Ansd dévoile les chiffres de la sexualité au Sénégal

Société

IGFM – Pour fournir des estimations actualisées des indicateurs démographiques et de santé, l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) a mené une enquête sur un total de 8 800 ménages. Dans son rapport final, la structure a pu obtenir des chiffres détonants de révélations. Particulièrement sur la sexualité des Sénégalais.

L’enquête était presque passée inaperçue aux yeux des médias sénégalais, jusqu’à ce que de manière presque anodine, au cours d’un atelier de communication et de plaidoyer à l’intention des bloggeurs sur la Planification familiale et la santé de la reproduction, tenu hier à Thiès, une certaine Madame Camara en touche mot. «Au Sénégal, l’enquête démographique et de santé continue de 2017* a révélé que 15,6%  chez les filles et 33, 6% chez les garçons ont eu leur premier rapport sexuel avant l’âge de 18 ans. De plus 38% des 20-24 sont mariés avant 18 ans. A propos de l’utilisation de préservatif, ils sont 44,3% et 73,9% respectivement de femmes et d’hommes. Là où les besoins non satisfaits sont estimés à 25%», a expliqué la dame qui a mené son exposé sur la santé de la reproduction dividende démographique politique et défis. De quoi mettre L’Observateur sur la piste du rapport qui traite de la démographie et de la santé des Sénégalais. Et particulièrement de leur sexualité.

 «Les premiers rapports sexuels ne se passent toujours pas dans le cadre de l’union»

Dans ce rapport de plus de 600 pages d’enquête menée par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), il est souligné qu’au Sénégal, 31,7% des femmes âgées entre 20-24 ans ont eu leur premier rapport sexuel avant l’âge de 18 ans. «Chez les hommes, ils sont 16,4% à avoir vécu cette expérience avant18 ans. Parmi les adolescents de 15-19 ans, 6% des femmes et 5% des hommes ont eu leurs premières relations sexuelles avant d’atteindre les 15 ans. Dans ce même groupe d’âges, 6% des femmes, mais aucun homme, avaient déjà contracté une union avant 15 ans. Moins d’un pour cent des femmes et aucun homme n’avait eu d’enfant avant l’âge de 15 ans», détaillent les enquêteurs dans le rapport.

L’étude montre également que l’âge médian aux premiers rapports sexuels chez les femmes âgées de 25-49 ans est de 19 ans. Il est légèrement inférieur à l’âge médian d’entrée en première union (20 ans). «Ce qui prouve que chez les femmes, les premiers rapports sexuels ne se passent toujours pas dans le cadre de l’union», explique-t-on dans le document. Toutefois, l’âge médian aux premiers rapports sexuels est plus élevé chez les hommes de 25-49 ans. Il est estimé à 23 ans.

L’étude démontre aussi une tendance à une légère hausse entre 2010-2011 et 2017 de l’âge médian aux premiers rapports sexuels des femmes de 25-49 ans. «Evalué à 18 ans en 2010-2011, il est passé à 19 ans en 2017», explique le rapport. On note la même tendance à la hausse chez les hommes, l’âge médian aux premiers rapports sexuels étant passé de 22 à 23 ans, selon les enquêteurs. Toutefois, les statistiques varient selon le milieu de résidence. Les femmes de 25-49 ans vivant en milieu urbain ont leurs premiers rapports sexuels à un âge plus tardif (21ans) que celles évoluant dans le monde rural (18ans). Même si chez les hommes, aucune variation n’est notée entre les milieux de résidence. Les femmes des régions de Tambacounda (17 ans), Kédougou (16 ans), Kolda (17ans) et Sédhiou (17ans) débutent plus tôt leur vie sexuelle. À l’inverse, cet âge est plus tardif dans les régions de Dakar (22 ans) et Thiès (20 ans).

«8% des femmes âgées entre 15-49 ans ont été victimes de violence sexuelle»

L’âge médian aux premiers rapports sexuels chez les femmes de 25-49 ans augmente avec le niveau d’instruction. «Il est, soutient le rapport, de 18 ans parmi les femmes sans niveau d’instruction contre 20 ans pour celles ayant le niveau primaire. Les femmes ayant un niveau moyen/secondaire ou plus connaissent leur première expérience sexuelle à l’âge de 24 ans, soit six ans plus tard que celles non instruites.» «Chez les hommes de 25-59 ans, l’âge moyen aux premiers rapports sexuels est plus précoce du côté de ceux sans aucun niveau d’instruction», poursuit l’enquête menée par l’Ansd.

Evoquant la prévalence des violences basées sur le genre, l’enquête note qu’«au Sénégal, 27% des femmes de 15-49 ans ont subi des violences physiques depuis l’âge de 15 ans et l’auteur de ces actes est dans 55% des cas, le mari ou le partenaire». Le document souligne que «huit pour cent (8%) des femmes âgées entre 15-49 ans ont été victimes de violence sexuelle à un moment quelconque de leur vie. Les femmes en rupture d’union en sont plus victimes (18%).» Toutefois, 5% des célibataires subissent ce type de violence. Les pourcentages sont les plus élevés dans les régions de Fatick (13%) et de Thiès (11%). Avec 3%, la région de Sédhiou enregistre le pourcentage le plus faible.

L’enquête démographique et de santé (Eds) continue de 2017 a également souligné que «28% des femmes en union âgés entre 15-49 ans ont recours à une méthode contraceptive. Les 26% utilisent la méthode moderne et 2% celle traditionnelle. Une étude comparative des résultats des enquêtes précédentes montre que la prévalence contraceptive moderne parmi les femmes en union continue d’augmenter». De 16% en 2012-2013, la prévalence est passée à 21% en 2015 pour atteindre 26% en 2017.

Selon les résultats de l’étude, les méthodes modernes les plus utilisées par les femmes en union sont les injectables (10%) et les implants (8%). «La prévalence de la contraception moderne a augmenté de manière continue pendant les dernières années, passant de 16% en 2012-2013 à 26% en 2017. Cependant, 22% des femmes (de 15-49 ans en union) ont des besoins non satisfaits en matière de planification familiale, dont 16% pour espacer les naissances et 6% pour les limiter. Par contre, 28% des femmes en union se disent satisfaites», fait savoir le document de plus de 600 pages. «Plus de la moitié des femmes n’utilisant pas de contraception au moment de l’enquête (58%) n’ont manifesté aucune intention d’en faire usage dans le futur. A l’opposé, 33% ont l’intention d’en utiliser une ultérieurement», lit-on plus loin. Les méthodes modernes de contraception comprennent la stérilisation masculine et féminine, les injectables, le dispositif intra-utérin (Diu), les pilules contraceptives, les implants, le condom masculin et le condom féminin, la méthode des jours fixes (Mjf), la méthode de l’Allaitement maternel et de l’Aménorrhée (Mama) et la pilule du lendemain.

L’enquête a indiqué par ailleurs une légère diminution de la prévalence du Vih parmi les femmes et les hommes de 15-49 ans. «Au Sénégal, 0,5% des femmes et 0,4% des hommes de 15-49 ans sont positifs au VIH. Chez les hommes de 15-59 ans, la prévalence monte à 0,5%. Dans l’ensemble, la prévalence du Vih parmi les femmes et les hommes de 15-49 ans, a diminué passant de 0,7% en 2010 à 0,5%, en 2017», indique l’étude faite sur un total de 8 mille 800 ménages, dont 4 092 en milieu urbain et 4 708 en milieu rural.

AIDA COUMBA DIOP

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