Reconstitution des faits : Les larmes du présumé meurtrier de Bineta Camara

Société

IGFM – Les autorités judiciaires de Tamba ont procédé hier, à la traditionnelle reconstitution du meurtre de Bineta Camara, avec comme acteur principal, le meurtrier présumé, Pape Alioune Fall, au domicile de la victime, sis au quartier Liberté. Un exercice éprouvant pour Fall qui va craquer et fondre en larme.  

Le film de l’effroyable meurtre de Bineta Camara tuée le 18 mai dernier, à son domicile à Tamba, a été rejoué hier, dans la soirée, sous haute surveillance policière. Il faut d’emblée relever que c’est dans une atmosphère glaciale et poignante, que l’éprouvant exercice a été mené au domicile du patron de l’Adl, au quartier Liberté de Tamba, à proximité du Lycée Mame Cheikh Mbaye. Pour refaire le film de ce crime qui a indigné plus d’un, en son temps, qui mieux que l’auteur présumé des faits, Pape Alioune Fall, dans le rôle de l’acteur principal.

En détention depuis qu’il a été démasqué par l’enquête de police, Fall a été extrait de sa cellule pour sacrifier à cette reconstitution, sous la supervision d’un dispositif d’éléments du Gmi. Alliant la parole au gestuel, ce menuisier de 30 ans, domicilié à Saré Guilél, a expliqué et démontré dans les moindres détails, les circonstances du drame, durant un tour d’horloge (19 à 20 heures).

Pour des raisons de sécurité, des policiers en civil, ont été lâchés dans la foule, prompte à annihiler toute prétention de s’attaquer à l’intégrité physique du mis en cause qui ne jouit pas d’une bonne cote de popularité dans le coin. Pendant ce temps, leurs collègues enquêteurs griffonnaient fidèlement dans leurs petites notes les allégations et démonstrations de leur homme. Dans le même ordre, les crépitements des appareils photos immortalisaient les différentes étapes de la reconstitution.

Le temps forts du crime, tel que décrit par Pape Alioune Fall

Guidant les enquêteurs sur la scène du crime et expliquant à chaque étape, les actes qu’il a posés et la réaction de sa victime, Pape Alioune Fall s’est voulu loquace et explicite. «J’ai joint au téléphone Bineta Camara le jour des faits, le samedi 18 mai, vers 19 heures. L’appel a duré 7 secondes, puis je me suis rendu à son domicile, où elle se trouvait. Une fois devant le portail de la maison, j’ai hélé Bineta, lui demandant d’ouvrir la porte. Je précise qu’auparavant, j’avais pris le soin de joindre au téléphone le vigile, Malick Diop alias «Ako», histoire de le situer et de m’assurer qu’il n’était pas chez Bineta.

Au bout du fil, il m’a dit qu’il se trouvait à son domicile, sacrifiant à la rupture du jeûne. Bineta s’est empressée d’ouvrir la porte et je me suis chargé de refermer à double tour. C’est alors que nous empruntions le couloir qui mène à l’appartement que je l’ai interpellée, lui indiquant que son père ne se soucie pas de mon avenir. Que malgré toutes ces années passées à ses côtés, il n’a rien fait pour moi, contrairement à certains à qui il a trouvé des contrats de travail. Dans la foulée, elle m’a répondu sèchement, me crachant à la figure que la politique ne l’intéresse pas et que je n’avais qu’à exposer ma requête à son père.

Irrité par cette réponse, j’ai arraché son foulard et me suis rué sur elle pour l’étrangler. Elle a riposté et m’a asséné une gifle. Nous nous sommes battus dans la chambre de ses parents. Là, je lui ai asséné un violent coup à la tempe. Bineta s’est défendue de toutes ses forces. J’avoue que j’avais l’intention de coucher avec elle, mais elle m’a opposé une farouche résistance. C’est lorsqu’elle a lourdement chuté sur les carreaux et cassé l’écran-plat de la télévision que j’ai pris peur et lâché prise. Puis, j’ai réalisé qu’elle n’allait pas bien et que visiblement, elle agonisait.»

Il observe une pause, exprime un profond remord, craque et fond en larmes, alors qu’il avait fait montre jusqu’ici d’une sérénité déconcertante. Il avait désespérément plongé dans ses vieux démons. Tête basse, Pape A. Fall se garde de croiser le regard de ses vis-à-vis, Il fixe le sol et pleure comme une madeleine. Au bout de quelques minutes, il se reprend, mais perd le fil de ses idées, au point d’être constamment recadré par les enquêteurs.

La cavale après le crime

 «L’instant d’après, j’ai entendu un bruit provenant du portail. J’ai quitté aussitôt la chambre pour me cacher derrière le bâtiment. C’est de là, que j’ai pris une échelle et escaladé le mur. Après 500 mètres de course, j’ai éteint le téléphone portable de Bineta que j’avais par devers moi, que j’ai ensuite dissimulé sous mon matelas. Puis, je suis ressorti de chez moi pour rendre visite à un ami», confesse Pape Alioune Fall au cours de la reconstitution. «À l’ébruitement de la mort de Bineta Camara, affirme-t-il, je me suis présenté à la maison mortuaire. Là, pour brouiller les pistes, j’ai simulé un profond chagrin, en proférant de grossières insanités à l’endroit du meurtrier. Mieux, j’ai effectué des posts sur les réseaux sociaux, décriant ce crime. J’ai été démasqué le lundi suivant, vers 15 heures, par la police qui, au cours d’une perquisition chez moi, à découvert le téléphone de Bineta sous mon matelas, le caleçon maculé de sperme que je portais ce jour», avoue Pape Alioune Fall, qui dira regretter amèrement ce qui s’est passé. Après une heure de «tournage», la reconstitution du crime a pris fin vers 20 heures.

Le 18 mai dernier, les habitants du quartier Liberté de Tamba apprenaient avec stupéfaction, le meurtre de Bineta Camara 23 ans, tuée, selon les conclusions de l’autopsie, par strangulation. Son bourreau présumé, Pape Alioune Fall, est un proche de la famille et fidèle compagnon du père éploré. La thèse du viol avait été avancée, avant d’être relativisée en tentative de viol. Aux premières heures de l’enquête, les limiers avaient mis le grappin sur un premier suspect, le vigile Malick Diop alias «Ako». La poursuite des investigations ponctuées par l’intervention des limiers de la police technique et scientifique, avait permis d’imputer (preuves et éléments circonstanciés à l’appui), ce crime à Pape Alioune Fall.

Pape Ousseynou DIALLO

 

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