Tous les musulmans seront coupables…

Chronique

IGFM – En l’occurrence, le mal n’est ni dans le martyre des victimes ni dans la perfidie des bourreaux. Mais dans la coupable passivité de tous ceux qui assistent à cette tragédie, sans s’en indigner systématiquement, jusqu’à l’hystérie. En effet, coupables du délit d’être des musulmans, les Rohingyas sont littéralement persécutés, méticuleusement massacrés. Etrangers et interdits de séjour sur leur propre terre de Birmanie, ils sont contraints à l’exil sur une terre voisine encore plus inhospitalière. Abandonnés comme des bêtes immondes au milieu d’une forêt bangladaise que la communauté internationale nomme de façon très humanitaire «camp de réfugiés…». Un million de personnes dont la moitié est constituée d’enfants en âge scolaire. Mais à qui on interdit jusqu’à l’apprentissage de la langue locale (le bengali).

Pour éviter tout contact avec ces pestiférés, toute possibilité d’intégration à ces humains qu’on accueille et traite de façon si bestiale. Mais le plus révoltant, c’est que d’un point de vue plus global, c’est cette chose que l’on nomme, en toute bonne conscience, communauté internationale, qui a jugé, condamné et appliqué sans appel, la peine capitale à ces croyants coupables d’un délit de croyance. Si bien que depuis des années qu’ils les endurent, leurs souffrances interminables n’émeuvent plus personne. De temps à autre seulement, quelques chaînes de télévision (France 24, récemment) s’aventurent sur les terres interdites où ils sont parqués. Pour des reportages exclusifs, dans une perspective purement commerciale et concurrentielle par rapport aux autres confrères. Dans tous les cas, même si on n’élimine pas le crime en éliminant le criminel, la criminalité est un mal à combattre systématiquement, à éradiquer définitivement. Mais le mal absolu consiste à créer les conditions de possibilité d’une telle tragédie. Or, aujourd’hui à l’échelle planétaire, l’un des crimes les plus atroces et les plus abominables, c’est le sort réservé à ces Birmans qu’une loi birmane a rendu apatrides depuis 1982.

Ces musulmans qui depuis lors, souffrent quotidiennement le martyre pour cause de foi religieuse. Et qui sont totalement oubliés de leurs frères en religion du monde entier. Confortablement oublieux de leurs devoirs de solidarité et d’assistance vis à vis de ces membres à part entière de la Ummah islamique. Aujourd’hui, hélas, à la remorque de l’indolente et poussive communauté internationale, tous les musulmans s’accommodent de cet intolérable «statu quo et jouent le rôle de feu rouge à la loupe des autres institutions (internationales), au lieu d’être le phare qui guide les hommes vers les sommets les plus élevés de la justice.» Ce sont plutôt des discours sporadiques qui se font entendre çà et là, par intermittence, comme les soudains surgissements inconscients d’une mauvaise conscience collective qui cherche à se muer en acquit de conscience. Alors qu’il aurait suffi d’une petite dose de ce que Socrate appelle les «tensions positives», c’est-à-dire ces conflits porteurs de positivité sans lesquels aucun progrès n’est possible.

Des actions directes sous forme de pressions positives et non violentes, exercées de façon constante par toute la communauté des humains sur les responsables birmans. Et qui les conduiraient inéluctablement à comprendre que la Birmanie est la terre de tous les Birmans. En attendant, les Rohingyas doivent s’armer d’endurance. Savoir que la vérité et la justice, même vaincues, provisoirement, demeurent toujours plus fortes que le mensonge et le mal triomphants. En attendant, aussi longtemps que cette plaie hideuse sera une gangrène au cœur du monde musulman… Et que comme une irrésistible métastase elle infectera tout l’organisme de l’humanité… Alors, bien plus que tout le reste du monde, les musulmans du monde entier seront totalement coupables. Coupables du délit de non assistance à une population musulmane en danger d’extermination.

Fallou Mbacké Diallo

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