Aboubacar Sadikh Badji alias Boubacar Deumbaw : One-man “clown”

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IGFM – Bouba Deumbaw, c’est le nom d’artiste du nouveau phénomène de la toile. Aboubacar Sadikh Badji à l’état civil, s’est imposé avec un style bien à lui. Des répliques débitées avec un accent anglicisé, difficiles à décoder…

Aboubacar Sadikh Badji est son vrai nom, Bouba Deumbaw, son nom de scène. Sur Youtube, Instagram ou encore Facebook, il explose les vues et les like. En peu de temps, il a ébloui les adeptes de la clownerie sur les réseaux sociaux. Avec ses vidéos et déguisements à mourir de rire, il est en train de faire son trou dans le cercle comique de la toile…

Les réseaux sociaux, la tribune

A l’unité 22 des Parcelles Assainies où le jeune-homme crèche, pas besoin d’user ses souliers pour trouver sa demeure. Ici, il est part la star du coin. Tout le monde connait le boute en train de 25 ans, aîné d’une fratrie de plusieurs enfants. Son père, personne à mobilité réduite, sa mère, femme au foyer qui entretient un petit commerce, sont ceux qui le motivent à jouer au bouffon et gagner quelques petits billets. Depuis son plus jeune âge, il a développé une passion sans commune mesure pour le stand-up. Il aimait par-dessus tout faire rire son monde. Partout où il passe, il laisse des traces. Comme un don, il sait faire bouger les foules. En plus d’exercer avec habileté son art, il y a une originalité dans ses représentations, filmées et diffusées sur le Net. Entre ses répliques débitées avec un accent anglicisé, ses mimiques loufoques et ses déguisements bizarres, Bouba Deumbaw n’a pas tardé à se faire un nom. «Je fais de la comédie depuis tout petit. C’est pourquoi tout est naturel dans ce que je fais. Au début, c’était juste un jeu et mes amis me prenaient pour un fou. J’aime faire rire les gens. Je suis toujours comme ça. Depuis tout petit, je reprenais les chansons de Rihana ou de certains artistes américains, avec mon propre anglais. Et c’est ce qui fait mon fort. En m’écoutant, on a l’impression que je parle anglais, alors que mes mots ne veulent rien dire», souligne-t-il entre deux éclats de rires.

«Un anglais déformé, son style»

Tout est parti d’une vidéo où il traduisait des mots «wolofs» en anglais. Difficile d’en déchiffrer le sens. En réalité, il n’y en a pas et c’est ce qui fait son charme. La particularité de Bouba Deumbaw est sa manière singulière de s’habiller, mais aussi ses techniques d’expression, originales. Un anglais déformé, incompréhensible, qui convoque pléthore de néologismes, avec une prononciation spéciale. Un langage qui n’est pas facile à décoder. Bouba s’est créé son jargon. Un langage qui illustre son amour pour la langue anglaise. Il déforme les mots de la langue wolof pour en faire un anglais à lui. «Je ne suis jamais allé aux États-Unis ni en Angleterre mais j’aime parler l’anglais. J’ai utilisé ce langage pour créer le surnom «Bouba Deumbaw». Si vous voyez bien, «Deumbaw», ça ressemble à un mot anglais. C’est ce qui est nouveau dans mon art», explique-t-il. Une nouveauté qui fait que sa chaîne YouTube enregistre déjà plus 18 000 abonnés et sa dernière vidéo a atteint 99 000 vues en deux jours de mise en ligne. Sur Tik-Tok, les jeunes s’en inspirent pour faire des prestations. Bouba semble être le phénomène du moment. Avec ses 35000 followers, le jeune présente de véritables vidéos de comédie, avec des déguisements et des maquillages encore plus drôles que les mises en scène elles-mêmes. A travers les réseaux sociaux, qui lui servent de tribune, Bouba va gagner du terrain avec d’autres vidéos tout aussi hilarantes. Celle dans laquelle il explique sa manière de célébrer Halloween, a fait le tour du Web. Une autre le met en scène à Rebeuss sur un tas d’ordures, dans un accoutrement singulier. Un large pantalon maintenu à la taille par des pinces à linge, le visage grimé comme un clown, il n’a laissé personne de marbre. «Un jour, j’ai demandé à mon ami, Wilson, de me filmer avec son portable pour qu’on fasse une vidéo comique. Il m’avait demandé pourquoi faire et je lui ai demandé de me donner juste des mots en wolof que je devais traduire en anglais. Quand il m’a demandé comment on dit «deume» (mangeur d’âmes), je lui ai répondu «deumbaw», ainsi de suite. On a publié cette vidéo, qui a fait le buzz. Des gens l’ont partagé sur WhatsApp, Facebook et Instagram. C’est cette vidéo qui m’a véritablement lancé», se souvient-il.

Comédien-chanteur

De l’ambition, il en a justement à revendre. Avec sa petite taille, l’homme est dans une dynamique de révolutionner la comédie sénégalaise. Il veut bouleverser les standards. Il s’essaie même à la chanson. Son premier single, qui est sur le marché depuis le mois de décembre, a d’ailleurs séduit Waly Seck. Celui-ci l’a invité à son dernier concert au Grand Théâtre. Toute production musicale nécessite une bonne préparation. Il faut au moins un sujet et un texte. Des règles que Bouba ne trouve pas nécessaire. «Je ne fais jamais de textes pour produire un son. Les choses viennent naturellement. Je ne me prépare jamais pour ça. Une fois au studio ou devant la caméra, j’ouvre juste la bouche et ça vient. C’est ce qui étonne mon staff», se glorifie-t-il. Avant de poursuivre : «Un jour, on a voulu faire une vidéo et mon manager, Wilson, m’a demandé ce qu’on devait faire. Et je lui ai dit de me proposer juste un beat et de me filmer. Ça se passe toujours comme ça, parce que je n’ai pas de thèmes précis. N’empêche, à chaque fois, on réussit à faire du bruit.»

«Je vais organiser des spectacles et produire une série»

Avec ses bouffonneries, Bouba Deumbaw veut aller encore plus loin. Il n’en fait pas une simple distraction. Il travaille avec son staff pour organiser de grands spectacles. «Je travaille avec une maison de production et j’ai beaucoup de projets en tête. J’ai au moins 5 vidéos qui doivent sortir dans quelques jours. Dans 4 ou 5 mois, je vais organiser un spectacle dans une grande salle de la place. Je dois faire des prestations à Kolda, Ziguinchor et dans des écoles. Toutes mes prestations sont payantes», annonce le «kana» de la comédie sénégalaise. Alors qu’il n’a jamais imaginé un tel succès, Bouba est maintenant très sollicité par les Sénégalais, séduits par son art. Il anime des mariages, des baptêmes, des anniversaires et compte produire une série, qu’il va proposer aux télévisions. «Je n’ai jamais pensé que ce jeu allait me donner un tel succès. Maintenant je fais plaisir à beaucoup de Sénégalais. Chaque jour, ma mère m’appelle pour me dire qu’il y a des fans qui me cherchent à la maison. Des gens viennent tous les jours chez moi juste pour prendre des selfies. La comédie a changé ma vie», se réjouit-il.

Livreur et businessman

Derrière son côté burlesque, se cache un passionné de foot. C’est à l’âge de six ans que Bouba Deumbaw a commencé à jouer au foot. Le ballon rond fait partie de sa vie. Après le Brevet de fin d’études moyennes (Bfem), le comédien a effectué un test à Dakar Sacré Cœur. Il s’en sort avec succès. De Dakar Sacré Cœur, le comédien est passé par l’Iseg, avant de déposer ses valises au centre de formation Bara Kébé, où il évolue actuellement dans la catégorie junior. Il espère devenir professionnel, tout en continuant ses prestations. Il faut aussi noter que Bouba Deumbaw est un livreur, un businessman, un vendeur de chaussures et de vêtements. Malgré tout, le jeune comédien n’échappe pas aux diatribes de certains  Sénégalais. Selon lui, certains le prennent pour un fou et n’hésitent pas à le tourner en dérision. «Sur les réseaux sociaux, des gens me demandent de cesser cette folie et d’aller travailler. Au Sénégal, on juge une personne sans la connaître. A un moment donné, j’ai voulu abandonner, mais c’est mon manager, Wilson, qui m’a poussé à continuer. Que les gens comprennent qu’avant cette activité, je gagnais bien ma vie. Je suis un livreur et je gère aussi mon propre business», a-t-il précisé. Sacré Bouba !

ABLAYE GADIAGA SARR