Afghanistan: les talibans prennent Kaboul, les Occidentaux sous pression

lundi 16 août 2021 • 1075 lectures • 0 commentaires

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 Afghanistan: les talibans prennent Kaboul, les Occidentaux sous pression

iGFM - (Dakar) Les talibans sont entrés dimanche 15 août dans Kaboul, après une campagne militaire d'une rapidité stupéfiante. Ils se sont emparés du palais présidentiel. Le président afghan, Ashraf Ghani, a quitté le pays. Les diplomates et les autres ressortissants étrangers étaient évacués à la hâte dimanche de Kaboul.

Le président français suit heure par heure la dégradation de la situation en Afghanistan. Emmanuel Macron présidera lundi un Conseil de défense et le président s'exprimera lundi soir à 20h, indique l’Élysée.

La présidence française a indiqué que la priorité immédiate et absolue dans les prochaines heures était la sécurité des Français qui étaient sur place, et qui ont été appelés à quitter l’Afghanistan, ainsi que des personnels Français et Afghans. L'objectif est de maintenir également des capacités de protéger les Afghans qui ont travaillé pour l’armée française, ainsi que des journalistes, des militants de droits de l’homme, des artistes et des personnalités afghanes particulièrement menacées.

« Face à la dégradation extrêmement rapide de la situation sécuritaire en Afghanistan, les autorités françaises ont décidé de relocaliser leur ambassade sur le site de l’aéroport de Kaboul, qui reste donc en fonction et active pour procéder notamment à l’évacuation de l’ensemble de nos compatriotes qui se trouveraient encore dans le pays. L’ambassade et le centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères sont en contact avec les Français qui se sont signalés. Ces opérations d’évacuation méthodique de nos ressortissants sont en cours depuis des semaines et un vol spécial avait été affrété dès le 16 juillet dernier spécifiquement, à la suite de nombreux appels du ministère à nos ressortissants à quitter le pays », précise le ministère français des Affaires étrangères dans un communiqué.

La France déploie à partir de demain un gros porteur de transport militaire, un A400M, pour évacuer ses ressortissants encore présents à Kaboul. Il partira lundi matin 6h TU d'Orléans en direction de la base militaire française d'Abou Dhabi d'où plusieurs rotations sont programmées avec Kaboul afin d'exfiltrer un total d'environ 200 personnes, rapporte Vincent Souriau, notre envoyé spécial à Dubaï.

Le ministre français des Affaires étrangères, a indiqué s'être entretenu dimanche soir par téléphone avec son homologue américain, le secrétaire d'Etat Antony Blinken, pour évoquer la « situation dramatique » dans la capitale afghane Kaboul.

« Pleine mobilisation pour permettre l'évacuation sûre et rapide de tous nos ressortissants et des personnes de la société civile afghane menacées pour leur engagement », a ajouté sur Twitter le chef de la diplomatie française.

L'Allemagne va entamer dimanche soir l'évacuation des membres du personnel de son ambassade à Kaboul, actuellement présents à l'aéroport, a annoncé le ministre des Affaires étrangères. « Une partie d'entre eux vont décoller de Kaboul plus tard dans la journée », a dit Heiko Maas, au cours d'une conférence de presse à Berlin.

Par ailleurs, des « avions de la Bundeswehr (l'armée allemande) partiront ce soir d'Allemagne, pour aider à l'évacuation dans les prochains jours », a-t-il ajouté. Les évacuations se feront « d'abord de Kaboul vers un pays voisin », avant « un transfert ultérieur vers l'Allemagne », a indiqué M.Maas

Du côté britannique, face à l’avancée rapide et inexorable des talibans, le Premier ministre Boris Johnson a convoqué dimanche une nouvelle réunion gouvernementale de crise et va réunir mercredi le Parlement, actuellement suspendu pour les vacances d'été. Les Britanniques ont envoyé un renfort de 600 hommes pour aider l’évacuation de leurs ressortissants.

La « priorité » de Londres, a expliqué le Premier ministre Boris Johnson après la réunon de crise, est de « remplir ses obligations vis-à-vis des ressortissants britanniques en Afghanistan et de tous ceux qui ont contribué aux efforts britanniques en Afghanistan depuis 20 ans ».

« La situation reste très difficile et clairement, il y aura très prochainement un nouveau gouvernement à Kaboul », a-t-il constaté, sur les télévisions britanniques. « Ce que le Royaume-Uni va faire, c'est de travailler avec nos partenaires au Conseil de sécurité de l'ONU pour faire passer le message que nous voulons que personne ne reconnaisse les talibans de manière unilatérale. Nous voulons une position commune [...] afin de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter que l'Afghanistan ne redevienne un terreau pour le terrorisme ». À l'issue d'une première réunion de crise vendredi, Boris Johnson avait exclu en l'état une intervention militaire, expliquant que Londres comptait « faire pression » par la voie diplomatique.

Le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab a jugé sur Twitter « critique que la communauté internationale se montre unie pour dire aux talibans que la violence doit cesser et les droits humais doivent être protégés », semblant repousser les appels à l'action immédiate.

Face à la dégradation de la situation, le président de la commission parlementaire à la Défense Tobias Ellwood a appelé le Premier ministre à « réfléchir à deux fois » et intervenir : « Nous pouvons renverser la situation, mais cela demande du courage [...]. Ce n'est pas parce que les Américains ne le font pas que nous devons rester liés à ce jugement, surtout quand ils ont tort ». « Nous devons éviter cela, sinon l'histoire nous jugera très durement »,  a-t-il ajouté sur Times Radio.

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a rejeté sur CNN dimanche 15 août toute comparaison entre la situation à Kaboul et la chute de Saïgon au Vietnam en 1975, réaffirmant que les États-Unis avaient « atteint les objectifs » de la guerre en Afghanistan. « Nous sommes allés en Afghanistan il y a 20 ans avec une mission et cette mission était de régler le compte de ceux qui nous ont attaqués le 11-Septembre. Nous avons accompli cette mission. » Quant au personnel de l'ambassade américaine à Kaboul, il a été transféré en urgence vers l'aéroport de la capitale afghane, où ont été dépêchés des milliers de soldats américains.

L'Albanie s'est dite prête dimanche à accueillir des centaines de réfugiés afghans, dont des femmes dirigeantes, des fonctionnaires et d'autres personnes menacées par les talibans, alors que les insurgés islamistes sont aux portes de Kaboul.

« L'Albanie, membre de l'Otan est prête à assumer sa part du fardeau », a déclaré le Premier ministre albanais Edi Rama dans une réaction publiée dimanche sur sa page Facebook. Edi Rama a confirmé que « Washington a déjà demandé à l'Albanie d'examiner la possibilité de servir de pays de transit pour un certain nombre d'immigrants politiques afghans dont la destination finale serait les États-Unis ».

Mais, bien avant la demande des autorités américaines, M. Rama a affirmé que l'Albanie avait reçu des appels de la part d'autres organisations internationales pour « l'hébergement temporaire en Albanie des centaines de personnes des milieux intellectuels et des femmes militantes afghanes figurant sur les listes d'exécution des talibans ».

L'Otan a estimé dimanche qu'il était « plus urgent que jamais » de trouver une solution politique au conflit en Afghanistan. C’est ce qu’a déclaré un responsable de l'Otan à l'AFP. « L'Otan suit constamment l'évolution de la situation en Afghanistan », a assuré ce même responsable. « Nous aidons au maintien du fonctionnement de l'aéroport de Kaboul afin de permettre à l'Afghanistan de rester connecté au reste du monde. Nous maintenons également notre présence diplomatique à Kaboul. La sécurité de notre personnel est notre priorité absolue et nous nous adaptons aux évolutions », a-t-il aussi indiqué.

L'Union européenne a indiqué dimanche que l'arrivée des talibans à Kaboul avait « rendu encore plus urgente la protection » contre de possibles représailles de son personnel afghan, qu'elle essaye de mettre en sécurité. « La situation est très urgente, nous la prenons très au sérieux et continuons de travailler ensemble, avec les Etats membres de l'Union européenne, à la mise en place de solutions rapides pour eux (le personnel afghan) et pour leur sécurité. Nous sommes en contact étroit [...] avec les Etats membres pour maximiser les possibilités, pour nos employés locaux et leurs personnes à charge, de déménager dans un endroit sûr », a déclaré un porte-parole de l'UE.

La Russie ne prévoit pas d'évacuer son ambassade à Kaboul, alors que les combattants talibans sont aux portes de la capitale afghane, a indiqué dimanche un haut responsable russe.« Aucune évacuation n'est prévue », a déclaré Zamir Kaboulov, l'émissaire du Kremlin pour l’Afghanistan cité par l'agence Interfax, soulignant être « en contact direct » avec l'ambassadeur russe à Kaboul dont les collaborateurs continuaient à travailler dans « le calme » à l'ambassade.

La Russie fait partie des pays ayant reçu des garanties de la part des talibans quant à la sécurité de leurs ambassades, a encore expliqué M. Kaboulov. « Nous avons reçu ces garanties il y a déjà un certain temps.  La Russie n’a pas été la seule à les avoir reçues », a-t-il précisé, cité par l'agence Ria Novosti. M. Kaboulov a également affirmé que la Russie était prête à travailler avec un « gouvernement de transition » en Afghanistan, mais qu'elle « ne reconnaissait pas » pour l'instant les talibans comme autorités légitimes.

Le porte-parole de l'ambassade russe à Kaboul, Nikita Ichtchenko, a de son côté déclaré à la télévision russe que la situation dans la capitale afghane était « tendue », mais sans combats. « De ce que nous savons, les parties afghanes mènent des contacts politiques. L'ambassade n'est pas menacée et une évacuation n'est pas nécessaire », a-t-il dit.

En revanche, Moscou dit œuvrer pour réunir le Conseil de sécurité de l’ONU. Compte tenu de sa proximité immédiate avec les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale, Moscou redoute surtout que des terroristes profitent du chaos ambiant pour s’y infiltrer et gagner ensuite la Russie, rappelle notre correspondant à Moscou, Jean-Didier Revoin.

Mais pour l’instant, on ne sait pas ce que cette réunion pourrait apporter tant l’avancée des talibans est inexorable et difficile à contenir.


RFI

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Publié par

Harouna Fall

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