«Aminata Mbengue a refusé 50 millions FCfa proposée pour quitter le Parti socialiste»

Société

IGFM – C’est une soirée pas comme les autres. Une belle nuit de rencontre entre L’Observateur et l’un des liens sociaux les plus solides du pays. Ce lundi 23 décembre 2019, veille de Noël, le communicateur traditionnel est confortablement affalé dans l’un des sofas du salon XXL de sa demeure à Ouagou Niayes II. Engoncé, comme à son habitude, dans un grand boubou marron-tabac, l’auteur de «Sa deug-deug» affiche la grande forme. Une belle occasion pour rembobiner le film de sa vie avec les différents Présidents qui se sont succédé à la du pays, dont l’actuel locataire du Palais, le chef de l’Etat Macky Sall, qui vient de le décorer de la médaille de commandeur de l’ordre national du Lion.  

Vous avez été décoré par le Président Macky Sall de la médaille de commandeur de l’ordre national du lion. Comment avez-vous accueilli cette plus haute distinction, n’est-ce pas une forme de reconnaissance ?

C’est un énorme plaisir pour moi d’avoir reçu cette haute distinction, un grand honneur d’être choisi parmi les 15 millions de Sénégalais. Parce que dans quelques années, dans les écoles primaires ou même supérieures, on va demander aux élèves s’ils connaissent El Hadji Mansour Mbaye ? Et les enfants répondront par l’affirmatif. Ils diront que El Hadji Mansour Mbaye a été décoré par le Président de l’espoir, le Président Macky Sall. Et quand on leur demandera pourquoi il a été décoré, les enfants diront que parce qu’il a eu un comportement exemplaire dans le pays. Que feu le Khalife général des Mourides, Serigne Sidy Makhtar Mbacké, a eu à lui témoigner qu’il n’a jamais prononcé de mauvaises paroles, qu’il dit toujours de bonnes choses, que c’est un rassembleur. C’est ce que le Président Macky Sall a reconnu et m’a décoré au Palais, en présence de mon épouse et de mes enfants. Je ne peux pas mesurer ma joie. Je l’ai dit au Président Macky Sall avant qu’il ne me remette la médaille. Je lui ai dit que j’ai connu le Président Senghor (il montre une photo de lui avec le défunt Président-poète), il a eu à faire beaucoup de biens parce que c’est l’agrégé en grammaire, il fût député à l’Assemblée nationale française avec le président Lamine Guèye en 1945, premier président de la République du Sénégal. Après, il y a le Président Abdou Diouf qui est mon parent, l’ancien gardien de la Constitution. Lui aussi, il a fait beaucoup de biens dans le pays. Ensuite, arrive le président de tous les Sénégalais, Me Abdoulaye Wade qui, à son tour, a fait beaucoup de bonnes choses. Tous ces trois présidents ont fait ce qu’ils pouvaient à travers tout le Sénégal, mais ils n’ont pas la chance que le Président Macky Sall a aujourd’hui, c’est-à-dire tomber sur le pétrole et le gaz. C’est une volonté divine. Il a gagné la Présidentielle du 26 février 2019 sans contestation, ni devant la Cour d’Appel ni devant la Cour suprême. Malgré cette large victoire, il a décidé de tendre la main à tous les Sénégalais, à tous les patriotes pour un dialogue national. Je lui ai fait ce rappel là avant de le remercier vivement pour cette médaille. J’avais décidé, après le départ du Président Abdou Diouf, mon parent, de ne plus appeler un président de la République du Sénégal : «Gardien de la Constitution». Mais, devant le président Lamine Diack, devant le Président Macky Sall, à Sorano, le Président Abdou Diouf m’a dit : «El Hadji Mansour, je vous demande de me prêter le sobriquet de Gardien de la Constitution que vous dites avoir pris chez Vincent Auriol, ancien président de la république française, lorsqu’il discutait avec le président Lamine Guèye qui était le maire de Dakar, le premier avocat noir. J’étais très content que vous m’appeliez par ce sobriquet que vous m’aviez donné lors de ma première tournée dans le Sine-Saloum en tant que président de la République. Mais, aujourd’hui, je vous emprunte ce sobriquet-là et vous demande solennellement de le donner au Président Macky Sall». C’est depuis ce jour-là que j’ai commencé à appeler le Président Macky Sall, «le Gardien de la Constitution». Mais, auparavant, je l’appelais : «le Président de l’espoir», Abdoulaye Wade était le «Président de tous les Sénégalais» et Abdou Diouf, «le Gardien de la Constitution».

D’où tirez-vous l’inspiration pour donner à chacun de ces présidents de la République un surnom ?

Rires. Ça me vient naturellement. Ce n’est pas quelque chose que je prépare. Pour le cas du Président Abdou Diouf, c’est quand Vincent Auriol, ancien président de la République française, est venu au Sénégal. Distant avec Lamine Guèye, il lui a dit : «Hier, on se tutoyait au bureau politique, au comité directeur du Parti socialiste en France avec les Guy Mollet, aujourd’hui, je suis-là devant vous, devant Vincent Auriol, président de la République, Gardien de la Constitution». Donc, j’ai pris ce surnom chez Lamine Guèye et l’ai donné au Président Abdou Diouf. On entendait parler de la Constitution, mais beaucoup ne savaient pas la signification de «Gardien de la Constitution». Abdou Diouf est mon parent, nos deux maisons familiales étaient côte-à-côte, nos familles se fréquentaient. Le jour du décès de ma mère à Tivaouane, Coumba Dème, la maman du Président Abdou Diouf, était au cœur des activités, disant qu’elle avait perdu une cousine. Donc, quand je l’ai surnommé le «Gardien de la Constitution», le Président Abdou Diouf était très content. Il l’avait dit à feu Tidiane Daly. Quand à Abdoulaye Wade, il est venu dans un contexte particulier. Il s’est beaucoup battu pour être président de la République. Et, quand il a eu la confiance des Sénégalais, et après avoir été félicité par le Président Diouf, les gens étaient sortis pour manifester leur joie, alors j’ai compris que des Sénégalais étaient contents de son élection, et c’est là que m’est arrivée l’inspiration de l’appeler «le Président de tous les Sénégalais». Pour Macky Sall, il y a eu des problèmes à l’Assemblée nationale lorsqu’il était président de cette institution. Il a clairement manifesté son opposition face au pouvoir d’alors et dont il était membre. Après, il a quitté, s’est présenté à l’élection présidentielle de 2012 face à Wade, Idrissa Seck, Tanor, Niasse, et a obtenu le résultat qu’il a eu. Et, lorsqu’il a été élu et je lui ai donné le surnom de «président de l’espoir» parce qu’il a suscité l’espoir.

On remarque que vous avez de bons rapports avec tous les présidents qui se sont succédé à la tête du Sénégal, comment avez-vous réussi cela, c’est quoi le secret ?

J’ai duré en politique. Je suis employé municipal de Dakar en 1948. Avec le Bloc africain, Lamine Guèye était le maire de Dakar. Mon homonyme, El Hadji Mansour Ibn Seydi El Hadji Malick Sy, père de l’actuel Khalife général des Tidianes, Serigne Babacar Sy Mansour, m’avait recommandé à Lamine Guèye qui était venu le voir en 1948. Lamine m’avait confié à Amadou Babacar Sarr Chopard qui était le secrétaire fédéral du Parti socialiste du Sénégal et de la Mauritanie. C’est lui qui m’a appris beaucoup de choses en politique. 

Est-ce arrivé, une fois, dans des moments de crise, que le Président Diouf, dont vous étiez le conseiller, vous consulte ?

Oui. Le Président Diouf est un serein. Il garde toujours son calme. Mais, quand il y avait des tensions dans le pays, il consultait généralement deux personnalités religieuses, Serigne Abdou Lahat Mbacké et Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh.

Comment avez-vous le départ de Diouf du pouvoir ?

Quand on a annoncé sa défaite, ce jour-là, je n’ai pas pris mon dîner, le lendemain non plus, je n’ai pris ni le petit-déjeuner ni le déjeuner. Parce que, je ne pensais pas qu’on allait perdre les élections. Toujours je voyais mon ami, feu Ousmane Tanor Dieng, ce grand homme d’Etat, conseiller technique du président de la République, Senghor, ministre d’Etat chargé des affaires présidentielles du Président Abdou Diouf, je le voyais et je n’ai jamais pensé que Me Abdoulaye Wade pouvait battre le Président Diouf. J’ai appris la nouvelle à la radio, j’étais chez moi. Mais, ce jour-là, je voulais plus habiter dans la maison. Quand il a pris fonction, le Président Wade m’a envoyé Pape Diop, ancien président de l’Assemblée nationale. Il m’avait demandé de venir discuter avec lui. Parce que, Adama Wade, père de Doudou Wade, était mon ami. Alors, je suis parti répondre à l’invitation du Président Abdoulaye Wade qui m’a dit : «J’espère que vous allez venir m’accompagner dans ma mission comme vous le faisiez avec le Président Diouf ?» J’ai répondu : «Mais, monsieur le Président, parmi les 12 millions de Sénégalais, vous n’avez personne d’autre à appeler à part Mansour Mbaye ? Je vous remercie pour cette marque d’affection et de considération. Je suis derrière vous pour tout ce qui concerne la République. Mais, laissez-moi continuer à militer au Parti socialiste.»

Quel est le jour le plus long de votre vie ?

Lorsqu’on a battu Lamine Guèye, le 17 juin 1951. Parce que c’est Lamine qui avait supprimé l’indigénat, les travaux forcés. Lamine était membre du comité directeur du Parti socialiste. Il a soutenu Senghor et l’a fait député des sujets français. Donc, quand on l’a battu aux élections, ça m’avait fait très mal. C’est la journée la plus longue de ma vie, je ne m’oublierai jamais. Lamine était mon ami. On partait ensemble se promener. En plus, je suis Saint-Louisien comme lui, il y a cette solidarité. Le 17 juin 1951, je ne peux pas oublier cette date. Lorsque Amadou Babacar Sarr Chopard, secrétaire fédéral du Parti socialiste, m’a demandé d’aller voir le président Lamine Guèye, ce jour-là c’était très dur pour moi.

Vous avez aussi de très bonnes relations avec les familles maraboutiques au Sénégal ?

Il y a quelques jours, j’étais un peu souffrant et lorsque Serigne Mountakha Mbacké, Khalife général des Mourides, l’a appris, il a envoyé Abdoulaye Mbaye Pekh et lui a remis une enveloppe d’un million FCfa pour mes frais d’ordonnance. Le Khalife lui a dit que, s’il plait au bon Dieu, El Hadji Mansour Mbaye sera guéri. Serigne Babacar Sy, Khalife général des Tidianes, venu présider un Gamou à Paris, a appelé l’ambassadeur pour dire qu’il avait un malade en France et qu’il fallait bien s’occuper de lui. Quand je pars à Kaolack, à Yoff et partout dans les foyers religieux, on me traite avec les mêmes honneurs. Ça, je l’ai hérité de mon père Amadou Mbaye Maodo, dont le nom était lié à Seydi El Hadji Malick Sy. Il était son porte-parole, en son temps, il n’y avait pas encore de radio. Pendant le Gamou, les fêtes de Korité, Tabaski et tout, c’est mon père qui jouait ce rôle pour Seydi El Hadji Malick. J’ai grandi dans cette atmosphère. Mon père entretenait des relations personnelles avec Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, avec Seydina Issa Laye, avec El Hadji Ibrahima Niasse. Donc, je suis les pas de mon défunt père. J’en profite pour remercier toutes les familles religieuses du Sénégal, sans exception. Je remercie particulièrement, Serigne Babacar Sy Mansour, actuel Khalife général des Tidianes, ainsi que Serigne Mountakha Mbacké et l’ensemble des chefs religieux du Sénégal. Par la même occasion, je remercie tous les hommes politiques du Sénégal, pouvoir comme opposition, ce sont tous mes amis. Je remercie particulièrement le Président Macky Sall et son épouse, Marème Faye Sall. J’ai connu Marthe, épouse du président Lamine Guèye, j’ai connu Colette Senghor, je connais Elisabeth Diouf, je connais aussi Viviane Wade. Cette dernière avait même dit à Babacar Diagne, ancien directeur général de la Rts, qu’elle souhaite que je l’accompagne dans ses tournées, donc, je la connais. Mais, aujourd’hui, nous avons au Palais une vraie sénégalaise, qui s’habille comme les dames sénégalaises, qui appuie tout le monde et qui s’appelle Marème Faye Sall. C’est une bonne sénégalaise que tout le monde apprécie. Lamine Guèye disait : «Les gars, montez, ce n’est pas difficile, ce qui est difficile, c’est monter et rester soi-même.»

Comment avez-vous vécu le décès de votre secrétaire général, Ousmane Tanor Dieng, pouvez-vous revenir sur ces moments ?

Oui ! Ousmane Tanor était un grand homme d’Etat. Quand il a senti que cela n’allait plus, et qu’il n’avait plus confiance, il  a écrit une note demandant qu’au troisième jour de son deuil, que ce soit moi qui préside la cérémonie. Il m’a fait honneur. Il ne partait jamais en tournée sans moi. Il me demandait toujours de l’accompagner. Un jour, je le taquinais en lui disant : «Ousmane Tanor, il y a un grand événement qui s’est passé quelque part au Sénégal, mais personne n’a des informations sur ça.» Et il me répond : «Mansour, les gens ne peuvent pas avoir des informations sur ça parce qu’il n’y a que moi, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade qui sommes au courant. Et aucun de nous ne le dira.» C’était ça l’homme Tanor Dieng, un homme d’Etat pur. Senghor le félicitait en disant : «Je suis content de mon conseiller diplomatique». Le vœu le plus cher du Président Abdou Diouf, c’était de se faire remplacer par Ousmane Tanor Dieng comme Président de la République.

Le Président Diouf vous l’avait dit ?

Rires. Il m’en a fait l’allusion.

Après le décès, Aminata Mbengue Ndiaye est portée à la tête du Ps, une première dans l’histoire de ce parti d’être dirigé par une femme

Elle le mérite. Aminata Mbengue Ndiaye, c’est ma sœur. C’est une femme loyale, fidèle. Une femme qui a refusé une enveloppe de 50 millions FCfa proposée pour quitter le Parti socialiste. On lui a remis beaucoup d’argent pour qu’elle quitte le Ps.

Qui le lui avait donné ?

Rires. Une personne lui avait proposé ça et elle avait refusé par fidélité à Tanor Dieng et au Parti socialiste. Depuis le départ du Président Diouf, elle est restée digne et loyale, toujours au côté de Ousmane Tanor Dieng. C’est une personne juste, intègre, elle n’est pas dans des combines.

Pensez-vous qu’elle peut relever le Ps ?

Elle a déjà commencé. La dernière rencontre qu’elle a convoquée, il y avait les gens de feu Djibo Leyti, ceux de Landing Savané etc. Aminata Mbengue veut rassembler tous ceux qui se réclament socialistes pour qu’ils reviennent dans le parti. Et elle est sur la bonne voie.

Quel avenir pour le Ps, pensez-vous à son retour au pouvoi?

Bien sûr. Lorsque le Président Macky Sall décidera de ne plus briguer la magistrature suprême, en ce moment-là, nous aurons notre propre candidat. Mais, présentement, nous sommes dans le Bennoo Bokk Yaakaar avec le Président Macky Sall qui a respecté tous ses engagements envers nous.

Vous dites avoir hérité de votre père, cette attitude d’unificateur, de rassembleur, est-ce que parmi vos enfants, il y en a qui peut vous remplacer, qui peut jouer ce rôle-là après vous ?

Bien sûr. J’ai un fils Imam d’une mosquée, il s’appelle Galaye, mon fils Amadou Babacar Sarr Cholard me ressemble, c’est un rassembleur. Il est attaché de Cabinet au ministère des Affaires étrangères. Cheikh Tidiane est le leader du mouvement «Sa deug deug (à dire vrai)», lui il doit me payer mes droits d’auteur. Parce que «Sa deug deug, ak sama yaram daw na (J’ai la chair de poule)», ça m’appartient. Un jour, feu Mamadou Diop (paix à son âme), venu présenter ses vœux au Président Abdou Diouf, il lui a dit : «Sama yaram dafa daw dakh ni mbolo mi mel». Et le Président Diouf lui a dit de me payer mes droits d’auteur.

Vous avez des enfants qui ont grandi aujourd’hui, avez-vous gardé la même complicité ?

Nous sommes un et indivis. Jusqu’à présent, nous partageons ensemble les repas. Je discute avec eux. Je leur rappelle toujours d’où ils viennent, quel doit être leur comportement vis-à-vis des gens. Parce que c’est un lourd fardeau d’être un fils de El Hadji Mansour Mbaye. Ils ne doivent pas oublier cela. Moi, je n’ai pas d’ennemi, tous les Sénégalais m’aiment et me respectent, donc mes descendants doivent savoir cela et avoir un comportement exemplaire.

Vous avez beaucoup de gendres, de beaux-fils, quels sont vos rapports ?

De très bonnes relations. Si c’est Pape Dieng, qui a épousé ma fille aînée, c’est un parent. Cheikh Mbacké Fall, aussi, c’est un parent. Abdoul Aziz qui a épousé la cadette, c’est mon neveu. Sa maman est ma sœur utérine. Farba Ngom, je l’ai connu quatre ou cinq ans, alors qu’il ne connaissait pas ma fille. Eux tous sont mes enfants, ils me vouent un grand respect.

 Aujourd’hui, vous êtes âgés, un peu souffrant, comment vivez-vous cette situation?

Je suis né à Saint-Louis donc je connais mon âge, mais Dieu merci je garde encore toutes mes facultés physiques et mentales. Je vis très bien cette situation. Parfois, je sors avec les enfants. S’il y a un événement aussi, j’y vais. A chaque fois que l’occasion et ma santé me le permettent, je sors pour aller répondre à une invitation.

C’est quoi votre quotidien ?

Le matin, après le petit-déjeuner, je regarde la télé. J’adore regarder les matchs. J’aime le foot.

Quelle est votre équipe et joueur préféré ?

Je suis un supporter du Real Madrid. J’ai beaucoup de joueurs, mais c’est Cristiano Ronaldo, mon préféré. Quand le Réal joue, personne n’a le droit de supporter l’équipe adverse chez moi. (Rires).

Et l’équipe nationale du Sénégal ?

C’est une belle équipe. Par l’intermédiaire de Mayacine Mar qui est mon beau-fils, son épouse est la sœur de ma défunte femme, j’ai parlé avec Sadio Mané au téléphone. Je l’ai encouragé et félicité. C’était avant la coupe d’Afrique des Nations (Can). Je lui ai dit de marquer pour notre équipe nationale, les buts qu’il était en train de marquer à Liverpool, son club.

Vous êtes aussi un amateur de la lutte

Effectivement, j’étais reporter de lutte. C’est Mbaye Guèye qui était mon lutteur préféré. Il était courageux. C’est le jour de son combat contre Double Less au stade Demba Diop, que j’ai prononcé pour la première fois, cette fameuse phrase : «Sama yaram daw na (J’ai la chair de poule)». Ce jour-là, le stade était plein à craquer. Cinq minutes après le coup de sifflet de l’arbitre, Mbaye Guèye se jette sur Double Less avec une prise. Mais, l’arbitre avait refusé la chute. C’est ce que Youssou a dit dans une chanson : «verdict bi lagnouy khar ba tey (on attend toujours le verdict)». C’est moi qui l’avais dit au micro et Youssou l’a repris dans une de ses chansons. Il y a aussi la victoire de Moustapha Guèye contre Alioune Diouf qui m’a beaucoup marqué. Il l’a terrassé trois fois. On était parti prendre Alioune Diouf à Paris qu’il vienne disputer ce combat. C’est l’actuel représentant du Khalife des Mourides à Dakar, Mbackiyou Faye qui avait organisé ce combat-là.

Un autre disparu, c’est Doudou Yaye Katy, que retenez-vous de l’homme ?

C’était mon neveu. Je connais bien sa famille. Il a hérité son talent de chanteur de son grand-père, Birahim Sangomar, mais aussi de Mame Marie Sène (grand-mère de Youssou Ndour) parce que c’est la même famille. Que son âme repose en paix.

SOPHIE BARRO