Au nom du football, de la politique et de la diplomatie  

in Chronique

IGFM-Est-il possible de créer un néologisme qui convienne au triptyque football politique et diplomatie. Pour contourner cette complexité, nous avons choisi à la hâte quelques exemples pour essayer d’établir quelques rapports.

Il s’agit de faits et gestes qui n’ont parfois aucun rapport avec le football et son environnement immédiat. L’aventure peut être risquée car mêler le football à la politique ou à la diplomatie peut irriter les férus du ballon rond qui n’ont d’yeux que pour la beauté de ce sport.

Pas de mélange des genres ou de disciplines et pourtant dans l’histoire de cette prestigieuse coupe du monde de football, on peut citer quelques événements allant du boycott à l’exclusion d’une équipe pour des soubresauts géopolitiques mondiaux.

Cette fois l’idée est de rester dans la chronologie des trente dernières années et surtout dans le haut niveau.

En Angleterre dans la Premier League, le fameux ruban de Pep Guardiola en signe de soutien à quatre indépendantistes catalans emprisonnés depuis la tenue de référendum pour la déclaration d’indépendance ce qui lui avait valu une mise en garde. Le geste de l’entraineur espagnol de Manchester City avait crée une vive polémique, la fédération Anglaise de football avait ouvert une procédure disciplinaire à cause du port de ce signe ‘’si j’ai enfreint les règles, j’accepte l’amende’’ avait déclaré le tacticien espagnol.

Un autre exemple et pas des moindres, les crises israélo-palestiniennes qui s’invitent à nouveaux à la place publique. C’était à l’occasion du match de préparation Israël–Argentine annulé sous la pression Palestinienne qui avait appelé Lionel Messi à ne pas y participer, craignant une récupération politique de l’Etat hébreu. Quelques heures avant la sortie du communiqué de la fédération argentine de football, des militants de palestinien  ont brandi un maillot à l’effigie de Messi, maculé de peinture rouge, une façon de demander au capitaine argentin de ne pas jouer le match.

Si en France aussi, le président Emmanuel Macron a promis aux joueurs de l’équipe de France d’être à leurs cotés pour assister à partir des quarts de final à toute les rencontre de la France, en Angleterre, Theresa May, la première ministre britannique, annonçait au mois de mars dernier qu’aucun membre de la famille royale et du gouvernement ne mettrait les pieds en Russie pour supporter la sélection anglaise. On parle du coup d’un boycott diplomatique décrété après qu’un ex espion russe et sa fille ont été empoisonnés par un agent neurotoxique sur le sol du Royaume-Uni, un acte que l’exécutif britannique attribue au pays hôte du mondial.

Sous nos tropiques, le chef de l’Etat du Sénégal annonce lui aussi la couleur, le président Macky Sall sera bel et bien de la partie. Dix jours de vacance en terre russe pour accompagner les lions dans cette campagne très attendue par les sénégalais. Le premier supporter des lions plonge déjà dans la compétition avec un cri de guerre, pas des moindres ‘’Dem ba jeex’’ comme pour dire, point de limites.

On peut évoquer aussi l’affaire Shojaeij et Hajsafi. Nous sommes en juillet 2017. Le club grec Paniónios dispute le troisième tour qualificatif de la Ligue Europa 2017-2018 contre le club israélien du Maccabi Tel-Aviv. Lors du match retour, le club grec aligne Masoud Shojaei et Ehsan Hajsafi – internationaux iraniens (Shojaei est alors le capitaine de l’équipe). Or, comme l’Iran ne reconnaît pas l’existence de l’État d’Israël, les deux joueurs sont peu après bannis à vie de participation à la sélection iranienne.

Nous avons encore en mémoire la très polémique participation de Roger Milla à  la coupe du monde de 1994 aux USA. Il était âgé de 40 ans. Il a fallu l’intervention des autorités camerounaises pour permettre au vieux attaquant d’intégrer à l’époque le groupe des lions indomptables. Une participation honorable de l’ancien capitaine de l’équipe nationale du Cameroun qui a réussit ce but historique face à la Colombie.

Le football roi est aussi un bon diplomate

Le football peut également servir de médiateur diplomatique, comme ce fut notamment le cas en 1998 lors de la Coupe du monde en France à l’occasion du match du groupe F, opposant l’équipe des États-Unis à celle d’Iran, match remporté 2-1 par l’Iran. Deux nations en froid depuis la révolution de 1979 et l’occupation de l’ambassade américaine de Téhéran. Cette année 1998 en France, le football avait réussi à faire tomber les murs de la défiance.

De même, en 2002, la Coupe du monde se tient conjointement en Corée du Sud et au Japon. Ne voulant pas trancher entre ces deux nations historiquement rivales, la FIFA a en effet décidé, contre toute logique sportive, de leur confier l’organisation de cette Coupe du monde afin de favoriser leur réconciliation.
En 2008-2009, l’Arménie et la Turquie ont accompagné leurs matches de sélection pour la Coupe du monde 2010 d’un rapprochement diplomatique. Cette « diplomatie du football » aboutit quatre jours avant le match retour en octobre 2009 à la signature d’un accord historique entre les deux pays.

2018 c’est la Russie qui invite sur ses terres le monde du football. Si ce pays veut relever le défi de l’organisation et de la participation, pour le président Poutine, la coupe du monde est l’occasion rêvée de promouvoir sa propre image et celle de la Russie, la richesse de son histoire et de sa géographie.

Mais alors, pourquoi le football est devenu l’enfant chéri des pouvoirs les plus forts ? Certains nous diront que parce qu’il véhicule des valeurs qui lui correspondent.

Ibou Diouf

 

 

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