«C’est un inconvénient de rester ministre pendant très longtemps»

Politique

IGFM – Fatou Binetou Taya Ndiaye a occupé le poste de ministre de la Solidarité nationale, dans le gouvernement de Cheikh Hadjibou Soumaré sous Wade. La dame de Kaolack dirige aujourd’hui «l’Association solidarité-Afrique». Jointe par téléphone lors des mini-profils de «L’Obs», dans la soirée du mardi 28 janvier 2020, pour en savoir plus sur la nouvelle vie des anciens ministres sous le règne du Président Abdoulaye Wade, triés sur le volet, celle qu’on surnommait la «Miss» du gouvernement pour sa «beauté» est sortie du bois. Mme Ndiaye dit tout sur son bref passage dans le gouvernement, ses relations avec d’anciens collègues, sa vie professionnelle actuelle, son avenir politique…

Vous aviez été ministre de la Solidarité nationale dans le gouvernement de Cheikh Hadjibou Soumaré sous Wade. Pouvez-vous revenir sur les grands moments qui vous ont marqué lors de votre passage au sein de ce gouvernement ?

J’ai été ministre de la Solidarité nationale de 2007 à 2008, puis ministre-conseiller auprès du président de la République de 2008 à la perte du pouvoir en 2012. La loi sur la parité (Loi n° 2010-11 du 28 mai 2010 instituant la parité absolue homme-femme au Sénégal dans toutes les institutions totalement ou partiellement électives) m’a beaucoup marquée. Parce qu’elle a été suivie d’effets. Outre, pour la première fois nous étions 12 femmes membres du gouvernement. C’était un record dans l’histoire du Sénégal. Il y a eu donc un grand effort qui a été fait par rapport à ça.

Est-ce que sous votre magistère en tant que ministre de la Solidarité nationale cette loi-là a été votée à l’Assemblée nationale ?

C’est quand je suis devenue ministre-conseiller auprès du président de la République que la loi sur la parité a été adoptée à l’Assemblée nationale. Seulement, j’y ai joué un grand rôle pour son adoption parce que j’ai porté le combat, avec d’autres camarades. J’étais dans le gouvernement avec beaucoup de collègues femmes. Même le Secrétaire général du gouvernement était une femme (Fatou Diagne qui avait remplacé Alioune Badara Cissé en 2007, Ndlr). C’était une première dans l’histoire du pays.

D’aucuns disent que vous avez fait un bref passage au ministère de la Solidarité nationale. Avez-vous été combattue ?

Je ne sais pas. J’étais occupée à faire le travail que le Président Abdoulaye Wade m’avait confié. Je n’avais même pas du temps pour la vie politique. J’étais plus technocrate que politique. Donc, je ne m’occupais pas du reste. La sodalité nationale et le développement social nécessitaient un travail de terrain. Avec mon équipe, on descendait tout le temps sur le terrain pour aider et assister les gens, en faisant surtout des dons. À l’époque, la demande était trop forte. J’ai fait huit mois au ministère de la Sodalité nationale. Pour moi, ce n’était pas un passage éphémère. Dans ce département, j’y ai réalisé pas mal d’actions qui ont marqué le Sénégal. Des gens en parlent jusqu’à présent. Nous avions beaucoup d’initiatives et avions proposé beaucoup de choses.

Quand vous aviez été limogée à l’époque du poste de ministre de la Solidarité nationale, est-ce qu’on vous avait donné les motifs de votre départ du gouvernement ?

Non. Le Président Wade voulait juste réduire le gouvernement. Me Wade est un démocrate. Il a peut-être eu quelques craintes parce que les gens disaient qu’il y avait trop de ministres dans le gouvernement. Et pour réduire la taille du gouvernement, Me Wade a regroupé plusieurs ministères, dont celui de la Femme et de la Solidarité nationale. C’était simplement pour cette raison que le ministère de la Solidarité nationale a été supprimé. J’ai fait mon travail dignement et correctement, je n’ai rien à me reprocher. J’ai été nommée ministre de la Solidarité nationale de 2007 à 2008, ensuite ministre-conseiller du Président Abdoulaye Wade jusqu’à la perte du pouvoir en 2012.

Aujourd’hui, gardez-vous toujours des relations avec les membres du gouvernement de l’époque ?

Bien sûr. Je garde d’étroites relations avec certains. Je ne citerai pas de noms. Mais sachez que je garde des relations amicales et humaines avec des membres du gouvernement de l’époque (sous Wade). Mais ces relations ne sont pas des relations politiques. Il arrive qu’on se rencontre lors d’événements au Sénégal, comme en cas de deuil. Quand on se croise, on discute et échange nos adresses. Parfois même, on échange nos numéros. Mais, on ne se rappelle même pas parce que personne n’a le temps. On n’a pas de fréquentations régulières, mais on a de bons rapports.

En tant qu’ancienne ministre, est-ce que votre reconversion en tant qu’actrice de développement a été facile ?

Au Sénégal, ce n’est pas toujours très facile de se reconvertir, après avoir été ministre. Parce que c’est un poste de très haut niveau. Mais si vous êtes une personne qui a toujours travaillé, ça peut être un peu moins compliqué. Je me suis dit que la vie ne s’arrête pas au poste de ministre parce qu’on ne peut pas être ministre toute sa vie. On l’est ou on ne l’est pas. Je ne cours pas pour être ministre tout le temps, comme le font certains. Je me suis lancée dans une association et j’essaye de trouver des partenaires, notamment des partenaires européens. Tout le temps, on essaye de trouver des solutions. Et quand il y a de petites actions à mener sur le terrain, on le fait. Donc, si on a des donateurs, on est preneurs.

Le problème de la reconversion serait-il causé par le regard de l’autre ?

Non, pas forcément. Au Sénégal, il y a beaucoup de ministres qui sont passés surtout sous le règne de Me Abdoulaye Wade. J’estime que le regard de l’autre n’est pas important. En tout cas moi, cela ne me gêne pas. Quand je vais dans beaucoup d’endroits, je suis à l’aise. Le regard de l’autre te gène quand tu es ministre et que tu changes tes habitudes. D’ailleurs, c’est un inconvénient de rester ministre pendant très longtemps. Avoir après une vie normale, c’est difficile. Moi, je n’ai jamais changé, je suis restée la même. Et je remercie le Tout Puissant pour cela.

Vous dirigez l’Association solidarité-Afrique. L’avez-vous montée avec des partenaires ?

J’ai monté l’Association solidarité-Afrique depuis Dakar. Après 2012, vu que je m’active dans le social, il me fallait une occupation et j’ai créé avec d’autres personnes cette association, dont le but est d’assister les familles démunies et les couches vulnérables, notamment les enfants et les femmes dans les pays en guerre. Puis, j’ai trouvé des partenaires et des donateurs.

Avez-vous pu intervenir dans certains pays en guerre, notamment en Afrique ?

Oui. On a pu intervenir au Mali et en Guinée. Au niveau du Sénégal, en particulier à Kaolack, on intervient surtout dans les mosquées et daaras et autres cérémonies. Quelquefois, les femmes me sollicitent. Mais comme il y a des ministères qui œuvrent dans le social au Sénégal, je leur rétorque que ce n’est pas mon travail. Je ne peux pas prendre la place des ministères. Sauf s’il y a des cas exceptionnels. Seulement si une personne est vraiment dans un cas critique, l’association lui apporte son aide.

Êtes-vous plutôt basée à Paris (France) qu’à Dakar ?

Je suis à Paris parce que mes enfants ont grandi et vivent jusqu’à présent dans cette ville. Je reste plus souvent à Paris. Mais, ma maison principale est à Dakar. J’ai aussi une maison à Touba et également une autre à Kaolack.

Vous tenez toujours vos bases militantes à Kaolack et Touba. Pensez-vous revenir en politique ?

Dans la vie, il ne faut jamais dire non parce qu’on ne sait jamais ce que la vie nous réserve. En tout cas, tout dépendra de ce qui va se présenter devant nous. J’ai des militants dans mes bases que je considère comme des membres de ma famille. Et j’ai des affinités avec eux. Ma personne m’intéresse, je prête une oreille attentive à mes bases politiques. Donc, tout dépendra de ce qui arrivera à l’avenir.

IBRAHIMA KANDE