Cheikh Bouh Kounta, le miracle de Ndiassane

Société

IGFM – Fondateur de Ndiassane et premier guide de la communauté Khadrya, qui dépend de cette cité religieux debout au cœur de la région de Thiès, Cheikh Bouh Mouhamadou Kounta est raconté par Abdourahmane Kounta, le porte-parole de l’actuel Khalife de Ndiassane. 

Il a la rhétorique froide des gens du Livre. La voix claire de ceux qui maîtrisent ce qu’ils racontent. Porte-voix de Ndiassane, Abdourahmane Kounta est un petit bout d’homme qui a poussé au cœur de la Khadrya. Un garçon qui a grandi avec les histoires de Mame Bouh Kounta plein la tête. Ce qui fait que quand l’homme parle du premier guide spirituel de Ndiassane, ses mots étreignent la prophétie. Le  premier miracle de Mame Bouh Kounta tient d’une histoire singulière. Une terrible sécheresse persistante sur toute la région de Thiès. «Mais Tivaouane avait un peu d’eau, parce qu’il y avait des puits, raconte Abdourahmane, la rustique voix de la Khadrya. Des gens de Ndiassane allaient s’y ravitailler et d’autres allaient à Pire ou à Keur Yoro Sadio. C’était très dur car nul ne peut vivre sans eau. Ensuite, les habitants de Ndiassane ont formé une délégation dirigée par Sokhna Lala Kounta, sœur de Mame Bouh, pour aller auprès du Cheikh lui demander de prier afin que cesse cette sécheresse. Arrivés sur place, sa sœur lui dit : «Le village a un problème d’eau. Il faut que tu le règles sinon je vais m’en charger.» Et le marabout lui répond : «J’ai entendu votre doléance.» Puis il entre en retraite spirituelle.

L’avènement de Siani, la source de vie

A sa sortie, il appelle la population pour l’entretenir de ce qui va se passer : «Ce soir, il y aura un bruit, mais n’ayez pas peur, car Dieu va exaucer mes vœux. En pleine nuit, il y a eu un grand bruit. Les gens ont eu peur», poursuit le successeur de Bachir Kounta. Mais après la prière de l’aube, Mame Bouh a encore fait appeler la population de Ndiassane : «Allez-y maintenant, Dieu nous a donné un point d’eau», révèle-t-il à la foule. Plus d’un siècle après, de «Siani» il ne reste que trois points d’eau. Ce ruisseau qui traversait jadis les villes de Ndiassane, Pire, Tivaouane, a longtemps été utilisée pour la riziculture, faisant de Ndiassane un village autosuffisant en riz. Mais avant sa mort, Mame Bouh avait prévenu : «Vous êtes en train de vous éloigner des enseignements du Prophète (Psl). Lorsqu’il y aura le tarissement de la source, il faudra faire une introspection. Et si vous ne retournez pas vers Dieu, la source va disparaitre totalement.»

Considéré comme un miracle d’Allah, un don pour la communauté musulmane du Sénégal, le saint fondateur de Ndiassane, Cheikh Bou Mouhamadou Kounta, a vécu dans une logique de soumission totale à Dieu. Durant son existence, il s’est comporté en modèle de conformité aux préceptes de l’Islam et en vivificateur de la Sunnah du Prophète Mouhamad (Psl). Récitation du Saint Coran, recueillement, vulgarisation des enseignements de la meilleure des créatures, actions en faveur des nécessiteux, assistance aux orphelins et aux veuves, tels étaient les actes quotidiens de Mame Bouh Kounta Ndiassane. Ce marabout était une attraction majeure pour les étudiants, les chercheurs, les âmes en peine et tous ceux qui œuvraient pour la promotion de l’homme dans sa quête de Dieu. Il allait rendre visite aux malades pour les réconforter et prier pour eux. Il donnait à manger et à boire à tous ceux qui en avaient besoin.

Il était un grand cultivateur

Fils de Cheikh Bounama Kounta et de Sokhna Codou Diop, Bou Kounta est né en 1840 au village de Ndank Nar, à sept kilomètres de Ngaye Mékhé. Il a rendu l’âme le 13 juillet 1914, suite à une légère maladie et a été inhumé à Ndiassane. Son père, décédé une semaine avant sa naissance, avait demandé à ses frères de donner à son fils le nom de Cheikh Bouh Mouhamed Kounta. Mame Bouh Kounta est l’homonyme du grand frère de son père. Produit du daara (école coranique), Mame Bouh craignait tellement son Seigneur qu’il en a été comblé. «Il avait une belle relation avec toutes les familles religieuses. Mame Bouh Mouhamadou Kounta était un grand cultivateur. Il a laissé derrière lui un titre foncier de plus de 2 000 hectares. Il cultivait pour vivre. Il a des champs un peu partout dans le pays. La soumission à Dieu et le travail ont été ses seules activités. Il a participé au développement du pays. C’était un grand homme de Dieu. Ce qui fait que durant son existence, il y avait une paix totale dans le monde. C’est après sa disparition que la première guerre mondiale est déclenchée, en 1914», raconte Abdourahmane Kounta.

De taille moyenne, courtois et serviable, l’homme d’au-moins 70 piges poursuit : «Quand Bouh Kounta allait fonder Ndiassane, il a entendu une voix qui lui disait : ‘’Celui qui doit s’installer quelque part doit d’abord se préoccuper de son voisin avant de construire sa maison.’’ Alors, il s’est dit : ‘’C’est un message qui m’est destiné, donc je préfère avoir Dieu comme voisin’’.» Selon Abdourahmane Kounta, le village de Ndiassane aurait été occupé par les sérères Nones. Quand ils ont eu écho de la présence du marabout, qui cherchait un site, ils ont eu recours à leurs oracles. Et puis, ils se sont dit : «Atta yen saagn.» Ce qui signifie : «S’il vient, nous quitterons.» C’est cette phrase qui a été déformée pour donner Ndiassane. Et quand le Cheikh est venu, ils ont quitté le site pour aller s’installer à Tivaouane, au sud.

Auparavant, Mame Bouh voulait appeler le village «Boulaan war», c’est-à-dire la maison de la lumière. Seulement, les wolofs disaient toujours «Keur Bouh». Le Cheikh décidera de maintenir le nom de Ndiassane, parce qu’il correspondait à un verset du Saint Coran. Dieu a dit : «La vérité s’est manifestée et quand la vérité se manifeste, le néant disparait.» C’est ce verset que le Prophète récitait en détruisant les idoles de la Kaaba en l’an 8 de l’hégire, à l’occasion de la conquête pacifique de La Mecque.

ABDOULAYE GADIAGA SARR

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