Communication du palais : Les raisons d’une instabilité

Politique

IGFM- Sous l’ère Macky Sall, le poste de chargé de communication ou de porte-parole de la présidence de la République reste le plus instable. De 2012 à nos jours, au moins sept (7) personnalités ont été dans le cœur de com’ de la Présidence, avant d’être évincées. Avec l’aide de politologues, «L’Obs» explique le pourquoi de cette instabilité.

Ça bouge trop à la présidence de la République. Depuis l’arrivée du Président Macky Sall au Palais en 2012, beaucoup se sont succédé au poste de chargé de communication ou de porte-parole de la Présidence. Il s’agit, entre autres, de El Hadji Hamidou Kassé, Abou Abel Thiam, Jules Souleymane Diop, Yakham Mbaye et Mamadou Thiam. Et aujourd’hui, Abdou Latif, nommé porte-parole du Président, Seydou Guèye, conseiller en communication de la Présidence. Un choix volontaire ou involontaire du Président Sall ?

Un problème de casting

Les choix du Président ? Le caractère du chef de l’Etat, Macky Sall, serait-il à l’origine de cette instabilité des hommes autour de sa communication ? Des réponses foisonnent pour expliquer ce mystère. Pour le professeur de sociologue politique à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Ugb), Ibou Sané, à voir de l’extérieur le Président Macky Sall, il semble ne pas être un homme compliqué avec qui travailler. Mais, constate-t-il, «ce sont les hommes sur lesquels il a porté le choix pour s’occuper de sa communication qui posent problème. Ce sont des journalistes qui se sont reconvertis dans le métier de la communication». Professeur Ibou Sané note que le Président Sall a un problème de management des hommes. Il ne met jamais les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. Une erreur gravissime de sa part qui explique souvent la cacophonie au sommet de l’Etat. «Macky Sall se cherche, il tâtonne. Ce qui fait que parfois, les gens le dépeignent comme quelqu’un de difficile, alors qu’il ne l’est pas», indique Professeur Sané.

Qui prévient : «La communication est la base de tout. Si elle est ratée, vous loupez tout dans votre vie.» Il y a des stations au niveau de la Présidence, dit-il, pour lesquelles le Président doit être très regardant. Le Président Sall doit être rigoureux sur le choix des hommes devant collaborer directement avec lui. «C’est la mauvaise communication autour du Président Sall qui freine son élan. Ses collaborateurs passent tout le temps à occuper l’espace médiatique. Et une fois qu’ils sont dans des postes stratégiques, ils ne commettent que des bourdes. Les choix du Président Sall de ses hommes sont orientés, c’est pourquoi s’il ne change pas, il ira de déception en déception», avise Ibou Sané.

Son collègue, Moussa Diaw, professeur de Science politique à l’Ugb, soutient que s’il y a aujourd’hui, trop de mouvements des hommes autour de la communication de la Présidence, c’est parce qu’il se pose un problème de choix des compétences par le Président Macky Sall. Moussa Diaw relève également un manque de complicité, de complémentarité, de façon permanente, entre le Président et son staff de communication. Il signale la nécessité d’instaurer une relation étroite entre le chef de l’Etat et son chargé de communication. Ce, à travers un dispositif permettant de répondre à des stratégies politiques et faciliter la compréhension du message présidentiel, conformément aux logiques politiques. Selon professeur Diaw, le chargé de communication ou porte-parole du Président doit beaucoup échanger avec lui, s’adapter à son comportement, à sa psychologie. Il faut une certaine confiance entre les deux. C’est cette complicité qui devrait permettre au chargé de communication de jouer un rôle important dans le dispositif communicationnel de la présidence de la République.

Un problème de niveau

Incompétence des hommes. Si le Président Macky Sall n’a pas réussi jusqu’ici à disposer d’un bon groupe de communication stable à la présidence de la Républiques, professeurs Ibou Sané et Moussa Diaw pointent «l’incompétence» des hommes souvent mis au devant de la scène communicationnelle du Palais. Moussa Diaw : «Les personnalités choisies à la Présidence pour s’occuper de la communication n’ont pas toujours les compétences qu’il faut. Ce sont souvent des journalistes ayant des limites dans la communication institutionnelle et la science politique qui sont choisis.» Professeur Ibou Sané de noter la confusion souvent faite entre le métier de journaliste et celui de communicateur, deux «univers diamétralement opposés.

Dans les grandes démocraties, signale-t-il, il y a des porte-paroles attitrés du président de la République qui sont peu visibles, ne parlent pas beaucoup et savent prêcher, mais pas dans le désert. «En Afrique, on confie des postes à n’importe qui. C’est ce qui fait que ça vous joue parfois des tours, comme c’est le cas de Macky Sall avec la sortie sur TV5 de El Hadji Hamidou Kassé, chargé de la Communication de la Présidence, sur l’affaire Aliou Sall-Petro-Tim». Qui a plus «enfoncé» Aliou Sall, pensant le défendre et recadrer les adversaires politiques du Président Macky Sall. Selon les politologues, l’entourage de la communication du Président Sall n’a pas le profil qu’il faut. Pour sa communication, suggèrent-t-ils, le Président doit pêcher quelqu’un capable de porter sa communication parmi les hommes formés dans de grandes écoles de communication et de science politique. Car, disent-ils, un spécialiste de la communication maîtrise les canaux, la stratégie et sait comment, quand et où parler ? Ce sont des spécialistes de la communication qui doivent être au premier plan pour organiser la communication du Président. Ce, pour éviter le désordre au sein de la Présidence. «Quand vous n’êtes pas compétent pour un poste, il ne faut l’accepter. Malheureusement, au Sénégal, au nom de l’argent et du paraître, les gens choisissent ou acceptent n’importe quel poste. On ne peut pas être compétents partout. L’on est compétent que dans son domaine», indique professeur Ibou Sané.

Un problème de discrétion

Ingratitude du poste. La complexité à gérer le poste de chargé de communication ou de porte-parole du Président peut justifier, selon les analystes politiques, les évictions à répétition au Palais par le Président Sall. «Le poste de chargé de communication ou de porte-parole du président de la République reste complexe et très difficile à gérer, parce que l’on porte la parole du premier des Sénégalais (chef de l’Etat). Si l’on gère ce poste, il faut être très vigilant pour ne pas dire ou faire n’importe quoi», confie professeur Ibou Sané. Qui souligne que le poste de chargé de communication du Président demande que son occupant soit bien formé dans le style de management de la communication. Puisque c’est un poste stratégique où celui qui communique mieux fait passer son message. «Quelqu’un qui doit porter la parole du président de la République doit être à la hauteur. Il doit être très discret, un homme de l’ombre très efficace», avise professeur Sanè. Son collègue Moussa Diaw d’ajouter que la tâche de porte-parole ou de chargé de la communication du Président est exigeante en termes de connaissances, d’actions et du système politique sénégalais. Il note un déficit d’actions des chargés de la communication de la Présidence. Ce qui se traduit par l’instabilité qui règne au niveau du dispositif communicationnel de la présidence de la République. «On n’arrive pas à concevoir un pôle communicationnel qui soit adapté à l’action politique et aux orientations que le président de la République met en place», constate M.Diaw.

MATHIEU BACALY

1 Comment

  1. Ce post, je l’ai lu brièvement sur seneweb mais il a été censuré. J’ai ensuite essayé moi-même de le reposter juste pour vérifier de la manipulation alléguée de seneweb par son administrateur Kocc ou Mansa, et effectivement, le post a été supprimé. Donc sur seneweb, Kocc massacre Aliou Sall et absout Sonko. Comme quoi, la morale, et le patriotisme, ne sont pas les préoccupation des sites administrés par Kocc, comme leral, xalimasn, seneplus, seneweb et à mi-temps yerimpost et un peu moins dakaractu. Aux proprios de sites de lever la main mise de ce fonctionnaire indélicat de l’Assemblée Nationale en guerre contre le régime pour des nominations et des ambitions que son cv n’autorisent pas.

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