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COVID 19 : Présence massive de talibés dans les rues de Ziguinchor, livrés à la merci du coronavirus

Actualité/Covid-19

iGFM – (Ziguinchor) – Ils sont, selon nos sources, plus de 1.000 jeunes enfants talibés qui errent dans les rues de Ziguinchor. Un chiffre qui, selon des sources dignes de foi, a véritablement augmenté. Ainsi, la capitale sud du pays s’encombre de ces jeunes talibés venus très souvent des pays de la sous-région, la Guinée-Bissau, la Gambie… De jeunes garçons dont les âges sont compris entre 05 et 17 ans qui squattent les rues de la ville de jour comme de nuit.

«Je ne rêve qu’une seule chose de la part des autorités, ce sont des actions urgentes en faveur de mes camarades et moi. Car, nous sommes très fatigués», explique Mamadou Diallo, jeune talibé en provenance de la Guinée Bissau. «Ce sont mes parents qui m’ont envoyé en Casamance afin que je puisse apprendre le Coran. Mais, je peux vous jurer que je n’ai même pas le temps de l’apprendre parce que notre marabout ne nous donne aucun temps de replis et de repos pour étudier. Nous sommes toujours sur le terrain à la quête de notre pitance», a ajouté le jeune talibé âgé de 13 ans. A la question de savoir comment vous vivez en cette période de maladie de coronavirus ? «Difficile pour nous dans notre «Daara». Nous avons entendu parler de la maladie mais je dois vous dire que nos écoles coraniques, nous ne sommes pas outillés pour faire face à la pandémie. Nous n’avons pas gel hydro alcoolique et ni de masques. La seule chose que nous avons à l’entrée de notre école coranique, c’est sceau dans lequel on met de l’eau et du javel. A notre retour, nous lavons nos mains. Notre sort est vraiment triste en cette période de COVID 19», a soutenu Mamadou Diallo. Plus bavard que lui, «un jour, un de mes amis était malade.

Et quand nous lui avons dit qu’il avait le coronavirus, il a sauté du lit et s’est mis à réciter le coran. Et depuis lors, il est guéri», explique d’un ton moqueur le jeune talibé Abdoulaye Baldé. Il ajoute : «même pendant cette période de COVID 19, nos marabouts nous demandent d’aller mendier. Et si nous ne gagnons pas les 400 ou 300 FCFA qu’ils nous réclament tous les jours, nous ne rentrons pas dans nos «Daara». Et si nous faisons la tête dure pour rentrer, bonjour les dégâts.» Ismaïla Bailo Ba son fidèle compagnon d’infortune de «Daara» de lui emprunter sa trompette : «nos parents démunis, ne peuvent plus répondre à nos besoins. Vous voyez, nous avons même deux de nos sœurs qui étaient venues à Ziguinchor. Elles viennent pour travailler et en même temps aussi pour apprendre le Coran».  Ces jeunes enfants talibés, à Ziguinchor, sont aujourd’hui partagés entre l’indignation et la désolation totale. On les retrouve en plein cœur de la ville, devant les portes des bureaux de l’administration, dans les marchés, à la gare routière…

«Certains d’entre nous se sont même transformés en ferrailleurs. D’autres ont même fait la prison parce qu’ils ont volé pour ne pas subir la foudre ou les châtiments de nos marabouts », révèle à son tour Moulaye Ba du haut de ses 16 années. Dans sa chemise noire et sa culotte blanche, ses chaussures rouillées, le jeune garçon dégageait fièrement son allure dans le centre de la ville. Le phénomène grandissant, ces enfants sont aujourd’hui exposés aux abus sexuels, à la mendicité, à la pédophilie, au vol et à la maladie du coronavirus. «Pour éviter la faim, certains d’entre nous sont sauvés par les hommes de tenues. Ils nous donnent à manger et à boire dans leur cantonnement. Nous leur disons merci du fond du cœur et je suis sûr que Dieu, dans sa bonté infinie, en ce mois béni rempli de Bienfaits, va les rendre la monnaie», nous a confié le jeune talibé Mamadou Diallo. Aujourd’hui, en dépit des efforts fournis par les autorités administratives, les Ong qui s’activent dans le domaine de la protection de ces enfants de la rue à savoir les talibés, le nombre de ces jeunes garçons en situation difficile ne cesse de s’accroître dans la capitale sud du pays. «L’éradication de ce phénomène qui nous interpelle tous, passe par une synergie de nos actions et requiert le dialogue, la concertation et une volonté commune», a dit sous le couvert de l’anonymat, un responsable d’une Ong de la place qui s’active dans la protection des enfants.

IGFM

Témoignages d’un jeune enfant et d’un parent talibé à Ziguinchor

Mamadou Ba 14 ans, enfant talibé : «Je viens de la Guinée-Bissau. Ce sont mes parents qui m’ont convoyé à Ziguinchor avant de me laisser entre les mains de mon marabout. J’avais 7 ans. Notre «Daara» (école coranique) se trouve dans le quartier de Kandialang, dans la périphérie de la commune de Ziguinchor. Je suis dans ma septième année de mendicité forcée à Ziguinchor où nous subissons très souvent plusieurs formes de violences. Pour gagner notre pitance en cette période de maladie du coronavirus, nous sommes obligés parfois de voler ou de verser dans la «Boudioumane» pour satisfaire les besoins financiers de notre guide qui nous réclame tous les jours un versement de 400 ou de 300 FCFA. Avec l’avènement de la maladie du coronavirus, j’ai retrouvé par hasard, le frère de mon père que j’ai cherché depuis plus de six années. Je suis souvent vêtu en haillon. Mes camarades et moi, n’avons jamais eu assez de temps pour apprendre correctement le Coran. L’essentiel de notre temps est, pour dire vrai, consacré essentiellement à la mendicité. Ma vie a commencé à changer aujourd’hui. Et pour cause, j’ai retrouvé, grâce à Dieu, le frère de mon père que j’ai toujours cherché depuis mon arrivée à Ziguinchor. Je souhaite aller rester chez lui mais hélas, mon marabout ne veut pas entendre parler de ça prétextant que c’est mon père qui lui a dit ceci: «je t’ai donné à vie mon enfant pour que tu fasses de lui demain, un vrai musulman, un maître coranique». Je suis dans ce dilemme. Je voudrais demander à mes frères musulmans de prier pour moi afin que je puisse retrouver un jour mes parents, mes vrais géniteurs»

Ibrahima Sow 65 ans,  oncle d’un enfant talibé : «Mon neveu est venu, il y a plus de 10 années, à Ziguinchor pour apprendre le Coran. Il est arrivé dans cette ville depuis sa tendre enfance. Son père et moi sommes de même père et de mère. Notre fils Ibrahima Boubacar Sow, âgé de 16 ans,  a été confié à son oncle qui tient une école coranique dans un des quartiers périphériques de la commune. Ce qui est le plus difficile quand on est talibé, c’est de devoir mendier car, le marabout les frappe quand il n’amène pas assez d’argent. Mais, je dois vous dire que cela n’est pas méchant. C’est une leçon pour un enfant qui doit apprendre à récolter sa nourriture. Aujourd’hui, force est de reconnaître que nos enfants talibés, en cette période de pandémie, sont exposés à la maladie du coronavirus. Sans aucune protection, ils bravent tous les matins les dangers dans les rues de Ziguinchor. Depuis plusieurs années, nous entendons, à travers les radios, parler de la loi sur la protection des enfants de la rue mais hélas. Ces enfants font souvent objet de viol et de blessures graves car, ils sont généralement sans chaussures. Pire, ils sont souvent à la merci de maladies graves comme le COVID 19 et des maladies qu’ils chopent aussi dans l’insalubrité dans laquelle ils vivent, sans compter les accidents de la route et les agressions qu’ils subissent. Depuis 2016, les autorités sénégalaises ont lancé plusieurs opérations de retrait des enfants talibés de la rue mais leurs résultats restent mitigés. C’est pourquoi, je lance un appel solennel pour demander aux autorités d’aider ces jeunes enfants talibés afin qu’ils puissent être épargnés de la pandémie du COVID 19. Ils ont aussi droit comme les autres enfants du monde, à la vie, à l’éducation, à la protection, à la réussite et à l’épanouissement.»

 

 Propos recueillis par IGFM

       

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