Domingos Simoes Preira – «La Guinée-Bissau doit bien choisir son prochain président…»

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iGFM – (Dakar) L’ancien Premier ministre Domingos Simões Pereira, arrivé en tête au premier tour de la Présidentielle bissau-guinéenne du 24 novembre dernier avec 40,13% des suffrages, s’active à affronter au second tour, le 29 décembre 2019, son adversaire Umaro Sissoco Embaló qui a obtenu 27,65%. De passage à  Dakar, le candidat du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (Paigc) a accepté de se livrer à nous à cœur ouvert. Il expose ses chances face à son adversaire, ses projets pour son pays et la sous-région, sa vision pour la résolution de la crise casamançaise… Domingos Simões Pereira dit tout.

 

  1. le Premier ministre Domingos Simões Pereira, qu’est-ce qui explique votre présence au Sénégal à quelques jours du second tour de la Présidentielle en Guinée-Bissau ? Est-ce que c’est pour chercher le soutien du Sénégal à votre candidature le 29 décembre prochain ?

Je dirais oui et non. Après la dure campagne du premier tour de la Présidentielle, avant de se lancer au second tour, nous avons estimé qu’il est important de recharger les batteries et en même temps de visiter les pays voisins et amis, comme le Sénégal, pour leurs donner notre avis sur la situation politique en Guinée-Bissau. Nous voulons également témoigner notre appréciation de la mobilisation de la Cedeao pour accompagner la situation politique en Guinée-Bissau. Je profite aussi du séjour au Sénégal pour me reposer un peu avant d’entamer la campagne du second tour prévue le 13 décembre prochain. Je n’ai pas vraiment un agenda politique au Sénégal. Je suis de passage. Mais si l’occasion de rencontrer des hommes politiques sénégalais se présente, on le fera.

Vous allez affronter au second tour le candidat de Madem G15, Umaro Sissoco Embaló. Pensez-vous avoir des chances devant lui quand on sait qu’il bénéficie déjà des soutiens de taille de Nuno Nabiam, arrivé en troisième position, et qu’il est également en négociation avancée avec le Président sortant José Mário Vaz arrivé quatrième au premier tour ?

Vous savez peut-être le seul souci d’affronter Umaro Sissoco Embaló au deuxième tour est que je ne le connais pas politiquement. En fait, politiquement, je ne connais ni son parcours, ni son passé. Je respecte le fait que les électeurs bissau-guinéens lui ont autorisé des voix pour aller au deuxième tour. Mais, je pense que la démocratie profite des pensées et projets politiques qu’on propose à la société. C’est ce que j’ai essayé de faire en développant un manifeste politique sur ce que je pense de notre pays et que je partage avec le peuple. J’ai essayé de sortir les atouts de notre pays et de voir comment relever les défis qui sont en face de nous. J’appelle la Nation bissau-guinéenne à tourner la page et à être capable de bâtir un pays qui fait notre orgueil et qui donne à tout le monde une chance de réussir. Je vais faire face au second tour à un candidat dont je ne connais pas ses propositions, ses idées pour la Guinée-Bissau. La seule chose que je connais aujourd’hui de Umaro Sissoco Embaló est qu’il dit qu’il n’est pas d’accord avec moi. Il n’est pas d’accord avec moi sur quoi ? Qu’est-ce qu’il propose comme alternative ? Je ne peux pas vous le dire.

 

«Le candidat incapable de porter le message d’unité ne doit pas être élu Président, sinon c’est un risque…»

 

 

Qu’est-ce vous comptez apporter de nouveau en Guinée-Bissau si le peuple venait à vous élire Président le 29 décembre prochain ?

Je compte être un Président qui va replacer la Guinée-Bissau dans le contexte mondial, comme un pays normal. Un pays qui se respecte et où l’Etat de droit existe, où les citoyens se respectent et respectent aussi les règles de jeu établies. Avec les années d’instabilité qu’on a connues, on est arrivé à un stade où les Bissau-guinéens ne croient plus à leurs propres capacités de vivre normalement. Mais, je pense que le moment est venu de corriger certaines erreurs. Et corriger ces erreurs commence par bien choisir le prochain chef d’Etat. Le fait de vouloir être chef d’Etat est une affaire très sérieuse. Cela doit impliquer un engagement ferme, une vision claire pour le peuple et pour le rassemblement des Bissau-guinéens. Mais je vois que beaucoup prennent cela comme un jeu pour, par coup de chance, avoir la possibilité d’être au sommet de l’Etat.

Quels seront vos premiers chantiers ou projets pour la Guinée-Bissau si vous êtes élu ?

Une fois élu Président de la Guinée-Bissau, j’aimerai porter un message de confiance aux Bissau-guinéens. Je leur dirai que cette Guinée-Bissau positive existe. Il faut juste la découvrir et la promouvoir. Pendant toute la campagne du 1er tour, j’ai dit aux populations de notre pays que s’il y a un Paradis sur terre pour les Bissau-guinéens, c’est la Guinée-Bissau. Mais, il n’y a pas d’autres ouvriers pour bâtir ce Paradis. Ce sont les Bissau-guinéens qui sont convoqués pour le faire. Le moment est venu donc pour qu’on puisse faire appelle à toutes les compétences bissau-guinéennes de l’intérieur comme de l’extérieur du pays. Ensemble, nous pourrons prouver que nous sommes capables de faire des choses positives, pour nous-mêmes et pour notre pays.

La gestion des militaires pose souvent problèmes en Guinée-Bissau. Les militaires ont souvent étaient à l’origine de l’instabilité du pays. Comment allez-vous résoudre cette équation militaire si vous êtes élu Président ?

Ce constat est réel. Mais, parfois il est exagéré. C’est vrai que les militaires font partie des facteurs d’instabilité en Guinée-Bissau, mais dire que toute cette instabilité vient des militaires, c’est ça que je considère comme exagéré. Vous savez, il n’y a pas une seule structure sociale au monde qui ne développe pas la compétence d’influencer le pouvoir. Mais, c’est aux acteurs politiques, surtout ceux qui sont au sommet de l’Etat, d’être capables de gérer ces différentes structures sociales. Si aujourd’hui on continue à faire le constat qu’il y a une ingérence extraordinaire des militaires dans l’affaire politique en Guinée-Bissau, quelque part c’est parce que les acteurs politiques permettent que cela arrive. Si on a constaté qu’il y a une prédominance d’une certaine ethnie (Balante, Ndlr) au niveau des forces militaires de la Guinée-Bissau, c’est parce qu’on n’a pas entamé la réforme qu’il fallait faire pour que cette structure soit la plus élargie possible.

Si le peuple vous fait confiance au second tour, comment comptez-vous travailler avec les pays voisins comme le Sénégal ?

La première chose que je ferai en tant que chef d’Etat, c’est de passer un message de fraternité, de proximité. Il faut toujours avoir l’intérêt de connaître ce qui existe de l’autre côté des frontières. Heureusement que j’ai une partie de ma famille qui est sénégalaise. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de familles bissau-guinéennes qui n’ont pas cette liaison avec le Sénégal. Egalement, je pense que c’est pareil pour beaucoup de familles sénégalaises. Mais, il faut qu’on dépasse ce stade de connaissance à distance. Il faut que les hommes d’affaires sénégalais et bissau-guinéens se retrouvent. Idem pour les universitaires des deux pays. En tant qu’Africains, nous devons avoir des programmes d’échanges. Nous devons être créatifs à l’africaine en dépassant tout mécanisme de complexe qui nous sépare et met une distance entre nous. C’est le rôle que je rêve de jouer entre nos pays voisins. Il faut qu’on se regroupe au niveau régional et continental en développant une stratégie commune pour faire face aux défis du moment. Il faut qu’on soit ensemble et qu’on développe une vision stratégique, autrement on aura des gagnes marginales et face à la compétition qui existe à l’extérieur, on perdra à la fin.

 

«Le rôle que je rêve de jouer entre le Sénégal, la Guinée-Bissau, la Guinée Conakry…»

La Guinée-Bissau a exigé du gouvernement sénégalais un partage «équilibré» des ressources pétrolières, après avoir constaté une «erreur historique» de la division de l’accord de 1993 qui donne des parts plus importantes au Sénégal. Comment envisagez-vous de régler cette question avec le Sénégal une fois au pouvoir ?

Cet accord a été déjà révisé à plusieurs reprises. Je pense que le dernier accord vient d’une rencontre entre les anciens Présidents Me Abdoulaye Wade et Malam Bacaï Sanhá. Il a fixé 75% de part du pétrole pour le Sénégal et 25% pour la Guinée-Bissau. Je dois vous dire que le Président du Sénégal (Macky Sall) connaît ma pensée sur cette question. J’ai toujours dit que régler l’affaire de la zone économique commune doit se faire par la voie du dialogue. Ce dialogue doit nous mener vers un consensus sur comment utiliser les ressources naturelles qui existent entre nos pays. Je ne vais pas échapper à la question, mais je vais la rallier à une autre situation qui nous donne le cadre global sur lequel on doit trancher. Quand on parle de ressources minières, il y a trois facteurs qui jouent pour la décision. Il y a les questions de compétence, de technologie pour l’exploitation des ressources et du capital à investir qu’il faut maîtriser. Si on n’est pas capable de répondre oui pour ces trois questions, il faut bien réévaluer comment on va profiter de l’existence de ces ressources naturelles. Je pense que le Sénégal, la Guinée-Bissau et la Guinée Conakry doivent se mettre à table pour connaître le potentiel de nos réserves et prendre une décision de doter les pays respectifs d’infrastructures pour booster nos économies. Il nous faut une bonne coopération qui nous permettra de sortir des niveaux de pauvreté qui existent dans nos pays.

Comment allez-vous aider le Sénégal dans la résolution définitive de la crise en Casamance ?

Je ne parlerai pas d’aider le Sénégal à résoudre la crise en Casamance. Mais, je pense qu’ensemble, on pourra trouver une solution qui arrange toutes les parties, en commençant par les populations de la Casamance elles-mêmes. Tout d’abord, il faut que les Bissau-guinéens, les Sénégalais, y compris ceux qui sont de la Casamance, soient capables de se regarder comme des frères. Si on est au même niveau et qu’on se regarde comme des frères, cela permettra de dépasser très vite la situation de la Casamance.

«Je suis prêt à accepter les résultats des urnes qu’ils me soient favorables ou pas, mais…»

 

 

Etes-vous prêt à accepter votre défaite si les résultats qui seront proclamés venaient à donner la victoire à votre adversaire Umaro Sissoco Embaló ?

Sans aucune hésitation, je suis prêt à accepter les résultats des urnes, qu’ils me soient favorables ou pas. Je suis un démocrate. Je pense qu’il faut respecter la règle du jeu. Quand on participe à un jeu, on y participe en espérant gagner. Mais, il faut aussi être prêt à accepter si le choix du peuple va dans l’autre sens.

Quel message lancez-vous à votre adversaire politique et à la communauté internationale en direction du second tour en Guinée-Bissau ?

D’abord pour mon adversaire, je tiens à lui dire qu’à partir du moment où nous sommes tous deux choisis par le peuple à aller au second tour de la Présidentielle, cette élection est un niveau de responsabilité important. Dans une compétition électorale, on peut utiliser toutes sortes d’arguments qu’on veut, mais il y a une base qu’on doit respecter. Il s’agit de l’unité nationale, de la pluralité culturelle et ethnique de notre pays. Je dis à tout mon peuple que c’est dans notre diversité culturelle, ethnique et sociale qu’on doit retrouver l’unité de notre pays. Donc, celui (candidat) qui est incapable de porter le message d’unité ne doit pas mériter de nous représenter en Guinée-Bissau. Car, cela devient un risque pas seulement pour les Bissau-guinéens, mais un risque pour la sous-région et le contexte global. Je respect mon adversaire. Mais, il faut donner aux Bissau-guinéens la chance de trancher positivement.

Pour la Cedeao, il faut reconnaître que ces dernières années, nous avons bien profité de l’attention de nos partenaires sous-régionaux. Ils ont beaucoup œuvré pour que la Guinée-Bissau regagne la paix, la stabilité. Mais, je pense que ces partenaires sont plus disponibles à venir soutenir quand la terre brûle déjà, quand il y a des conflits. Nous pensons que la Guinée-Bissau doit mériter cet accompagnement jusqu’au bout du processus électoral. Mais, il ne faut pas que cela s’arrête après l’échéance électorale. Il faut qu’on soit capable de stabiliser le pays, de relancer son programme de développement et que la Guinée-Bissau ne redevienne plus jamais une source d’instabilité dans la sous-région. Cela se fait par l’éducation, l’«infrastructuration» du pays, la création d’institutions fortes…

 

 

L’ancien Premier ministre Domingos Simões Pereira, arrivé en tête au premier tour de la Présidentielle bissau-guinéenne du 24 novembre dernier avec 40,13% des suffrages, s’active à affronter au second tour, le 29 décembre 2019, son adversaire Umaro Sissoco Embaló qui a obtenu 27,65%. De passage à  Dakar, le candidat du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (Paigc) a accepté de se livrer à nous à cœur ouvert. Il expose ses chances face à son adversaire, ses projets pour son pays et la sous-région, sa vision pour la résolution de la crise casamançaise… Domingos Simões Pereira dit tout.

 

  1. le Premier ministre Domingos Simões Pereira, qu’est-ce qui explique votre présence au Sénégal à quelques jours du second tour de la Présidentielle en Guinée-Bissau ? Est-ce que c’est pour chercher le soutien du Sénégal à votre candidature le 29 décembre prochain ?

Je dirais oui et non. Après la dure campagne du premier tour de la Présidentielle, avant de se lancer au second tour, nous avons estimé qu’il est important de recharger les batteries et en même temps de visiter les pays voisins et amis, comme le Sénégal, pour leurs donner notre avis sur la situation politique en Guinée-Bissau. Nous voulons également témoigner notre appréciation de la mobilisation de la Cedeao pour accompagner la situation politique en Guinée-Bissau. Je profite aussi du séjour au Sénégal pour me reposer un peu avant d’entamer la campagne du second tour prévue le 13 décembre prochain. Je n’ai pas vraiment un agenda politique au Sénégal. Je suis de passage. Mais si l’occasion de rencontrer des hommes politiques sénégalais se présente, on le fera.

Vous allez affronter au second tour le candidat de Madem G15, Umaro Sissoco Embaló. Pensez-vous avoir des chances devant lui quand on sait qu’il bénéficie déjà des soutiens de taille de Nuno Nabiam, arrivé en troisième position, et qu’il est également en négociation avancée avec le Président sortant José Mário Vaz arrivé quatrième au premier tour ?

Vous savez peut-être le seul souci d’affronter Umaro Sissoco Embaló au deuxième tour est que je ne le connais pas politiquement. En fait, politiquement, je ne connais ni son parcours, ni son passé. Je respecte le fait que les électeurs bissau-guinéens lui ont autorisé des voix pour aller au deuxième tour. Mais, je pense que la démocratie profite des pensées et projets politiques qu’on propose à la société. C’est ce que j’ai essayé de faire en développant un manifeste politique sur ce que je pense de notre pays et que je partage avec le peuple. J’ai essayé de sortir les atouts de notre pays et de voir comment relever les défis qui sont en face de nous. J’appelle la Nation bissau-guinéenne à tourner la page et à être capable de bâtir un pays qui fait notre orgueil et qui donne à tout le monde une chance de réussir. Je vais faire face au second tour à un candidat dont je ne connais pas ses propositions, ses idées pour la Guinée-Bissau. La seule chose que je connais aujourd’hui de Umaro Sissoco Embaló est qu’il dit qu’il n’est pas d’accord avec moi. Il n’est pas d’accord avec moi sur quoi ? Qu’est-ce qu’il propose comme alternative ? Je ne peux pas vous le dire.

 

«Le candidat incapable de porter le message d’unité ne doit pas être élu Président, sinon c’est un risque…»

 

 

Qu’est-ce vous comptez apporter de nouveau en Guinée-Bissau si le peuple venait à vous élire Président le 29 décembre prochain ?

Je compte être un Président qui va replacer la Guinée-Bissau dans le contexte mondial, comme un pays normal. Un pays qui se respecte et où l’Etat de droit existe, où les citoyens se respectent et respectent aussi les règles de jeu établies. Avec les années d’instabilité qu’on a connues, on est arrivé à un stade où les Bissau-guinéens ne croient plus à leurs propres capacités de vivre normalement. Mais, je pense que le moment est venu de corriger certaines erreurs. Et corriger ces erreurs commence par bien choisir le prochain chef d’Etat. Le fait de vouloir être chef d’Etat est une affaire très sérieuse. Cela doit impliquer un engagement ferme, une vision claire pour le peuple et pour le rassemblement des Bissau-guinéens. Mais je vois que beaucoup prennent cela comme un jeu pour, par coup de chance, avoir la possibilité d’être au sommet de l’Etat.

Quels seront vos premiers chantiers ou projets pour la Guinée-Bissau si vous êtes élu ?

Une fois élu Président de la Guinée-Bissau, j’aimerai porter un message de confiance aux Bissau-guinéens. Je leur dirai que cette Guinée-Bissau positive existe. Il faut juste la découvrir et la promouvoir. Pendant toute la campagne du 1er tour, j’ai dit aux populations de notre pays que s’il y a un Paradis sur terre pour les Bissau-guinéens, c’est la Guinée-Bissau. Mais, il n’y a pas d’autres ouvriers pour bâtir ce Paradis. Ce sont les Bissau-guinéens qui sont convoqués pour le faire. Le moment est venu donc pour qu’on puisse faire appelle à toutes les compétences bissau-guinéennes de l’intérieur comme de l’extérieur du pays. Ensemble, nous pourrons prouver que nous sommes capables de faire des choses positives, pour nous-mêmes et pour notre pays.

La gestion des militaires pose souvent problèmes en Guinée-Bissau. Les militaires ont souvent étaient à l’origine de l’instabilité du pays. Comment allez-vous résoudre cette équation militaire si vous êtes élu Président ?

Ce constat est réel. Mais, parfois il est exagéré. C’est vrai que les militaires font partie des facteurs d’instabilité en Guinée-Bissau, mais dire que toute cette instabilité vient des militaires, c’est ça que je considère comme exagéré. Vous savez, il n’y a pas une seule structure sociale au monde qui ne développe pas la compétence d’influencer le pouvoir. Mais, c’est aux acteurs politiques, surtout ceux qui sont au sommet de l’Etat, d’être capables de gérer ces différentes structures sociales. Si aujourd’hui on continue à faire le constat qu’il y a une ingérence extraordinaire des militaires dans l’affaire politique en Guinée-Bissau, quelque part c’est parce que les acteurs politiques permettent que cela arrive. Si on a constaté qu’il y a une prédominance d’une certaine ethnie (Balante, Ndlr) au niveau des forces militaires de la Guinée-Bissau, c’est parce qu’on n’a pas entamé la réforme qu’il fallait faire pour que cette structure soit la plus élargie possible.

Si le peuple vous fait confiance au second tour, comment comptez-vous travailler avec les pays voisins comme le Sénégal ?

La première chose que je ferai en tant que chef d’Etat, c’est de passer un message de fraternité, de proximité. Il faut toujours avoir l’intérêt de connaître ce qui existe de l’autre côté des frontières. Heureusement que j’ai une partie de ma famille qui est sénégalaise. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de familles bissau-guinéennes qui n’ont pas cette liaison avec le Sénégal. Egalement, je pense que c’est pareil pour beaucoup de familles sénégalaises. Mais, il faut qu’on dépasse ce stade de connaissance à distance. Il faut que les hommes d’affaires sénégalais et bissau-guinéens se retrouvent. Idem pour les universitaires des deux pays. En tant qu’Africains, nous devons avoir des programmes d’échanges. Nous devons être créatifs à l’africaine en dépassant tout mécanisme de complexe qui nous sépare et met une distance entre nous. C’est le rôle que je rêve de jouer entre nos pays voisins. Il faut qu’on se regroupe au niveau régional et continental en développant une stratégie commune pour faire face aux défis du moment. Il faut qu’on soit ensemble et qu’on développe une vision stratégique, autrement on aura des gagnes marginales et face à la compétition qui existe à l’extérieur, on perdra à la fin.

 

«Le rôle que je rêve de jouer entre le Sénégal, la Guinée-Bissau, la Guinée Conakry…»

La Guinée-Bissau a exigé du gouvernement sénégalais un partage «équilibré» des ressources pétrolières, après avoir constaté une «erreur historique» de la division de l’accord de 1993 qui donne des parts plus importantes au Sénégal. Comment envisagez-vous de régler cette question avec le Sénégal une fois au pouvoir ?

Cet accord a été déjà révisé à plusieurs reprises. Je pense que le dernier accord vient d’une rencontre entre les anciens Présidents Me Abdoulaye Wade et Malam Bacaï Sanhá. Il a fixé 75% de part du pétrole pour le Sénégal et 25% pour la Guinée-Bissau. Je dois vous dire que le Président du Sénégal (Macky Sall) connaît ma pensée sur cette question. J’ai toujours dit que régler l’affaire de la zone économique commune doit se faire par la voie du dialogue. Ce dialogue doit nous mener vers un consensus sur comment utiliser les ressources naturelles qui existent entre nos pays. Je ne vais pas échapper à la question, mais je vais la rallier à une autre situation qui nous donne le cadre global sur lequel on doit trancher. Quand on parle de ressources minières, il y a trois facteurs qui jouent pour la décision. Il y a les questions de compétence, de technologie pour l’exploitation des ressources et du capital à investir qu’il faut maîtriser. Si on n’est pas capable de répondre oui pour ces trois questions, il faut bien réévaluer comment on va profiter de l’existence de ces ressources naturelles. Je pense que le Sénégal, la Guinée-Bissau et la Guinée Conakry doivent se mettre à table pour connaître le potentiel de nos réserves et prendre une décision de doter les pays respectifs d’infrastructures pour booster nos économies. Il nous faut une bonne coopération qui nous permettra de sortir des niveaux de pauvreté qui existent dans nos pays.

Comment allez-vous aider le Sénégal dans la résolution définitive de la crise en Casamance ?

Je ne parlerai pas d’aider le Sénégal à résoudre la crise en Casamance. Mais, je pense qu’ensemble, on pourra trouver une solution qui arrange toutes les parties, en commençant par les populations de la Casamance elles-mêmes. Tout d’abord, il faut que les Bissau-guinéens, les Sénégalais, y compris ceux qui sont de la Casamance, soient capables de se regarder comme des frères. Si on est au même niveau et qu’on se regarde comme des frères, cela permettra de dépasser très vite la situation de la Casamance.

«Je suis prêt à accepter les résultats des urnes qu’ils me soient favorables ou pas, mais…»

 

 

Etes-vous prêt à accepter votre défaite si les résultats qui seront proclamés venaient à donner la victoire à votre adversaire Umaro Sissoco Embaló ?

Sans aucune hésitation, je suis prêt à accepter les résultats des urnes, qu’ils me soient favorables ou pas. Je suis un démocrate. Je pense qu’il faut respecter la règle du jeu. Quand on participe à un jeu, on y participe en espérant gagner. Mais, il faut aussi être prêt à accepter si le choix du peuple va dans l’autre sens.

Quel message lancez-vous à votre adversaire politique et à la communauté internationale en direction du second tour en Guinée-Bissau ?

D’abord pour mon adversaire, je tiens à lui dire qu’à partir du moment où nous sommes tous deux choisis par le peuple à aller au second tour de la Présidentielle, cette élection est un niveau de responsabilité important. Dans une compétition électorale, on peut utiliser toutes sortes d’arguments qu’on veut, mais il y a une base qu’on doit respecter. Il s’agit de l’unité nationale, de la pluralité culturelle et ethnique de notre pays. Je dis à tout mon peuple que c’est dans notre diversité culturelle, ethnique et sociale qu’on doit retrouver l’unité de notre pays. Donc, celui (candidat) qui est incapable de porter le message d’unité ne doit pas mériter de nous représenter en Guinée-Bissau. Car, cela devient un risque pas seulement pour les Bissau-guinéens, mais un risque pour la sous-région et le contexte global. Je respect mon adversaire. Mais, il faut donner aux Bissau-guinéens la chance de trancher positivement.

Pour la Cedeao, il faut reconnaître que ces dernières années, nous avons bien profité de l’attention de nos partenaires sous-régionaux. Ils ont beaucoup œuvré pour que la Guinée-Bissau regagne la paix, la stabilité. Mais, je pense que ces partenaires sont plus disponibles à venir soutenir quand la terre brûle déjà, quand il y a des conflits. Nous pensons que la Guinée-Bissau doit mériter cet accompagnement jusqu’au bout du processus électoral. Mais, il ne faut pas que cela s’arrête après l’échéance électorale. Il faut qu’on soit capable de stabiliser le pays, de relancer son programme de développement et que la Guinée-Bissau ne redevienne plus jamais une source d’instabilité dans la sous-région. Cela se fait par l’éducation, l’«infrastructuration» du pays, la création d’institutions fortes…

Mathieu Bacaly