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(Dossier) Péril sur le papier, les journaux en sursis…

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IGFM- C’était un avril, le Sénégal a frôlé le pire, car des journaux ont fait faux bond aux lecteurs à cause d’une pénurie de papier. Dans ce pays, où le besoin annuel de tonnage en papier journal s’élève à peu près à 3000 Tonnes, pourquoi des journaux ne sortent pas en raison d’un manque ? igfm a fait le tour des imprimeries et de certaines rédactions de la place. Le constat est unanime, mais surtout accablant, partout c’est la même rengaine le modèle économique des journaux à 100 FCfa n’est plus viable. Sinon beaucoup de journaux risquent de fermer boutique. Igfm fait le diagnostic. Le mal est profond.

Sur cette rue de Ouakam animée en cette fin d’après-midi. Mère Kassé connue dans le coin pour la qualité de ses arachides grillées est à l’œuvre. Assise sur un banc en bois, une pile de journaux posée sur sa table de fortune. Elle déchire les parutions au rythme des clients qui vont et viennent. Ah si elle savait…la crise du papier, elle ferait gaffe avant de déchirer n’importe comment sa cargaison de quotidiens d’infos de la place. Mais elle est loin de l’odeur des imprimantes, des bruits sonores des machines Roto, de l’ingéniosité des patrons de presse obligés de faire une gymnastique intellectuelle pour ne pas priver leurs lecteurs de parutions.

Elle ne sait pas tout simplement que le papier journal est un secteur en panique. Elle ne sait pas que les quotidiens sont ou seraient en danger. Mais les éditeurs ne veulent pas alarmer pour un rien. On joue le jeu, on évite la psychose des lecteurs, dévoreurs de journaux. Et d’inquiéter des propriétaires de jeunes entreprises qui commencent  à se faire un nom dans le paysage médiatique. Dernièrement, précisément en avril Source A l’un des derniers nés à paraître dans le paysage médiatique a sevré pendant deux jours ses lecteurs, Daouda Thiam, son directeur de Publication et Gérant de Arc Editions s’est arraché les cheveux, eu très mal. Au bord de la crise de nerfs, il explique ce qu’il a vécu ce jour-là. «Il m’est arrivé à deux reprises de ne pas sortir. Et ça m’arrache le cœur, parce que je n’ai pas respecté pas le rendez-vous avec mes lecteurs, surtout pour un journal qui vient d’être lancé, on n’avait pas besoin de cette publicité. Quand tu te bats pour exister sur la scène médiatique et un beau jour, tu as du mal à sortir, c’est mortel.»

Le plus difficile en période de pénurie, ou de problèmes d’approvisionnement en papier comme ce qui s’est passé au mois d’avril dernier, ce n’est pas de ne pouvoir honorer son rendez-vous avec les lecteurs. C’est même la plus logique des galères à vivre. Mais quand des imprimeries de la place vous demandent de payer le surcoût de l’approvisionnement en papier, les choses ne tournent plus rond. Où on vous envoie vous promener, parce que vous n’êtes pas un client habituel de la maison. Daouda Thiam qui cherche à se battre avec les moyens du bord a dû casquer parfois le double de ce qu’il a l’habitude de payer pour être sur le marché. «La situation était d’autant plus complexe, puisqu’il y a eu des imprimeries qui face à la difficulté cherchaient à faire endosser le surcoût aux journaux. C’était extrêmement difficile, puisqu’il m’est arrivé pour environ 4000 à 5000 exemplaires de payer le double de ce que j’avais l’habitude de payer. Ce qui a naturellement impacté sur mes économies. Pour contourner la donne j’étais obligé de changer d’imprimerie», se désole Daouda Thiam, Directeur de publication de Source A. Il ne nous dira pas l’imprimerie en question.

«C’est un miracle que les journaux sortent encore au Sénégal»

Lui n’est pas le seul à drainer son spleen en période de manque de papiers. Puisque la denrée est rare. Très rare même. Presque partout à travers le monde les papetiers d’après des observateurs avertis ont quitté le terrain des tirages de journaux pour investir dans le carton et l’emballage secteur en plein boom économique. Les férus de faits divers, de glauque ou les amateurs de mots croisés ou de reportages et interviews ont de l’inquiétude à se faire. Le papier journal serait en danger, certains pessimistes ont déjà lancé le compte à rebours pour ses jours qui seraient comptés. «Upm est un trader avec lequel nous avions l’habitude de travailler mais il a fermé les marchés pour l’Afrique depuis un semestre. Les imprimeries au Sénégal qui n’ont que les traders traditionnels ne peuvent plus s’alimenter. Ces traders ne nous offrent plus rien (…) C’est un miracle que le journal sorte encore au Sénégal», campe le Français Guillaume Nataf directeur de Mondial Paper l’un des principaux distributeurs de papier journal et même de la sous-région. Ce n’est pas tout. Les dieux du papier aiment encore le Sénégal. Plus loin, on dira la raison.

En attendant, un tour au grouillant Castors où dans son bureau au 4ème étage d’un immeuble cossu en face de l’entrée de la Sodida, Mamadou Ibra Kane accueille la pipe entre les lèvres, une bouffée lâchée de temps à autre. L’homme administrateur du groupe Africome éditeur de Stades et Sunu Lamb est décontracté. Aucune angoisse ne hante ses nuits, il vit des jours heureux et pour lui la disparition de la presse n’est pas pour demain la veille. Il se permet de le dire sourire en coin. «La presse n’est pas menacée et il n y a pas de problèmes de papier au Sénégal. Il y a un problème d’organisation de papier. Quand il y a une crise dernièrement au Sénégal, cela concernait une partie de la presse. Sur les 24 quotidiens, il y en a 13 qui sortaient chaque jour. Nous n’avions pas de problèmes de papiers. Parce que le papier pour le rendre un peu disponible sur le marché sénégalais, il faut un processus de trois mois. Maintenant si on s’approvisionne de manière occasionnelle à droite et à gauche, c’est ça qui perturbe le système d’approvisionnement. Les gens font parfois face à des pénuries cycliques, c’est parce qu’ils n’ont pas constitué de stock», plaide-t-il sûr de son fait. Ouf !

«Le Sénégal a besoin d’environ 3000 tonnes de papier journal par an»

Seulement, il ne faut pas se le cacher, le Sénégal consomme de l’avis de professionnels du secteur 3000 Tonnes par an en papier journal. Une quantité qui peut accroître en temps d’élections. Aujourd’hui avec la Présidentielle de 2019, il faut s’attendre nécessairement à une hausse. «Jusqu’en février nous aurons du papier suffisant pour tirer les journaux sénégalais», rassure Guilaume Nataf.

Mamadou Ibra Kane ne dit pas le contraire. Lui n’est pas novice dans le métier d’imprimerie. Il a su depuis 2004 se faire un trou dans le secteur. Aujourd’hui sa machine tire plus d’une dizaine de quotidiens de la place. Cela n’empêche pas que les gens du secteur dispersent leur force et ne se coalisent pas pour tirer dans le même sens.

Pourtant, il fut un temps la coopération canadienne avait mis un Fonds de dotation destiné aux journaux sénégalais. Puis, l’administrateur d’Africome a même entrepris d’unir les forces des différents éditeurs mais toutes ces actions ont fait long feu. Au grand dam d’une presse soumise à la surenchère d’opportunistes de tous bords venus faire profit dans la presse à papier. «Certains sont allés au plus fort de la pénurie jusqu’à vendre la tonne à un million de FCfa. C’est parce que les gens ne sont pas organisés», dénonce-t-on. Alors que d’habitude les intermédiaires selon la période vendent la tonne à 700 000 FCfa.

Dans le milieu où les gorges profondes ne manquent pas on fait état de cet affairiste étranger qui s’est fait du profit en vendant le papier journal au plus fort. Chacun a moufté, après quand Igfm est venu aux nouvelles.

«Dernièrement certains ont acheté la tonne de papier à 1 million de FCFa»

A l’imprimerie du Groupe Futurs Médias sise à la Sodida, des piles de journaux sont entassés dans la grande cour. Seul le vigile veille au grain. «Personne n’est là, ils ont passé la nuit ici, actuellement ils doivent dormir.» L’horloge affiche 12 heures. Plus tard dans la soirée, le directeur de l’imprimerie Khalifa Sylla réputé taiseux échange sobrement pour faire le point de sa situation. Il dit : «Nous avons besoin à chaque fois de 8 à 12 bobines environ 4 tonnes. Auparavant nous faisions des commandes à l’étranger mais ce n’est pas économique. Mais nous avons un homme d’affaires qui nous vend du papier.»

L’homme d’affaires en question c’est Moussa Kane, un intermédiaire qui fait son beurre dans l’imprimerie en travaillant étroitement avec le patron de MondialPaper Guillaume Nataf. Ce jour-là, dans les locaux d’une maison de distribution qui a pignon sur rue près de Bernarbé sur la zone industrielle de Bel Air. Un simple tee-shirt noir, un jean, Guillaume est à la manette, alors que quelques collaboratrices concentrées devant leur machine la voient traverser le couloir comme une boule d’énergie. Le Français déroule sa leçon apprise au cours de ses 20 ans d’expériences qu’il a passées au Sénégal dans le business florissant du papier.

Lui théorise la fin du papier journal sans en donner l’air tout en campant le contexte mondial qui agite toute la matière. «L’Afrique est un petit consommateur de papier journal. Pour nous alimenter on se base sur des traders basés en Suisse ou en Suède qui eux ont des accès dans les usines. Il y a une douzaine de traders qui ne peuvent vendre qu’en Afrique. Actuellement depuis un an et demi on a un problème, parce que la Chine a mis en place des charges environnementales draconiennes pour fermer énormément d’usines. La Chine est le1er importateur de journal, elle s’alimentait à hauteur de 70% via sa production. Mais il y a beaucoup de fermeture d’usines que le manque à consommer est devenu énorme. Et maintenant tous nos fabricants habituels vendent leur papier en Chine.»

«Si les journaux continuent de vendre à 100 FCfa, ils vont tous mourir»

Cela a bousculé toutes les certitudes du marché local. Puisqu’au Sénégal  la tonne de papier journal s’échange entre 500 000 voire 600 000 FCFa. Des prix qui ne sont pas loin de côtoyer ceux du marché international où la tonne avoisine 750 euros (environ 487 500 FCfa) sans compter le transport…. Mais cela dépend des mois et des cours du dollar ou de l’Euro. «Le prix de la matière a pris 100 % en huit mois, donc on est même plus sur une difficulté extrême pour trouver de la matière. Aujourd’hui si les journaux sénégalais continuent de vendre du journal à 100 FCfa mais ils vont tous mourir. Ils ne peuvent pas s’en sortir, parce que la tendance n’est pas à la baisse elle ne fait que s’aggraver», alerte Guillaume Nataf.

Moussa Kane qui vend du papier journal au Groupe Futurs Médias acquiesce et remet au goût du jour sa plaidoirie. «Je ne cesse de répéter aux patrons de presse que le journal à 100 FCfa n’est pas viable ni pour le journal ni pour les gens qui sont dans le secteur. Ce n’est bon pour personne», martèle-t-il à la limite exaspéré par l’entêtement des responsables de médias privés à vendre leurs journaux à 100 FCfa.

«Le Soleil, c’est 3 milliards de FCfa de chiffre d’affaires en Pub par an»

Seul le Soleil peut se permettre de se frotter les mains, puisque l’Astre national tire à peu près à 6000 exemplaires et vend  200 FCfa mais rien que sa publicité d’après des informations recueillies chez des observateurs de la place affolent les calculatrices. «Ils font 3 milliards de chiffre d’affaires par an», avoue un homme du milieu. Igfm a appelé Yakham Mbaye le Dg du Soleil pour vérifier, il nous a demandé de le rappeler gentiment mais nos multiples appels sont tombés dans son répondeur.

Le papier se fait rare au Sénégal et les propriétaires de journaux  s’empêtrent dans des difficultés sans fin. Mais Mère Kassé vendeuse d’arachides grillées est loin de tout ça elle a encore de quoi envelopper sa marchandise.

MOR TALLA GAYE 

2 Comments

  1. presse des 6 p :
    presse des polèmiques , des petits potins politiques et people

    qu elle meurt la presse papier et audiovisuelle du senegal

    presse de merde et de petits merdeux prètentieux , nuls et vulgaires

    qu elle crève,rien à foutre ,on s en portera meme mieux » !

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