Editorial – L’Appel

Chronique/Covid-19

IGFM – Voici venue l’heure de la prise de conscience générale, de la décontamination de nos égoïsmes, de la désinfection de nos narcissismes et de l’immunisation contre nos petites lâchetés. Voici venu un temps décanté quoique désenchanté qui réinvite à la table de l’Etat-Nation dans sa dimension pratique et salutaire, un moment inédit d’urgences nationales débarrassé des idéologies creuses et surannées, délesté des scories du parti-pris infécond et malvenu. Voici venue une saison enfiévrée par ce satané Coronavirus, qui renseigne, au cas par cas, que la santé d’un homme vaut celle d’un pays : elle n’a pas de prix ! Encore moins de parti pris. L’urgence absolue met en demeure tout un peuple de se lever comme un seul homme.

Il reviendra un moment, espérons-le pour bientôt, où la conjoncture se rouvrira à nos petits bonheurs personnels, à nos grands intérêts économiques et financiers, à l’entretien de nos destins privés et de nos plus folles ambitions individuelles… Mais l’instant actuel, infesté de Covid-19, est au civisme exalté, à faire (anti)corps avec la République, à ressortir du formol et des formules galvaudées ce «Sénégal uni et indivisible».

Il est (dé)passé l’épisode de la critique plus ou moins politicienne sur l’urgence de la montée au front pandémique du chef suprême de l’Etat, de la période «miasmée» de querelles et de théories de bazar qui inondent les réseaux sociaux de leurs inepties ou de leurs inexactitudes, du déni aberrant et de l’abêtissant «mythe noir» qui ont escorté l’installation du péril dans nos frontières. Il se passe présentement l’extrême urgence de passer tous ensemble aux actes qui sauveront notre pays, démuni et désargenté, de la montée exponentielle de ce mal qui méduse le monde, épouvante son quotidien, menace gravement sa santé et ses aspirations au bien-être économique.

La remontée de Macky Sall au parloir témoigne, une énième fois, des «fragilités» de notre Etat face à la toute-puissance religieuse, les principales mesures présidentielles suivies d’un arsenal de décisions ministérielles, sont toutes sujettes à caution et/ou à polémiques. Mais la gravité du moment et le caractère inédit de la situation implorent un minimum de bienveillance et de souplesse dans leur intelligibilité. Ce serait illusoire de (faire) croire que tout a été bien dit et bien fait par le Pouvoir actuel, mais son assaut administratif de ce week-end, traduit par un brutal resserrement des contraintes, devrait résonner et raisonner comme un Appel. Une invite à la responsabilité citoyenne, une exhortation à la discipline collective, une sollicitation au renoncement individuel, sans quoi toute cette flopée de mesures serait sans effet majeur sur un virus qui survivrait de nos inconséquences et de nos imp(r)udences.

Le Covid-19 trouve ses terres d’expansion dans les méandres de nos indisciplines, de nos irrespects des consignes de prévention les plus élémentaires. Et dans ce branle-bas de guerre mondiale contre ce virus malin, il appartient aujourd’hui à un Etat dit «démocratique», d’apprendre, le cas échéant sous la contrainte, aux Sénégalais à penser contre eux-mêmes et contre leurs habitudes de vie et de croyance(s). D’intégrer au pas forcé que «ne pas se serrer la main» est, par exemple, devenu un acte hautement civilisé. Et «rester chez soi» une forme de citoyenneté.

Viendra demain ou après-demain, l’heure des (mauvais) comptes qui, souhaitons-le pour le Sénégal, ne succédera pas au temps des décomptes macabres. L’Etat d’«urgence sanitaire», non immunisé au malheur, qui ne sévit jamais seul, débouchera quasi irrémédiablement sur un sinistre dans plusieurs secteurs de la vie économique du pays, sèchement impactés par les décisions de crispations nationales et internationales. A l’Etat, par des politiques et mécanismes d’aides à hauteur de l’enjeu, d’anticiper sur un potentiel effondrement de certaines industries comme celles du tourisme, des transports et du spectacle, entre autres, dont les conséquences humaines pourraient être terribles. Presque, autant que le Covid-19…

PAPA SAMBA DIARRA