Fallou Mbacké Diallo : Mission accomplie 

Contribution

IGFM – Rendre hommage à Fallou ou décrire l’homme c’est faire une bible, non une bible divine mais une bible humaine. Je ne m’aventurerai donc pas à décrire celui qui vient de nous quitter, ce qui serait, d’ailleurs, une entreprise titanesque. Je vais, toutefois et modestement, parler sur cette page de notre compagnonnage qui duré trente-huit années.

Il pleure dans nos cœurs !

Nous étions cette race d’étudiants qui avaient subi le D.F.E.M. et la première partie du baccalauréat. Et nous voilà ensemble au département de Lettres modernes de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. La passion pour la quête du savoir avait fini par cristalliser en relation fraternelle ce groupe des Alioune Diané, Mbaye Sène, Ousseynou Thiam, Khady Sow, Madame Diop, Ramatoulaye Gaye, d’un mot cette promotion conduites dans les amphithéâtres par les Claude Blum, Bernard Baritaud, Verlac, Bourgea et, en littérature africaine, les Mohamadou Kane, Madior Diouf, la liste n’est pas exhaustive. De ce temps- là jusqu’à son dernier souffle, Fallou est resté le même. Toute ma génération qui le connaissait lui portait cette estime quasi naturelle pour sa retenue, sa piété mais aussi et surtout son envergure intellectuelle. Il est multidimensionnel, Fallou est une totalité et je vais évoquer en quelques mots les caractéristiques de l’homme.

L’intellectuel :

Voir Fallou dans son calme olympien tenir un discours c’est surtout mettre en haleine un auditoire capté par l’attention et qui avale goulûment ce discours cohérent, profond et imagé. Sa très vaste culture était incontestée et incontestable. Quand Fallou parle d’Homère le naïf peut avoir envie de penser qu’il est son contemporain. Quand il évoque les Essais de Montaigne ou l’Éloge de la folie d’Érasme, on le prend pour un spécialiste de la Renaissance. Quand Fallou explique « Mors », la mort ou le « Pont » (« sirate »), ou encore «Éclairage » (« leeru Yalla »), ses jeunes élèves sont dans la métaphysique et elles se fondent presque toutes en larmes. C’est sa maîtrise du Coran qui lui permettait de mieux comprendre que quiconque l’aspect métaphysique des Contemplations de Victor Hugo. En littérature africaine, L’Aventure ambiguë est son livre de chevet. Sans doute, c’est l’aspect philosophique du roman qui a provoqué cette passion.

Le professeur :

Après 13 années passées au lycée Faidherbe, actuel Omar Foutiyou Tall où Fallou a laissé une empreinte indélébile, il me retrouve au lycée John F. Kennedy. Là également, Fallou était un modèle de générosité intellectuelle. Ses élèves de terminale le suivaient partout, à la salle des professeurs, dans sa voiture, sous les arbres comme si elles ne voulaient pas terminer le cours qu’elles venaient pourtant de faire avec « bayu mbène », comme je l’appelais affectueusement. Et toujours disponible, avec son sourire magique, il continuait ses explications à ces élèves qui le prenaient pour un père. C’est dire donc que Fallou est une énormité intellectuelle. Avec sa belle plume, il envoyait déjà depuis Saint-Louis des contributions au journal Walfadjri. Par-là, on voit sa passion au journalisme, à l’actualité tout court.

Le chroniqueur :

Depuis près de dix décennies, Fallou corrige L’Observateur et participe à son rayonnement. Passionné d’écriture et fin observateur de la scène politique, quelque peu comique de « Ndoumbélane », il initie « Regard de Fallou », chronique d’une densité légendaire. La profondeur des analyses, la cohérence des idées, la pertinence des arguments, la limpidité de la syntaxe, les métaphores, les images, toutes les figures de style en un mot participent pour donner à la plume de Galass ce cachet fascinant et attractif que les lecteurs de L’OBS s’empressaient de lire en cette matinée de début de semaine. Le billet résumait avec une analyse profonde les faits saillants de la semaine passée. La chronique était alors l’expression d’un talent, d’un intellectuel de haute facture. Fallou était ce sage personnifié, ce sapeur-pompier qui avait l’art de désamorcer tout conflit latent dans son entourage.

Le sage :

Fallou avait un comportement conforme à l’éthique qui allie la conscience de soi et des autres. Galass Diallo comme l’appelaient les intimes était la tempérance, la prudence, le discernement. Sans doute, son appartenance au Mouridisme et sa proximité avec les petits-fils de Serigne Touba, sans parler de son passage à l’âge enfantin au Foyer Ardent pour apprendre la parole de Dieu, constituent autant de faits qui expliquent admirablement le personnage et sa personnalité. Cette vertu et  cette qualité morale font les grands hommes. Cette sagesse incarnée avait et surtout pour ciment la piété.

Le pieux :

Fallou était aussi la synthèse vivante de celui qui s’ouvre vers l’autre culture pour la quête du savoir ; Dieu avait une très grande place dans son cœur. Le livre saint, le Coran, était aussi un de ses livres de chevet. Sans doute la quête obstinée de l’ABSOLU justifiait ses lectures nocturnes du Saint Coran. Il avait renoncé aux apparences qui craquent pour la recherche infatigable de la Grande Vérité, la Vérité éternelle. La simple évocation de son nom dénote son appartenance confrérique.

Le talibé :

Fervent talibé mouride, Fallou avait la facilité d’entrer dans toutes les grandes familles de Khadimou Rassoul. Son ami d’enfance Modou Bara Mbacké, petit-fils du grand Serigne Bara, qui était présent, avait renoncé à tout pour se consacrer aux recommandations de son grand-père. Maîtrise en poche, après un bref séjour aux USA, il revient vite, comme appelé par son grand-père pour perpétuer son œuvre. Ceux qui ont accompagné Fallou dans sa dernière demeure l’ont aperçu, rayonnant de piété dans son regard, la tête emmitouflée d’un turban blanc, symbole de pureté.

La mort est violente ; elle triomphe, avertit parfois et fauche en plein midi. C’est la volonté divine.

Adieu l’ami et le frère.

Tu as vécu de la manière la plus belle dans l’instant du temps, de la manière la plus discrète et tu es parti discrètement au Royaume éternel de victoire et de paix. Je prie et tout le monde prie avec moi pour que vêtu de ton boubou blanc, à la droite de Dieu, parmi ses élus, à côté de ton homonyme tu célèbres l’Éternel au paradis le plus élevé, Adianay Firdassi.

Omar Khatab GUEYE

Coordinateur national de la RAMAA 2 Chef DRAC/CNRE