Fass Mbao : à la découverte des missionnaires de l’Islam

Société

iGFM-(Dakar) Dix Pakistanais qui séjournent depuis quelques semaines à Fass-Mbao. Leur présence ne cesse de susciter  la curiosité des populations. Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’ils débarquent au Sénégal.

Hier vendredi à Fass-Mbao. Lorsque sonne l’heure de la prière hebdomadaire, des fidèles, pour l’essentiel des jeunes, prennent la direction de la mosquée située au quartier Kawsara Medina Fass. Dans la mosquée, des individus de type arabe, écoutent religieusement la causerie précédant le sermon de l’imam. Barbus, habillés en costumes traditionnels pakistanais, un turban blanc noué à la tête, ce sont les nouveaux missionnaires de l’Islam. A  Fass-Mbao où ils sont logés dans un centre, un bâtiment R+1 comprenant une mosquée et une école coranique au rez-de-chaussée, alors qu’à l’étage, s’alignent des chambres, ils sont depuis quelques jours au centre des discussions. Impossible de leur arracher le plus petit mot. Ils s’expriment en arabe et en anglais et n’échangent qu’avec les membres sénégalais de cette communauté qui fait l’attraction dans ce coin de la banlieue. Lorsqu’arrive enfin l’imam, un jeune Sénégalais, les missionnaires, à l’image des autres fidèles, sont accrochés au sermon décliné d’abord brièvement en langue arabe, puis longuement en wolof, agrémenté par des versets du Saint Coran et de Hadiths du Sceau des Prophètes, Mohamed (Psl). Un sermon qui prend le contre-pied des certitudes de la plupart des Sénégalais et qui invite au retour aux fondamentaux de l’Islam. Les relations du fidèle musulman avec son Créateur sont mises en exergue pour alerter sur la responsabilité personnelle dans la propagation de l’Islam et le renforcement de la foi. « C’est une mission que chacun doit s’assigner », souffle un fidèle au moment où l’imam démarre les deux rakaas de la prière hebdomadaire du vendredi. A la fin, point de discours, seul un vieil homme recueille l’aumône. C’est ainsi qu’on finance nos activités, c’est une participation volontaire », explique-t-il, avant de poursuivre en renseignant qu’il « s’agit d’une recommandation de l’Islam ». Pendant  que les fidèles des quartiers environnants et qui étaient venus prier, retournent à leur domicile, les dix Pakistanais répartis par groupes, discutent longuement et retournent dans leurs chambres. Un bref échange avec l’imam, Ibrahima Timéra, nous renseigne sur les raisons de la présence des dix Pakistanais. « Il est inutile de les diaboliser. Ils participent juste à la propagation de l’Islam, nous ne sommes affiliés à aucun groupe djihadiste. Que les gens arrêtent l’amalgame ». A l’étage où nous mène l’imam Timéra pour une visite guidée, on découvre un ancien cadre du Port autonome de Dakar. Courtois, barbu, habillé en Jellaba, il a décroché du Port autonome de Dakar après 22 ans de service. Sénégalais, il quitte de temps en temps sa famille pour donner de son temps à l’œuvre de compréhension, de renforcement de la foi et de propagation de l’Islam. Lui non plus ne souhaite pas parler à la presse. « Notre ligne de conduite nous l’interdit, mais retenez que nous ne sommes en conflit avec aucune Tarikha. D’ailleurs, plus d’une fois, les chefs religieux de Touba comme de Tivaouane nous ont reçus et ont approuvé notre démarche », explique-t-il, avant de nous offrir une pile de documents. « Tenez, lisez et comprenez, cela vous fera du bien », conseille l’ex-cadre du Pad, assis sur un matelas posé à même le sol dans une chambre où s’entassent livres et documents. En off, la causerie peut alors démarrer à l’étage pendant qu’au rez-de-chaussée dans la mosquée, des causeries sur l’Islam occupent des groupes de fidèles.  « Partout au Sénégal, des gens de toutes les classes nous rejoignent pour des séjours de renforcement de la foi. Il y a d’anciens commissaires de police, des fonctionnaires de tous les rangs, des professeurs, des éducateurs…. Ils viennent pour parfaire leurs connaissances de l’Islam originel. Nous ne renions personne. Nous voulons juste nous conformer aux recommandations du Prophète (Psl), notamment lors de son dernier sermon à Arafat, où il nous invitait à perpétuer la transmission de son message », rassure l’ex-cadre du Pad

Que sait-on des missionnaires pakistanais et de leurs hôtes sénégalais, qui prônent le Da’wat et le Tabligh

Présents dans tous les pays (même en France ), ils sont devenus le plus grand mouvement musulman structuré. Il n’y aucune publicité autour des actions qu’ils mènent et d’ailleurs, chez eux, la presse n’est jamais la bienvenue. Souvent, ils investissent les banlieues et logent dans des centres d’accueil où il y a toujours une mosquée et une école coranique Madrassa. Habillés en Jellaba, leurs journées sont rythmées par des prières et des invocations. Pas de fanatisme ni de politique dans leurs activités, leur discours est strictement religieux. Venus du Bengladesh, du Pakistan et de l’Inde, ce sont des fondamentalistes qui chaque année, organisent un grand rassemblement qui réunit plus de deux millions d’individus, c’est le plus grand rassemblement musulman après le pèlerinage à La Mecque. Au Sénégal, cela fait plusieurs années qu’ils se retrouvent avec leurs collègues sénégalais pour des séances de formation et de propagation de l’Islam. Des Sénégalais voyagent également souvent vers les trois pays cités  pour participer à ces rassemblements après des séances d’imprégnation. Les jeunes sont souvent leur principale cible.

Sadio Soumaré imam et délégué du quartier Kawsara de Fass Mbao :  » Ils sont tous en règle et ont obtenu un visa. Ils attendent d’ailleurs la prorogation du visa pour quatre mois »

« Ils sont dix Pakistanais et je suis allé les déclarer à la Daf, où nous avons tous été entendus, y compris eux. Ils sont arrivés le 05 novembre dernier et ont obtenu un séjour d’un mois, en attendant une prorogation de quatre mois. Le dossier est en cours. Ce n’est pas la première fois que des Pakistanais viennent dans le pays. Il y a d’ailleurs des Pakistanais qui sont nés ici, au même titre que les Libanais. Ils font des prêches et des Ziars. C’est moi qui ai offert ce terrain où ils ont aidé à construire ce centre. J’ai acquis ce terrain à mon retour du Zaïre, d’où nous avons été expulsés par le régime de Mobutu. Je suis commerçant sénégalais et je m’étais établi dans ce pays avec beaucoup de mes compatriotes, jusqu’à notre expulsion par Mobutu. C’est alors que le grand Serigne de Dakar, Momar Maréme Diop, m’a cédé ce terrain, à 600.000 francs à l’époque. C’est un lot de dix parcelles. Ils n’ont aucun problème avec aucune des Tarikha au Sénégal. Des chefs religieux de Touba, Tivaouane, Ndiassane… sont régulièrement invités à nos rencontres. Je ne comprends pas cette peur. Il y a eu certes une parenthèse malheureuse avec un imam du coin, mais c’est fini. Je rassure les Sénégalais. »

ALASSANE HANNE