«Il est difficile, voire impossible de prédire le pic épidémique»

Covid-19

IGFM – Spécialiste de bactériologie et virologie à la Faculté de Médecine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), le professeur Ahmad Iyane Sow explique pourquoi il est encore prématuré de parler de pic de la maladie à Coronavirus au Sénégal.

On a constaté, dans les «situation du jour» du ministère de la Santé, une baisse des cas positifs au Covid-19. Cette tendance baissière signifie-t-elle qu’on a dépassé le pic épidémiologique ?

Il est trop tôt pour le dire, à mon avis. Le pic épidémique est la période où l’on a enregistré le plus de cas. Après quoi, on note une diminution régulière vers la raréfaction, voire l’extinction de la maladie. Il est difficile, voire impossible de prédire cet évènement parce qu’on peut noter une diminution des cas suivie d’une augmentation les jours suivants. On l’a déjà vu. Il faut un bon recul pour pouvoir dire que le pic a été enregistré à telle période (on en parle au passé). Je voudrais aussi mettre en garde contre l’usage de cette notion de pic pour considérer que le pire est derrière nous, ce qui pourrait pousser au relâchement. On a bien vu une sorte de reprise des cas et des décès dans d’autres pays, pour des raisons diverses.

«Avec le relâchement des mesures restrictives au Sénégal, il y a lieu d’être prudent…»

Croyez-vous que cette tendance va se poursuivre, vu le nombre de guéris et que la balance «guéris-positifs» va se stabiliser ?

Personne ne peut dire si la tendance va se poursuivre ou non. Tout au plus, on prie pour que ce soit le cas. Je me méfie personnellement de ce genre de comparaison entre les cas guéris et les malades. Vous avez constaté que ces chiffres varient énormément d’un jour à l’autre. C’est ce qui est arrivé au début de l’épidémie. Avec le relâchement des mesures restrictives au Sénégal, il y a lieu d’être prudent et d’attendre pour voir. D’autant plus que je reste convaincu qu’il y a des porteurs du virus qui ne sont pas comptabilisés dans ces chiffres, parce que non testés. La stratégie adoptée a, en effet, ciblé les malades et leurs contacts pour bénéficier des tests. Il n’y a pas de tests en population pour détecter les autres porteurs de virus, ce que je regrette.

On parle beaucoup de nouvelles vagues épidémiologiques. Cela est-il évitable ?

Je dis souvent que, pour cette maladie, on en ignore plus qu’on en sait. En général, lorsqu’il survient une maladie infectieuse avec autant de personnes atteintes, la maladie finit par s’éteindre. Ce qui n’exclut pas qu’il y ait des cas de temps en temps. Cela est dû à la production d’anticorps protecteurs chez plusieurs personnes, qui servent de barrage à la transmission de l’agent pathogène. Mais pour cette maladie, on n’ignore encore à quel niveau il y a des anticorps protecteurs et combien de personnes en ont, puisque les tests sérologiques qui devraient permettre de le savoir sont encore dans le processus de validation et ne sont pas utilisés largement. Donc, il faut considérer que la maladie est encore là, prendre toutes les dispositions nécessaires comme si on s’attendait au pire et être plus agressif dans la stratégie de prévention et de dépistage.

MATHIEU BACALY

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