« Il y a de réelles menaces d’insécurité alimentaire pouvant engendrer l’affaissement de l’économie »

Société

iGFM- (Dakar) L’impact de la covid-19 n’épargne personne. Mais, les couches vulnérables de la société sont les plus exposées. L’institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement (Cicodev Afrique) a mené une enquête au mois de Mai 2020 dans les 14 régions du Sénégal. Ce, pour recueillir l’avis et le ressenti des populations sur l’impact que cette crise sur leur quotidien et leur sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Les conclusions de l’enquête renseignent qu’au Sénégal, la fermeture des marchés hebdomadaires (aujourd’hui rouverts avec les mesures d’assouplissement), a eu des impacts non négligeables dans l’approvisionnement en denrées alimentaires des populations avec une flambée des prix. Mais aussi, une rareté des produits agricoles, animales et végétales, une inaccessibilité et une indisponibilité des produits de qualité couplées à des problèmes de stockage.

« L’enquête menée par Cicodev révèle à suffisance qu’il existe de réelles menaces d’insécurité alimentaire qui peuvent engendrer un affaissement de l’économie nationale. Son objet s’inscrit en droite ligne de notre mission de générer des connaissances sur les impacts des choix et modèles des citoyens et d’informer, de défendre, de protéger, d’éduquer et de représenter les consommateurs, avec un accent particulier sur les droits des plus défavorisés», a déclaré Amadou Kanouté Directeur exécutif de Cicodev.

Les mesures de confinement, elles, ont eu des conséquences sur la sécurité alimentaire en ville comme dans les villages. Elles ont restreint l’accès des populations à des ressources alimentaires suffisantes, diverses et nutritives. De plus, les obstacles rencontrés par les producteurs sont essentiellement liés à la conservation des produits périssables. Une situation difficile du fait de l’absence de centres de stockage dans certaines régions et des difficultés d’accès au crédit dans les banques.

«Il faut ajouter à ce décor que les populations sont obligées de parcourir de longues distances pour s’approvisionner avec des risques de non-disponibilité des produits. Ces problèmes, faut-il encore le rappeler, concernent la quasi-totalité des régions du pays, de Kébémer à Matam, en passant par Tambacounda et Kédougou», déclare Khady Thiané NDOYE, Chargée de Programme Accès durable à une alimentation saine et nutritive à Cicodev.

Pour faire face à ces difficultés, les populations ont mis en place des solutions pour s’adapter. Par exemple, renseigne le rapport, «dans les localités de Fatick, Kébémer, Tambacounda et Ziguinchor, les populations s’organisent pour s’approvisionner lorsque les légumes ou poissons sont à bon prix. Certains achètent et stockent des grandes quantités de produits alimentaires afin de prévenir les ruptures de stock, tandis que d’autres s’approvisionnement en denrées périssables pour ensuite les mettre au frais à côté du canari ou chez les voisins qui possèdent des réfrigérateurs.»

La livraison à domicile à travers internet ou par téléphone fait également partie des mécanismes de résilience notés dans certaines localités renseigne la Cicodev qui indique que la crise a aussi permis de voir et de mesurer les capacités de mobilisation, d’organisation et d’adaptation de différentes catégories d’acteurs.

Pour mieux faire face aux effets de la pandémie, la Cicodev exhorte l’État du Sénégal à mettre en place des stocks de sécurité pour garantir la disponibilité permanente des produits alimentaires sains et nutritifs à un coût acceptable. Il recommande aussi la dépendance vis-à-vis du marché et surtout extérieur pour assurer la sécurité alimentaire des citoyens tout en favorisant l’émergence de systèmes alimentaires durables, plus résilients et plus favorables aux exploitations familiales locales.