«Il y a un problème d’acheminement de l’aide alimentaire»

Covid-19

IGFM – Membre du Conseil économique, social et environnemental (Cese), Maïmouna Isabelle Dieng préside la Commission du renforcement de la résilience sociale des populations du Comité de suivi de la mise en œuvre des opérations du Force Covid-19. Dans cette interview accordée à «L’Obs» ce lundi, elle fait le point sur le travail entamé sous les ordres du Général François Ndiaye.

Madame la présidente, comment s’organise le travail au sein du Comité du suivi de la mise en œuvre des opérations du Force Covid-19 ?

Depuis que nous avons été nommés, nous avons tenu deux réunions de mise à niveau et d’adoption des règles de fonctionnement. Puis, nous avons eu des auditions avec différents ministères qui nous ont fait l’état des lieux. Sous la houlette du Général François Ndiaye, nous faisons toujours l’état des lieux avec tous les secteurs concernés par le Force Covid-19, en termes d’approvisionnement en denrées alimentaires, pharmaceutiques et en hydrocarbures. Il s’agit pour nous de s’imprégner des tenants et aboutissants du programme qui a été mis en place par le Président Macky Sall pour faire face à la pandémie. La Commission renforcement de la résilience sociale des populations concerne, d’une part, l’appui à la Diaspora, à travers le ministère des Affaires étrangères, et d’autre part, l’appui aux groupes vulnérables. Notre mission, c’est le suivi. C’est de voir comment se passe la distribution des vivres pour les impactés du Covid-19 et qui concerne un million de ménages. Tout un dispositif a été mis en place au niveau local pour recenser, à partir des chefs de quartier, des mairies, sous-préfectures et préfectures, les personnes qui ont besoin de cette aide alimentaire. Maintenant, il s’agit de voir comment ont été instituées ces listes. Déjà, il y a le Registre national unique (Rnu) qui concerne les bourses sociales auxquelles ont été rajoutées d’autres personnes identifiées par les comités locaux ou régionaux. Il s’agit aussi de corriger s’il y a des failles.

Jusque-là, combien de tonnes de vivres ont été distribuées ?

C’est un nombre qui évolue tous les jours. Je n’ai pas les chiffres en face de moi. Donc, je ne peux m’avancer sur ça. D’autant plus que le nombre évolue au niveau de la distribution. Mais, nous pourrons nous prononcer une fois que nous aurons fait l’état des lieux. L’axe renforcement de la résilience sociale est de 102 milliards de FCfa, dont 69 milliards pour l’aide alimentaire, 02 milliards pour l’élevage, 12 milliards pour la Diaspora et 15 milliards pour le règlement des factures (Senelec et Sen’Eau).

A ce jour, quel est le nombre de réclamations reçues de personnes qui pensaient avoir droit à cette aide et qui finalement n’en ont pas eu ?

Il y a des réclamations et des plaintes. Des personnes se plaignent auprès du Général François Ndiaye, disant qu’elles ne sont pas listées, alors qu’elles devaient figurer sur les listes des personnes qui doivent bénéficier de l’aide alimentaire. C’est pour toutes ces petites choses-là que nous devons aller voir ce qui se passe concrètement sur le terrain. Des personnes se plaignent parce qu’elles n’ont pas été prises en compte par le chef de quartier ou par le maire ou encore parce qu’elles n’ont toujours rien reçu. C’est énorme de mettre en œuvre cette distribution, donc  forcément il y aura des couacs. Il y a également beaucoup de suspicions et de rumeurs. Faisant état que la distribution ne pas va se faire de façon équitable et que peut-être le maire ou le chef de quartier fait la distribution en fonction de sa tendance politique.

Mais aujourd’hui, pourquoi l’aide alimentaire peine à arriver dans certaines localités du pays ?

Il y a un problème d’acheminement, de quotas par département et par localité. Il y a aussi le fait qu’on ne sait pas dans quel ordre l’aide a été distribuée. Nous allons visiter les endroits où sont stockés les denrées pour ensuite être redistribuées. Il faudra aussi voir le système de distribution de l’aide aux ménages. Ce qui n’est pas aussi évident. C’est pourquoi, nous allons étudier, regarder et faire des recommandations pour améliorer la distribution. Tout le budget n’a pas été consommé. Mais une bonne partie a été décaissée, il reste donc à être déterminée. Il faut juste se demander si les 69 milliards de FCfa vont suffire face à la crise ?

Est-ce que réellement les 145 mille tonnes de vivres suffisent pour toucher tous les nécessiteux ?

Nous nous posons la question de savoir qui est nécessiteux  et qui ne l’est ? Sur quelle base ou critère ont été faits les choix des ayants droit ? Il faudra qu’on revoie et vérifie tout ça. Des personnes qui travaillent et qui n’ont plus leur revenu et, du coup, tombent dans la pauvreté. Est-ce que ces ménages-là vont être comptabilisés ou pas ?

Une controverse sur les per diem a escorté la mise sur pied du comité. Selon vous, est-ce que les Sénégalais peuvent avoir confiance audit comité ?

Il faut regarder le Comité de suivi de la mise en œuvre des opérations du Force Covid-19 à l’œuvre. Parce que les controverses ont été fondées, à mon avis, sur des bases assez fausses. Le comité, c’est aussi la personne du Général François Ndiaye qui ne souffre d’aucune suspicion dans l’esprit des Sénégalais. Après avoir été nommés par nos différentes institutions, nous sommes tous des volontaires et bénévoles. Nous sommes donc dans ce comité de suivi pour éclairer les Sénégalais et le chef de l’Etat sur comment se passe la distribution des vivres. Et nous sommes en train de nous préparer pour mener cette mission qui devrait durer six mois. Il y a dans le comité des personnalités dont la probité ne souffre d’aucun doute. Des gens qui ont mené leur carrière et actions de la plus éthique des manières. J’ai été très choquée par les propos que j’ai entendus. D’autant plus que nous avions, nous-mêmes, renoncé à des indemnités qui avaient été mises dans un budget global, sans aucun détail. A l’heure actuelle, nous ne sommes plus dans la politique politicienne ou dans des tiraillements. Nous sommes tous de potentielles victimes du Covid-19, un virus qui n’épargne personne. L’heure est au sérieux, au dépassement des querelles de bas-étage. Pour aller travailler à Kédougou, Ziguinchor ou à Sédhiou, on ne peut pas s’y rendre à pieds. Il faut un minimum de moyens mis à notre disposition. Mais cela ne veut pas dire que nous demandons d’être payés. Il faut attendre que l’on pose des actes pour nous juger sur pièce. Il y aura régulièrement des communiqués pour le grand public et  un rapport mensuel adressé au chef de l’Etat. Tout le monde veut que l’argent des Sénégalais et des partenaires aille là où il doit aller. Parce que ce sont nos concitoyens qui sont actuellement dans la souffrance.

Comment le Général François Ndiaye appréhende les responsabilités qui lui ont été confiées ?

Le Général François Ndiaye est un homme d’Armée qui sait mettre en branle une équipe. Il a mis en place des postes très structurés. Nous avions, pour chaque groupe, des termes de référence. Il s’agit maintenant de descendre sur le terrain et d’assurer le suivi des opérations. Les membres du Comité de suivi de la mise en œuvre des opérations du Force  Covid-19 ont été subdivisés en six équipes mises sur place pour faire le tour du Sénégal et aller dans chaque département. Nous commençons le travail hors de Dakar après la fête de Korité.

IBRAHIMA KANDE

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