«Je préfère avoir une Miss passable et correcte plutôt que jolie et irrespectueuse»

People

IGFM – Elle est à la tête du comité Miss Sénégal Nouvelle Vision. Celle par qui, toute cette polémique autour du sacre de Fatma Dionne, Miss Fatick est arrivée. Face à «L’Obs», Amina Badiane revient sur cette élection qui lui a valu beaucoup de critiques…

La finale de Miss Sénégal qui a consacré ce week-end, Fatma Dionne, la représentante de Fatick, a soulevé une grande polémique. L’organisation, tout comme le choix de la plus belle fille du Sénégal, a été fustigée…

Toute cette polémique autour de l’élection Miss Sénégal prouve que l’événement a été d’une grande réussite. C’est la première fois que l’on voit une telle organisation au Grand-théâtre. Des délégations venues des quatre coins du monde et des Miss de différents pays y ont pris part. Je pense que la dimension était tout juste exceptionnelle. Maintenant pour la polémique qui en a découlé, on peut dire que c’était assez prévisible. J’entends certains spéculer sur la beauté des candidates, d’autres parlent de leur niveau d’études. Je dirais tout d’abord que la beauté elle est relative. Que la Miss élue soit belle ou non, c’est selon. Du reste, les Sénégalais adorent polémiquer. Si c’est Miss Thiès qui avait été choisie, on aurait dit que c’est parce que je suis de Thiès. Si c’était Ziguinchor comme l’année dernière, on aurait dit que j’ai des origines là-bas. Pour vous dire qu’on ne peut pas empêcher les gens de critiquer. Nous sommes habitués à cela et on fait avec…

Quels critères de sélection ont prédominé lors de cette édition ?

Le comité Miss Sénégal Nouvelle Vision a mis en place des critères de sélection. Il faut bien entendu être sénégalaise, avoir un certain niveau d’études, au moins le baccalauréat. Il faut également mesurer au minimum 1.72 cm, faire du 38, être âgée entre 18 et 25 ans et avoir un teint naturel. On insiste beaucoup sur le fait que les filles maintiennent leur teint naturel, qu’elles ne se dépigmentent pas. Je dois aussi dire que le comportement influe sur le choix. Ce n’est pas pour rien que j’ai mis au vert les Miss pendant une semaine dans un hôtel. C’était pour voir comment elles se comportent en société. Je ne voulais pas avoir de mauvaises surprises. Elire une Miss et avoir des problèmes avec elle, toute l’année n’est pas souhaitable. Cela ne sert à rien d’avoir une jolie Miss, mais irrespectueuse ou avec un comportement laissant à désirer. Je préfère avoir une Miss passable et correcte. Cela m’est arrivé par le passé et je ne tiens pas à revivre ces polémiques stériles et autres quolibets par presse interposée. C’est futile et ça me détourne de mon objectif principal qui est de vendre la destination Sénégal.

Pensez-vous en une semaine pouvoir préjuger du comportement futur d’une Miss ?

C’est clair qu’on ne peut pas connaitre la personne totalement en une semaine. Elle peut montrer la face qu’elle veut qu’on voie d’elle et cacher ses véritables traits de caractère, uniquement pour pouvoir gagner. Mais ce cas échéant, il n’est pas exclu qu’on la mette de côté pour poursuivre nos activités.

Ce serait légal de faire ça ?

Bien sûr ! Je ne suis en aucun cas tenu d’aider une personne qui se comporte mal. Les Miss ne me payent pas un salaire. Au contraire, c’est moi qui leur donne un coup de pouce. J’ai acheté un produit et j’y ai investi des sous pour pouvoir leur offrir une vitrine. Je ne vais pas en plus de tout cela, me laisser marcher sur les pieds.

Autant le physique des Miss a été décrié, autant leur intellect a fait parler. Ne peut-on pas dire que le comité d’organisation a péché dans son casting ?

Vous savez, en prenant le flambeau de Miss Sénégal des mains d’Ambroise Gomis, j’ai reconduit les mêmes représentants régionaux du comité. Quoi qu’on puisse dire, c’est une institution et je me suis dit qu’il fallait les garder, observer leur manière de travailler. C’est eux qui choisissent les filles et me les envoient. Je ne sais pas dans quelles conditions, ils travaillent. Et ce n’est pas évident dans les régions que les parents laissent leurs enfants participer au concours. Les moyens leurs font aussi défaut. Pour ma part, j’organise les sélections pour Thiès, Dakar et je me charge aussi de la grande finale. Et à chaque fois, si vous vous rendez bien compte, ce sont ces deux régions qui ont les Miss les plus présentables.

«Pour organiser Miss Sénégal, il faut un budget de 200 millions»

Vous mettez en cause les comités régionaux. Ne serait-ce pas plus judicieux de vous impliquer davantage dans leur travail, pour éviter d’avoir des Miss par défaut ?

On y pense sérieusement. Seulement, cela demande beaucoup de moyens. Déplacer toute une équipe dans les régions, ce n’est pas une mince affaire. Les loger, les nourrir, transporter la logistique, cela a un coût. Si l’État ne met pas la main à la pâte, comment pouvons-nous, nous en sortir seuls ? Même pour des soucis de santé, ce n’est pas trop évident de le faire. J’en profite pour lancer encore un appel au Ministère du Tourisme parce qu’il est concerné au plus haut point. Miss Sénégal, c’est pour vendre la destination du pays.

A ce rythme, sans sponsors ni moyens, Miss Sénégal ne risque pas de tomber dans l’amateurisme ?

Depuis que j’ai l’organisation de Miss Sénégal en main, je m’efforce de le piloter du mieux que je peux. Tous les ans, je ne rate pas le rendez-vous Miss Sénégal. Toujours est-il que nous allons mettre les bouchées doubles et être beaucoup plus exigeant dans les castings pour les années à venir. Nous allons relever le niveau. Petit à petit, nous sommes en train de poser des jalons. D’ailleurs Miss Sénégal national n’avait jamais participé à l’élection Miss monde. À force de courage et de volonté, nous y sommes parvenus.

Combien ça coûte d’organiser Miss Sénégal ?

Au bas mot, il faut 200 millions pour faire le tour des régions et dénicher les filles. Une seule personne ne peut tout faire. Je mets mon argent sans rien attendre en retour.

Que gagnez-vous alors en organisant Miss Sénégal ?

Sur le plan social, j’y trouve mon compte. J’offre des bourses d’études aux filles, grâce à moi elles voyagent et acquièrent beaucoup d’expériences. Je prends le cas d’Alberta Diatta, la Miss sortante, sa vie a énormément changé.

Sur le plan financier…

Je n’y gagne absolument rien. Il faut savoir que je suis passionnée. J’ai longtemps évolué dans ce secteur et ça me procure un réel sentiment de bonheur à organiser Miss Sénégal.

«Fatma Dionne n’est pas affectée par les railleries»

Fatma Dionne la nouvelle Miss, comment a-t-elle vécu toutes ces railleries qui entourent son élection ?

A vrai dire, elle n’y a pas prêté attention. Lorsque je l’ai eue au téléphone, elle m’a dit, qu’elle n’avait pas de comptes sur les réseaux sociaux. Du coup, elle ne savait pas trop ce qui se passait. Quoi qu’il en soit, elle est restée zen. Toute cette polémique ne l’a pas affectée. C’est une fille assez posée et les réseaux sociaux ne sont pas trop ses délires. Il faut aussi que les Sénégalais se mettent au boulot et arrêtent d’avoir la critique facile. Le mieux qu’ils auraient pu faire, c’est me soutenir. Je suis une Sénégalaise de la diaspora et j’ai tout laissé pour investir dans mon pays. Même si je fais des erreurs, ils doivent m’encourager et me pousser à aller de l’avant. Miss Sénégal est un label mais au delà, c’est un patrimoine national.

Qu’est-ce qui, selon vous, a pesé dans la balance pour qu’elle remporte la palme ?

Il y avait un jury international qui a été mis en place et sur la base de critères préétablis, il l’a choisie. Il y avait  également des votes publics qui comptaient. Tous étaient en sa faveur et elle l’a remporté. Maintenant juste parce qu’elle est de Fatick, comme le Président, les gens jasent…

Justement, certains y voient une main politique, particulièrement celle du gouvernement. A l’instar du ministre des Sports Matar Ba, qui faisait partie de vos bienfaiteurs, selon des indiscrétions…

Ce sont des sottises. Matar Ba ne nous a même pas sponsorisé. Il nous a juste reçu en audience après une sollicitation de notre part. Le thème de cette édition était Tourisme, sports et cultures facteurs dynamiques de développement. Puisqu’il était concerné, nous lui avons demandé de nous recevoir. C’est ce qui explique les photos de lui et de la Miss qui circulent. Mais rien de plus.

«Miss Sénégal n’est pas Miss Diongoma. Les Sénégalais pensent qu’une belle femme est xessalisée, avec des rondeurs»

On dirait que vous-êtes dans une logique d’élire des Miss qui répondent plus aux canons de beauté européens ?

Oui c’est vrai, je le reconnais. Il faut savoir que nous n’organisons pas Miss Diongoma. Nous appliquons les standards internationaux. Même à Miss Monde, ce sont les mêmes critères que nous. Pour le commun des Sénégalais, une belle femme est celle qui a la peau dépigmentée, avec des rondeurs. Si nous voulons concourir à l’international, nous devons élire des Miss qui répondent aux critères internationaux. Cela m’amène à avoir une pensée pieuse pour Kobee Bryant qui était un ami pour moi. Nous avons passé d’agréables moments à Dalass. J’ai eu la chance de collaborer avec lui. Je partage la douleur de sa disparition avec le monde entier.

Miss Thiès, la première dauphine, est largement passée au dessus du lot dans les réseaux sociaux. D’aucuns disent qu’elle méritait de gagner. Qu’en pensez-vous ?

Miss Thiès est très belle mais, ce n’était pas ce qui détermine l’élection de Miss Sénégal Nouvelle Vision. Encore une fois, le comportement compte beaucoup. Comme ça, on est certain de pouvoir la contrôler…

MARIA DOMINICA T. DIEDHIOU