«Je veux me battre pour poursuivre la mission de mon frère»

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IGFM – Non-voyante depuis sa naissance, elle n’a jamais perdu espoir de percer dans la musique et de prendre la relève de son défunt frère, Ablaye Mbaye. Malgré les difficultés liées à son handicap, Mame Coumba Mbaye n’a pas renoncé à son rêve…

Elle est à tout point de vue, celle qui ressemble le plus à son défunt grand frère, Ablaye Mbaye. Ils sont les deux seuls membres de la fratrie des Mbaye à être nés avec un handicap visuel. Ils ont également en commun, le béguin pour la musique. Aujourd’hui qu’il n’est plus de ce monde, Mame Coumba Mbaye marche sur les pas de son aîné. Les yeux tournés vers le ciel, on peut lire la détermination de la jeune-femme à réaliser son rêve. Celui d’avoir un jour l’aura d’Ablaye et de reprendre le flambeau de sa musique là où il l’avait laissé. Brutalement arraché à l’affection des siens un 9 janvier 2017, le chanteur pétri de talent avait été emporté par un malaise en plein studio d’enregistrement. Laissant derrière lui, un héritage musical sur lequel s’est appuyée Mame Coumba pour assurer la relève. Du vivant de son frère, elle avait déjà amorcé une carrière à l’ombre de son frangin, qui en plus de lui mettre le pied à l’étrier, la protégeait des affres du showbiz. Malheureusement, elle en a fera les frais…

Née avec son handicap

En 1994, lorsqu’elle venait au monde, sa mère, Gagnesiry Fall, malgré son handicap, décèle en elle quelque chose de spécial. Elle grandit choyée par l’amour de ses parents et développe des relations particulières avec son grand-frère, atteint de cécité comme elle. Lui va à l’école dans un institut spécialisé à Thiès, mais elle, non. Son père veut l’épargner de ce qu’il pense être une corvée trop dure à supporter. La petite Coumba va néanmoins être inscrite à l’école coranique. Comme toutes les fillettes de son âge, elle s’intéresse aux dinettes, aux poupées et fait tout comme ses semblables. Son handicap ne va nullement l’empêcher de croquer la vie à pleines dents. Très tôt, la fibre musicale s’installe en elle. Mais ce n’est que lorsque son frère s’y met réellement qu’elle va découvrir son potentiel. Timidement, Mame Coumba se cache derrière Ablaye pour poser sa voix sur les rythmes des chansons qui ont bercé son enfance. Pendant leurs nombreux moments de complicité, celui-ci en profitait pour lui montrer les rouages du métier et lui filer quelques tuyaux qui lui serviront bien plus tard. Au-delà d’une passion, Mame Coumba fait alors le choix de faire de la musique, son gagne-pain. Elle suit Ablaye Mbaye dans ses prestations et monte sur scène pour des prestations qui font frissonner les mélomanes. Comprenant qu’elle a maintenant les armes pour affronter le monde des strass et des paillettes, elle participe au télé-crochet «Relève bi» de la TFM. Elle finit en bonne place et gagne en prime un clip dans lequel elle chante sa maman.

«C’est lorsque que j’ai commencé à faire de la musique que j’ai senti que j’étais aveugle»

A son actif, elle a deux autres titres qu’elle a pu réaliser, avec l’appui de l’artiste Yoro Ndiaye, en attendant l’album. Ce dernier, trèslié à Ablaye Mbaye, s’emploie à l’aider du mieux qu’il peut. «Des artistes comme Yoro Ndiaye ou encore Pape et Cheikh, font de leur mieux. Depuis la disparition de mon frère, ils me portent assistance. Yoro m’a prise sous son aile et m’a fait entrer en studio. Je lui dois une fière chandelle», souligne la donzelle. En revanche, de certains producteurs et artistes, dont elle se garde le citer les noms, elle ne peut pas en dire autant. Elle a fait des pieds et des mains pour faire jouer ses relations et accroître ses chances de devenir une star de la chanson. Mais elle s’est heurtée à des refus catégoriques, à cause de sa condition de non-voyante. «Mon handicap n’a jamais été un frein pour moi car je suis née avec. Seulement, c’est lorsque j’ai commencé à faire de la musique que j’ai senti que j’étais aveugle. Partout où j’allais, les portes restaient fermées. C’est dans ces moments-là que ma cécité me sautait à la figure. Ces personnes ont tendance à oublier que c’est le Bon Dieu qui leur a donné des yeux pour voir et m’en a privé. A la limite, elles te sous-estiment. Parfois, ce sont leurs sous-fifres qui ne vous laissent pas avoir accès à elles», se désole Coumba, pleine d’amertume. Pour autant, elle refuse de baisser les bras et se montre plus entreprenante que jamais. «Je veux me battre pour représenter dignement mon frère. Son objectif était d’aller loin dans la musique pour pouvoir rendre fière notre maman et subvenir à tous ses besoins. Puisque Ablaye n’est plus loin, je me suis assignée cette mission et je vais y arriver par la grâce d’Allah», finit-elle par dire. Mame Coumba Mbaye, c’est aussi une demoiselle avec des attraits physiques, portée sur la mode. Avec l’aide de sa sœur, elle choisit méticuleusement les vêtements, les tissus et les couleurs qu’elle porte. A part la musique, son ambition est de devenir une épouse et de fonder un foyer avec l’élu de son cœur. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la belle à la peau éclaircie, n’est plus un cœur à prendre…

MARIA DOMINICA T. DIEDHIOU