«La séparation due à son décès est le seul tort qu’il m’a causée en 50 ans de mariage»

Société

IGFM – En dépit de la douleur liée à la mort brutale de son époux, emporté par un arrêt cardiaque hier vers 3 heures du matin, Fatou Diop est restée forte dans l’épreuve. Dans cet entretien entrecoupé, de temps à autres, par des sanglots de femmes dévastées, elle revient sur certaines séquences de sa vie avec sa moitié.

«Je persiste et signe que Balla est un modèle d’époux à tout point de vue. Il n’a pas son égal en tant que père de famille. Son amour et son soutien étaient sans faille. J’ai trop tôt perdu mes parents. C’est lui qui s’occupait de moi et de mes proches. C’est lui qui a donné en mariage toutes mes sœurs. En 50 ans de mariage, je jure devant Dieu que la séparation forcée consécutive à son rappel à Dieu est le seul tort qu’il m’a fait. Si cela ne dépendait que de moi, il serait resté encore en vie pour savourer le plus longtemps possible la béatitude de la vie et disposer d’une maison acquise à la sueur de son front. C’est Rudi Gomis qui me l’a présenté à l’occasion d’un mariage, il y a une cinquantaine d’années. Après discussion, il est venu à Bargny pour me demander en mariage.

A cause de son statut d’artiste, mon oncle était réticent au début avant que je ne le convainque à accepter. C’était un saut dans l’inconnu, mais l’homme m’inspirait confiance. Notre couple n’a jamais souffert de son statut de musicien exposé aux avances des femmes. Le connaissant, on n’a jamais eu de conflit lié à la jalousie. Bien au contraire, il m’est arrivé de faciliter des relations d’amitiés qu’il avait avec des femmes. Je l’assistais autant que je pouvais. Je n’ai jamais fermé l’œil sans sa présence. Au début, il avait une mobylette avant d’acquérir un véhicule. Il m’était impossible de dormir sans entendre le bruit de sa motocyclette ou de son véhicule. Nous avons 5 enfants. On a loué partout et on a souffert.

Mais toute cette souffrance s’est dissipée dans l’amour mutuel que nous nous vouions. De retour d’hôpital, mon fils a tenté de me cacher la nouvelle de son décès, mais je ne pouvais pas ne pas le sentir. Avant-hier nuit, il est allé au lit plutôt que prévu. Lorsque je lui ai posé la question de savoir pourquoi il est rentré, il me répondit que c’était à cause de la pluie. Nos derniers échangent portaient sur la recommandation qu’il m’avait faite de prendre mes médicaments comme mon médecin traitant me l’a prescrit. C’est à cause de sa famille que Balla n’a pas construit des immeubles ou envoyer des personnes à La Mecque.

Par sa mort, c’est une racine du grand Baobab qui a lâché pour précipiter l’affaissement de l’arbre. De la Casamance à Dakar, en passant par Bargny, personne ne vous dira qu’il a une fois eu des démêlées avec le défunt Balla. Croyez-moi, je ne suis pas en train de délirer, mais je connais bien mon homme. Avec sa mort, c’est la pierre qui tenait la palissade, voile de la discrétion de sa famille élargie, qui s’est perdue à jamais. Balla est parti comme il a vécu dans la discrétion à toutes épreuves. Je lui souhaite de dormir du sommeil du juste et de se réveiller au Paradis. Il a accompli sa mission.»

AMARY GUEYE

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