Louga : Venu assister à un procès, un chef du village arrêté

Société

 

IGFM-Venu assister à un procès tenu au tribunal de Louga, le sieur Aïdara Dia, chef du village de Ndia, a été arrêté par les limiers du commissariat local, qui l’ont remis à leurs collègues de Kébémer. Le vieil homme, cité dans un litige foncier, avait refusé de déférer à la convocation de la police.

En quittant son village situé à la lisière de la commune de Kébémer pour se rendre au tribunal de grande instance de Louga, où il devait assister à un procès portant sur un litige foncier opposant une plaignante au sieur Pape Karé, le vieux Aïdara Dia, 70 ans, chef du village de Ndia,  était loin d’imaginer qu’il allait passer la journée dans les locaux de la police de Kébémer. Des recoupements effectués pour cerner cette curieuse arrestation, il ressort que le septuagénaire avait été cité dans cette affaire de litige foncier. Pour les besoins de l’enquête, les limiers de Kébémer l’avaient convoqué à plusieurs reprises pour répondre des récriminations à charge portées à son encontre par les parties. Seulement, le chef du village de Ndia avait choisi de ne pas déférer à ces requêtes, surtout que la plaignante avait déclaré aux enquêteurs que c’est le chef du village  de Ndia  qui lui a cédé le terrain objet du litige.

Ainsi, malgré plusieurs convocations à lui servies, le vieux Dia ne s’est jamais présenté devant les enquêteurs. Pour que force reste à la loi, les limiers de Kébémer avaient lancé une traque contre le vieil homme. Ce, après avoir effectué plusieurs descentes inopinées à son domicile, sans pourvoir lui mettre le grappin dessus. Une traque qui a finalement porté ses fruits hier. Informé de la tenue de ce procès portant sur un litige foncier auquel il n’est pas étranger, le vieux Aïdara Dia s’est rendu au tribunal de grande instance de Louga. Une fois dans la salle d’audience, le septuagénaire s’est confortablement installé, suivant religieusement les débats d’audience dans ce procès où Pape Karé répondait des faits d’occupation illégale de terrain appartenant à autrui. Et pourtant, le chef de village devait lui aussi, avoir voix au chapitre dans ce procès, où il est cité en tant que témoin. Mieux, son nom revenait constamment dans les déclarations articulées par les parties.

Ce qui a fait tilt dans l’esprit du substitut du Procureur, qui a compris que pour une manifestation de la vérité dans cette affaire, la comparution du chef de village est plus que nécessaire. C’est alors que le parquetier a aperçu le vieux Dia dans l’assistance. Le maître des poursuites n’a pas eu du mal à l’identifier, car le septuagénaire est un habitué des lieux. Le procureur a de suite sollicité du tribunal qu’il l’entende, ne serait-ce qu’à titre de témoin. Une requête acceptée par le juge, qui a appelé le vieux Dia à la barre. Il témoigne : «Le village de Ndia dont je suis le chef, fait partie de la commune de Diockoul. J’y possédais un vaste champ que j’ai fini par morceler en 225 parcelles à usage d’habitation lors du lotissement de notre défunte communauté rurale vers les années 90. J’ai cédé gratuitement ces terres aux populations du coin, dont Pape Karé. En 2009, la commune de Kébémer a brandi un faux décret, arguant que le village de Ndia lui était rattaché.  Les autorités municipales de cette ville n’étaient motivées que par un besoin pressant de récupérer nos terres. C’est ainsi que le terrain que j’ai offert à Pape Kara a été attribué à une autre personne par la mairie de Kébémer.»

Dans son réquisitoire, le parquet, qui a émis des réserves sur la délibération signée par le maire de Kébémer et qui a été brandie par la plaignante, a disqualifié les faits initialement visés, en occupation illégale de terrain du domaine national. Fort de quoi, il a  requis 6 mois avec sursis contre Pape Karé et à l’encontre de Aïdara Dia, visé par le délit de complicité. L’affaire est mise en délibéré au 5 septembre prochain. Cependant,  sachant que le chef de village avait refusé de déférer aux convocations de la police, en organisant sa disparition, il a été cueilli par les limiers de Louga, qui l’ont mis à la disposition de leurs collègues de Kébémer, qui ont fait le déplacement à Louga pour récupérer leur «colis».

ABDOU MBODJ

 

 

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