MALI-France : Mercenaires d’hier et d’aujourd’hui

mardi 21 septembre 2021 • 3700 lectures • 1 commentaires

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MALI-France : Mercenaires d’hier et d’aujourd’hui

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L’arrivée probable voire prochaine des paramilitaires ou mercenaires russes dans le merdier malien plafonne la colère de la France. Le niveau élevé de l’énervement français et l’ampleur surprenante de la mobilisation diplomatique (communiqué désapprobateur de la CEDEAO et interview agressive du Ministre des Affaires Étrangères du Niger) traduisent une fièvre sans précédent dans les relations bilatérales franco-maliennes et dans l’ambiance politico-stratégique au sein du G5 Sahel très arrimé à la France.

Passons à la loupe l’événement, sans détacher les yeux du rétroviseur, c’est-à-dire de l’Histoire récente ! S’il y a un pays mal placé pour s’offusquer de la balade sanglante de mercenaires en Afrique, c’est bien la France. Le Président Emmanuel Macron est jeune, mais de nombreux chroniqueurs africains sont de vieux et vivants témoins des séquences du film de la décolonisation, de la néo-colonisation et de la libération inachevée de l’Afrique. Comme dirait Amadou Hampaté Ba : « Toutes les bibliothèques n’ont pas brûlé ». 

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N’est-ce pas la France qui a inauguré l’ère des mercenaires dans la déstabilisation de l’Afrique ? Le nom du tristement célèbre Bob Denard est emblématique de cette période ponctuée de secousses. Les mercenaires français (sous la conduite de Bob Denard) ont franchi le double mur du son de la normalité universelle et du Droit international, en opérant deux coups d’État aux Comores, en août 1975 et en mai 1978. Dans la foulée, le mercenaire Bob Denard est resté, durant onze ans, le Proconsul et le co-Président des Comores, aux côtés de son ami puis victime Ahmed Abdallah. Durant tout ce temps, la France est restée indifférente à l’indignation rugissante de l’OUA.  

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Collons encore au rétroviseur ! En 1960, quelques jours après la proclamation de l’indépendance du Congo-Léopoldville (actuelle RDC), le richissime homme d’affaires Moïse Tschombé décrète la sécession de la province la plus riche du pays : le Katanga. Les mercenaires de tout acabit accourent, notamment les chiens de guerre belges et Français. Extraits de l’entretien entre le Général De Gaulle, Président de la France et le Général Grossin, Directeur du SDECE, à cette époque. De Gaulle : « Ce jeune homme du nom de Tschombé est intéressant… » Général Grossin : « Oui, oui mon Général » ; De Gaulle reprend : « Il faut l’aider alors… » ; Général Grossin : « C’est ce qu’on est entrain de faire mon Général » ; De Gaulle conclut : « Ah, c’est bien, très bien… ». 


Tellement bien et très bien que l’aide française à la rébellion katangaise a culminé avec l’arrivée du Colonel Roger Trinquier (retraité de l’armé française et mercenaire sous contrat) à la tête de la fameuse Gendarmerie katangaise très mouillée dans l’élimination de Patrice Lumumba. Après, le Katanga, les mercenaires français ont débarqué au Biafra, en 1967, pour épauler la sécession du Colonel Ojukwu. À la manœuvre depuis Libreville, l ‘ambassadeur atypique de France au Gabon, Maurice Delaunay. Le but de la France et les méthodes des mercenaires figurent dans le livre de Pierre Péan, intitulé : « Affaires africaines ». 


Mémoire sélective : les mercenaires d’hier sont volontairement oubliés, les mercenaires d’aujourd’hui sont bruyamment stigmatisés. Bien entendu, aucun Africain avisé ne se fera l’avocat enflammé de la présence des mercenaires russes de WAGNER au Mali. Car, l’Afrique a tellement souffert des agissements de mercenaires européens (le Français Bob Denard et le Belge Jean Schramme) que le vœu le plus ardent de tous ses fils, est de vite célébrer la messe de requiem des éléments armés et irréguliers de tout poil, sur place ou en route vers le continent. 


D’abord, la pleine souveraineté et la réelle sécurité ne se sous-traitent pas. Ensuite, feu le Président Sékou Touré l’a bien dit : « Changer de maître, ce n’est pas se libérer ». D’un point de vue sécuritaire comme sous l’angle politique, une armée étrangère et une troupe de mercenaires sont peu désirées ou prisées. Toutefois, le Mali est dans une urgence de sauvegarde nationale. C’est le tout-faire pour ne pas disparaître de la carte. Surtout que le dilemme est digne de Corneille pour le gouvernement de Bamako : choisir entre l’allié français qui ampute le territoire (le brouillard statutaire de Kidal verrouillée par la France et la MINUSMA) ; et l’assaillant djihadiste qui coupe les mains au nom de la Charia. 


Reste donc la firme de mercenaires WAGNER. Elle est hideuse mais précieuse pour les Colonels de Bamako qui savent que tout ce qu’un fusil fait, un autre fusil peut le défaire. Après avoir éjecté le Président Bah Ndaou, le Premier Mocktar Ouane et le Général Doucouré (un aviateur formé à la Flèche et catalogué pro-français), les jeunes et russophiles Colonels de Kati et de Koulouba cherchent une assurance-vie et de longue vie politique à travers WAGNER. Le seul bouclier capable de les placer hors de portée d’un mauvais coup… téléguidé. 


À cet égard, qui peut sermonner les dirigeants actuels du Mali ? Tout le monde, sauf le Ministre des Affaires Étrangères du Niger, Hassoumi Massoudou. « Faute de grives, on mange des merles » dit l’adage. Sans le reliquat (des centaines de soldats) du Bataillon tchadien retiré de la zone des trois frontières et l’escadrille de Mirage français stationnée à Niamey, le régime de Bazoum serait balayé par une armée truffé de Djerma et commandée par des Djerma. À défaut de grives françaises et tchadiennes, les Colonels maliens se contentent de merles russes. 


Quant à la CEDEAO, elle fut joyeusement silencieuse ou heureuse en silence, lorsque le gouvernement Sierra-Leone fit appel, dans les années 90, à l’efficace firme de mercenaires sud-africains, Executive Outcomes, pour enrayer les offensives rebelles du RUF de Foday Sonko, allié de Charles Taylor du Liberia. Et, surtout, pour sécuriser les mines de diamants de Kono.    


Par Babacar Justin Ndiaye


 



 

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Daouda Mine

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