Mission de l’école sénégalaise : la recherche du profit prime-t-elle sur l’exigence de formation d’un citoyen modèle ?

Contribution

CONTRIBUTION – Aujourd’hui, on semble  s’accorder sur le fait que  l’école sénégalaise  n’a d’autre objectif que de préparer les apprenants à affronter avec succès les examens (Cfee, Bfem, Bac…). D’ ailleurs, l’importance de l’effectif des écoles (privées surtout ) est fonction du nombre d’admis à ces examens.

Les parents ne jettent leur dévolu sur un établissement qu’après s’être informés sur son pourcentage aux différents examens. Cet état de fait,  il faut le reconnaître est en train de gangrener le système. En effet, n’importe quel individu disposant de peu de moyens peut créer une école privée, après s’être acquitté de quelques  formalités administratives. Quant à la formation des enseignants devant dispenser les cours,  le bailleur ou investisseur(qui est rarement éducateur) opte pour la facilité en recrutant des  enseignants à la retraite,  des étudiants sans formation psychopédagogique,  ou des enseignants du public dont la motivation se mesure au prorata de la rémunération horaire. Pendant ce temps,  les écoles publiques, qui sont le réceptacle des enfants de parents démunis, ont du mal à sortir la tête de l’eau. Les nombreuses difficultés dans lesquelles elles pataugent plombent leur envol (grèves cycliques, absentéisme des enseignants,  manque de matériels didactiques, absence de suivi des apprenants à la maison…). Ainsi, à la fin de l’année scolaire,les yeux de la société sont braqués sur les écoles qui ont de bons pourcentages et mentions. Dès la mi-août,  ces dits établissements brandissent fièrement ces résultats à travers des affiches ou par voie de presse pour épater les parents et grossir leurs effectifs,  j’allais dire leur chiffre d’affaires.

L’ école a pour mission de préparer à la vie et non  d’outiller les apprenants pour qu’ils soient aptes à avoir la moitié des points sur un total demandé pour un examen. En vérité,  nos écoles instruisent beaucoup plus qu’elles n ‘éduquent. Or l’instruction  n’est qu’une partie de l’éducation. La formation civique, morale, sanitaire religieuse etc. sont reléguées au second plan. De plus, ces écoles 《d’excellence 》,du fait du crédit que leur confère l’affluence,  se donne certaines libertés (début de l’année scolaire au mois de septembre, horaires différentes de celles décrétées, insertion dans le programme de certaines disciplines , bachotage, omission consciente de certains de leurs, élèves dans la liste de leurs candidats, obligation pour les élèves de faire des cours de renforcement payés à l’école même, regroupement des élèves par groupes de  niveaux:classe des forts, classe des moyens, classe des faibles, découpage du calendrier scolaire à leur convenance…)pendant que l’autorité, qui en est toutefois informée, ferme les yeux. Dans cette course effrénée vers les résultats,  certains n’ hésitent pas à proposer au redoublement des apprenants qui ont pourtant la moyenne pour passer  en classe supérieure.

Pourtant la dure réalité est qu’une fois arrivés à l’Université les produits du public sont généralement plus performants que ceux du privé. L’explication est que durant leur cursus préuniversitaire, les élèves du privé sont constamment surveillés par les parents et l’administration de leurs établissements les soumet à une rigueur qui tranche d’avec le laxisme qui a libre cours au campus. Aussi, profitent ils de cette liberté jusqu’ici ignorée qui petit à petit les perd.

Si apprenants,  parents, enseignants et autorités ne sont préoccupés que par les résultats immédiats,  nous passons à côté des vrais enjeux de l’école.

Le cfee  le bfem, le bac, la licence , le master… ne sont que des objectifs intermédiaires qui ne doivent aucunement constituer des baromètres. La réussite d’un individu se mesure plus par l’impact de son action sur la société, une fois devenu adulte. L’érudition ou le génie sont différents de la réussite.  Ils peuvent toutefois en être de précieux auxiliaires. Albert Einstein était un savant,  mais il a créé la bombe atomique .

Donc, nous estimons qu’il est grand temps  qu’on se soucie des méthodes mises en oeuvre, des stratégies  déployées dans le processus d’acquisition de la connaissance. Il reste entendu  que la majeure partie des connaissances ne doivent pas être transmises par l’enseignant mais conquis par l’apprenant lui lui-même.

L’ ère où l’apprenant se laissait imbibé par le flot ininterrompu du discours magistral étant révolu, l’enseignant doit se muer en un guide, un facilitateur  dont le rôle n’est plus de donner le savoir mais de le faire conquérir. 《Le savoir conquis》dit on, 《est plus durable que le savoir transmis 》.Si nous faisons fi des principes qui gouvernent notre métier ,on a beau faire cent pour cent de réussite,  notre action portera rarement ses fruits. L’ ignorance de la psychologie de l’enfant amène l’enseignant à escamoter le processus normal de la conquête du savoir par l’apprenant. Malheureusement,  ces dysfonctionnements vont déteindre plus tard quand l’élève aura atteint la maturité.

Intéressons nous donc plus au processus d’apprentissage  qu’au résultat obtenu à mi parcours.

Issa mbaye enseignant IEF saint Louis commune, master 2 en littérature africaine à l’ugb, tuteur à l’Uvs. ismbaye.821@gmail.com